Kane, Intégrale 2/3 de Karl Edward Wagner

Il songea avec regret aux volumes sans prix de noires connaissances qu’il avait été contraint de laisser derrière lui. Bah, il avait gravé dans sa mémoire la plupart d’entre eux, et le Prêtre noir viendrait récupérer dans la tombe ces volumes maudits, pour les ranger dans leurs niches, dans ses cryptes ténébreuses. En particulier, une des toutes premières transcriptions du monumental Livre des Anciens d’Alorri-Zokros avait suscité l’admiration de Kane. Les transcriptions ultérieures pouvaient être fatales, à cause de leurs erreurs et de leurs omissions, il le savait bien. Sans doute aurait-il pu trouver la place d’inclure cet épais volume dans son paquetage. Mais le parchemin fragile, il en était conscient, n’aurait jamais survécu à la course frénétique qui attendait Kane pour échapper à la vengeance du Cartel.
Second volume de l’intégrale de Kane comprenant un roman, un poème dispensable et six nouvelles.
Néanmoins, les étranges ruines de pierre qu’on peut trouver en état de désagrégation dans les îles, sur certains sites où nul ne va, défient toute explication. De la race qui a construit ces citadelles monolithiques, nous ne savons rien. La légende insiste pour dire que les ruines se trouvaient là avant que l’homme arrive dans l’archipel. Il est établi que ces pierres érodées sont d’une antiquité étonnante, et nul ne peut estimer combien d’ères se sont écoulées depuis qu’on a dressé ces forteresses cyclopéennes, ni quelles main les a détruites. Certains mythes curieux font allusion à des sculptures effrayantes qui dépeignent de colossales scènes de combats entre des monstres marins tirés du cauchemar d’un dieu fou.
Dans le roman Le château d’outrenuit, Kane est débauché par
des agents de
Un roman riches en combats maritimes qui emprunte énormément à Lovecraft pour ses ambiances. La galerie de personnage est très riche et haute en couleur : Efrel est un être monstrueux cruel et fascinant, l’assassin philosophe Arbas est délicieusement cynique, le renégat Imel fait preuve d’un pragmatisme à toute épreuve. Du côté des gentils, enfin plutôt des pas trop méchants, les relations entre le fratricide empereur Nétisten, et son neveu quasi régicide sont très agréables à suivre…
Tous les coups ne pouvaient pas être parés complètement, et
les lames déviées frappaient douloureusement contre son corps vêtu de maille.
Son haubert était troué et ensanglanté, de fines estafilades rouges saignaient
sur son visage et ses avant-bras, et un archer invisible avait failli lui
percer la gorge d’une flèche. Il semblait inévitable qu’un assaillant finisse
bientôt par se glisser sous
Une aventure pleine de fureur, de rebondissements, de trahisons et de bestioles tentaculaires. Un vrai plaisir de lecture où accessoirement l’on apprend la nature de la malédiction de Kane et ses origines…
Les nouvelles présentent des facettes insoupçonnées de Kane, dues au poids des années.
Ainsi dans Lame de fond, qui narre les tentatives de sa maîtresse pour lui échapper, il n’apparaît qu’en antagoniste lointain. Un texte qui m’a rappelé le Zothique de Clark Ashton Smith.
Deux soleils au couchant, illustre la rencontre de deux êtres accablés par le poids des ans et le changement inexorable du monde. Ils partiront à la recherche d’un symbole de la gloire d’antan. Un texte crépusculaire où Kane n’intervient qu’en temps que témoin.
La muse obscure présente notre héros en mécène, prêt à se lancer dans une aventure dangereuse pour que son poète et ami retrouve l’inspiration. Une aventure plus violente que son sujet ne le laisse supposer et à la conclusion très lovecraftienne.
Le dernier chant de Valdèse est une histoire de fantôme de bonne facture se situant quelque part entre Tanith Lee (Cyrion, Tuez les morts) et Clark Ashton Smith (Zothique).
Miséricorde est plus intéressante pour la galerie de
monstres que sont les quatre membres du clan Vareïsheï et sa conclusion que
pour la quasi omnipotence elliptique inhabituelle des actes de Kane.
Une épaisse couverture d’ombres nappait le cauchemardesque amas d’arbres foudroyés, d’engins de siège décomposés et de talus envahis d’herbe. Devant eux se dressait une énorme baliste, aux madriers géants calcinés et figés comme si la bombe de phosphore qui avait incendié l’engin et ses servants les avait frappés quelques heures plus tôt, à peine. Des squelettes carbonisés tenaient encore leur poste autour de son bras cassé. Touchez un homme d’un feu assez brûlant, songea Kane, et ses os dureront éternellement.
Enfin Lynortis commence comme une chasse au trésor sur les ruines d’un champ de bataille dantesque entre deux factions (trois si l’on compte Kane) avant de se terminer par l’évocation de la lassitude du guerrier face à des carnages absurdes.
Au final, nous avons donc un roman et une demi-douzaine de nouvelles qui
mettent bien en valeur le talent de Karl Edward Wagner avec un héros original
et particulièrement bien dépeint. Sa fantasy est très originale, les influences
lovecraftiennes assumées et bien exploitées, une réussite tant dans le domaine
de l’héroic fantasy que de la dark fantasy, Glen Cook et Steven Erikson sont
largement surclassés.
Il m'a donné envie de le lire : Nébal.
La critique du premier tome est ici.
Commentaires sur Kane, Intégrale 2/3 de Karl Edward Wagner
Voila qui éveille l'intérêt. Je file voir ton premier billet à ce sujet. A ce sujet tu devrais peut être le mettre en lien sur celui pour référence.
C'est fait.
![]()
Ca mérite vraiment le détour, je sens que je vais pas attendre six mois pour lire le dernier tome.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=266592&pid=16718816
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
