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Tu viens d’ouvrir la porte à un vieux chat qui a perdu la notion de contourner les obstacles, se dit-il tandis qu’il remontait la sonnerie. Comme tous les jours. Crois-tu que c’est la réaction d’un esprit sain ? D’accord, c’est triste de le voir rester des heures la tête collée contre un fauteuil qui lui bloque le passage jusqu’à ce qu’on déplace l’obstacle, mais maintenant c’est toi qui te lèves tous les jours pour le lui déplacer. Voilà ce que ça fait, le travail honnête.

 

Oui, mais le travail malhonnête a failli me faire pendre ! protesta-t-il.

Et alors ? Une pendaison, ça ne prend que deux minutes. Une commission de la caisse de retraite, ça prend toute une vie !

Moite Von Lipwig a réformé la Poste de fond en comble, elle fonctionne désormais sans accroc tandis que lui-même s’embourgeoise. Sa fiancée, émancipatrice de golems, étant loin pour une grosse affaire, il s’ennuie. Passant le temps en s’introduisant par effraction dans ses propres locaux… Heureusement Vétérini veille !

- Un banquier ? Moi ?

- Oui, monsieur Lipwig.

- Mais je ne sais pas diriger une banque !

- Tant mieux. Pas d’idées préconçues.

- J’ai dévalisé des banques !

- Epatant ! Il vous suffit de raisonner dans l’autre sens, répliqua un seigneur Vétérini à la figure épanouie. L’argent doit rester à l’intérieur.

 

Et voilà, Lipwig qui replonge dans le milieu de requins du capitalisme suite aux manigances d’une veuve rouée, d’un tyran bienveillant et d’un chien affectueux. A la tête d’une organisation poussiéreuse qu’il ne comprend pas et face à des adversaires puissants, Moite va encore une fois foncer tête baissée et produire une petite révolution dans les mentalités.

- Si vous étiez naufragée sur une île déserte, qu’est-ce que vous préféreriez ? Un sac de patates ou un sac d’or ?

- Oui, mais Ankh-Morpok n’est pas une île déserte !

- Et ça prouve que l’or n’a que la valeur qu’on veut bien lui accorder, non ? Ce n’est qu’un rêve. Mais une patate, ça vaut toujours une patate, n’importe où. Une noix de beurre et une pincée de sel, et vous avez un repas, n’importe où. Enterrez de l’or et vous craindrez pour toujours les voleurs. Enterrez une patate, et, à la bonne saison, il se peut que vous touchiez un dividende de mille pour cent.

- Vous n’allez tout de même pas me faire croire que vous comptez nous instaurer l’étalon patate, dites ? » lança sèchement Sacharissa.

Moite sourit « Non, pas du tout. Mais, dans quelques jours, je vais distribuer de l’argent. L’argent n’aime pas rester immobile, vous savez. Il aime sortir et se faire de nouveaux amis. »

Le recoin du cerveau de Moite qui s’efforçait de suivre sa langue songea : Dommage que je ne puisse pas prendre ça par écrit, je ne suis pas sûr de pouvoir tout me rappeler.

Bien que moins touffu que Timbré, ce roman est bien rempli, jonglant avec le caractère turbulent de Moite, les intrigues alambiquées de Vétérini, la condition des golems, des cas de démence et de stupidité dans la haute société, un chien, les enquêtes du guet, des comptables, des Igors, des génies à moitié fou, un fantôme nécromant, des sex toys, un risque de guerre et des comptables…

 

Bien mené, prenant, Monnayé est indéniablement une grande réussite se hissant sans problème parmi les meilleurs tomes de la série. Le seul défaut que je pourrais lui trouver est une accroche un peu trop semblable à Timbré et une grande dépendance vis-à-vis de ce dernier. Quoi qu’il en soit un excellent moment.