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Jaël étudia l’image que la surface de verre lui renvoyait. L’homme lui ressemblait indubitablement. Il avait les mêmes traits, le même visage, peut-être juste un peu plus fin ; les mêmes lèvres sensuelles, la même expression, mêlée de cynisme et d’élégance… La même stature, aussi. Mais au lieu d’être châtains, ses cheveux étaient roux. Et longs, quand ceux de Jaël étaient courts. Ses yeux verts, ceux de Jaël gris. Ses vêtements entièrement noirs : ses bas, sa culotte, sa chemise et son gilet. Les bas de Jaël étaient blancs, sa chemise blanche et son gilet rouge.

Jaël pencha la tête, le reflet l'imita. Il aurait dû comprendre la nature de leurs points communs et de leurs différences, la réponse aurait dû être évidente...

Jaël de Kherdan est un écrivain à succès à défaut de véritable talent… Libertin, ses frasques le condamnent à devoir changer de ville fréquemment dès qu’il a déshonoré quelque pucelle parmi ses admiratrices. Ses écrits d’aventures assurant sa subsistance et son succès auprès des dames relèvent de l’auto biographie romancée, Jaël mettant en scène une version idéalisée de lui-même. Mais à force de réécrire sa vie, il finit par ne plus très bien savoir qui il est… D’autant plus que tentant d’oublier un crime et en proie à une mystérieuse chanson qui le hante il confond réalité et fiction. Victime d’amnésie de manière récurrente, il en vient à lire ses écrits pour appréhender son passé…

Elle avait raison… Jaël de Kherdan n’était jamais coupable de rien, même quand lui, Jaël l’était. Jaël de Kherdan n’avait pas déshonoré Fayna… Il était parfaitement possible qu’il ait tué Livar Mordien dans un geste de colère, qu’il n’y ait jamais eu le moindre spadassin, pas même d’insultes de la part de l’imprimeur… Et qu’ensuite, en écrivant… Non. Jaël préféra continuer à lire.

Ses pas finissent par l’amener dans la ville de Dvern. Les intrigues et manipulations locales, le précipiteront dans le quartier de la Petite Dvern, étrange enclave où tout semble osciller entre rêve et folie.

Une cité d’esclaves, de marionnettes et de fous. L’Amance, la drogue des rêves, malgré le danger, il fallait qu’il essaye, pour s’échapper, du monde et de lui-même. Le rêve, à sa portée, ses rêves sous son contrôle… Il laisserait bien volontiers ses journées à Jaël de Kherdan, s’il pouvait rêver à volonté pendant ses nuits !

Avec Mémoire Vagabonde, Laurent Kloetzer signe ici un roman de fantasy légère, à la manière d’un roman de capes et d’épées mais dans une ambiance digne de Christopher Priest.

Rêves, folies, confusion de personnalités l’ensemble est enivrant et se mêle à une superbe galerie de personnages soumises à de nombreux retournements de situations. Jaël de Kherdan est un personnage tourmenté atypique que l’on suit avec plaisirs au cours de ses errances pleines de rebondissements. Un excellent moment !