28 octobre 2009

L'Orgue du Diable de Roger Leloup

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Deuxième aventure de Yoko Tsuno, lançant les aventures technologiques de l'héroïne.

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Le trio est en train de faire un reportage au fil du Rhin quand il assiste à une chute dans le fleuve. La rescapée est une certaine Ingrid Hallberg, organiste déplorant le suicide de son père sur la rive proche. Très vite les évènements se précipitent et Yoko en voulant aider son prochain se retrouvent agressée à plusieurs reprise de manière assez violente.

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De fil en aiguille, il apparait que le père d'Ingrid aurait travaillé à la restauration d'un orgue monstrueux. Reste à trouver le dit instrument et comprendre la raison de toutes ces agressions.

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L'Orgue du Diable est un thriller très efficace et rythmé, le trio s'appuie massivement sur du matériel TV pour avancer ainsi que sur les compétences en arts martiaux et le côté casse-cou de Yoko. On ne s'ennuie pas un instant dans cette histoire qui révèlent beaucoup de surprises tout en jouant avec les codes du fantastique. Sans doute un des meilleurs tomes de la série.

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L'empire des mille planètes de Mézières et Christin

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Second album de Valérian et Laureline, ce tome ci trahit son âge. Le trait de Christin n'est pas aussi fouillé que par la suite et le récit à un petit côté rétro SF avec une ambiance se situant quelque part entre Jack Vance et Leigh Brackett. Ambiance agréable mais les personnages sont quelques peu inconsistants, surtout Laureline, ça personnalité rebelle n'apparaissant que dans l'album suivant Bienvenue sur Aflolol.

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L'intrigue est assez simple, les deux agents sont envoyés sur Syrte, capitale d'un empire du bout de la galaxie, afin d'évaluer une civilisation qui n'a jamais connu l'influence terrienne.
Rapidement les deux héros vont se faire repérer et se retrouver à plusieurs reprises dans les griffes de la caste des connaisseurs, prêtres obscurantistes qui étendent leur influence méphitique dans tout l'empire.

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Malgré un postulat de départ pas très folichon, le scénario prend son envol, les péripéties rappellent vraiment un roman de Vance (avec les facilités que cela suggère), et se révèle agréable mais malheureusement pas transcendant.

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Un bon album mais qui trahit son âge, il date de 1971 (la période 1980 avec les deux doubles albums me parait beaucoup plus recommandable) et semble maintenant assez anecdotique. A réserver aux inconditionnels de la série.

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27 octobre 2009

Armageddon Rag de George R.R. Martin

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Sandy nourrissait à l’égard de l’autoroute du New Jersey une haine qui transcendait tout sens commun. C’était une route dégueulasse, toujours bondée, et qui traversait certains des coins les plus sinistres de ce côté de Cleveland, un no man’s land puant de zones à urbaniser, de raffineries de pétrole, de cimetières de voitures et de décharges sauvages. La route était plongée dans un perpétuel brouillard grisâtre à l’odeur bien particulière, miasmes de monoxyde de carbone, d’échappements de diesel et de saloperies chimiques dont une seule bouffée suffisait à faire renaître en lui des terreurs anciennes.

Dans le temps, il s’était fait aligner plus d’une fois sur l’autoroute, pour de prétendues infractions à la circulation ou pour des recherches de drogue. Les flics du coin étaient aussi aigrement antifreaks que les autres dans le pays et se plaisaient à traquer les hippies et les chevelus pour les coincer avec un zèle digne de déments. Si vous aviez le malheur d’arborer les mauvais auto-collants sur vos pare-chocs, vous étiez mal barré sur l’autoroute de Jersey, et la parcourir au volant de la Hogmobile, toute badigeonnée de pâquerettes pour McCarthy, c’était décréter soi-même l’ouverture de la chasse.

1971, concert évènement du Nazgûl, le chanteur star Patrick Hobbins décède d’une balle en pleine tête sur scène devant cinquante mille spectateurs. Rideau !

Dans les années quatre-vingt, Jamie Lynch, alias Sauron, imprésario du Nazgûl est exécuté rituellement chez lui, dans le Maine, au son d’une chanson explicite de l’ancien groupe.

Sandy Blair, écrivain et ancien rédacteur en chef du Hedgehog, un magazine rock, se voit proposer de rédiger un article. Une occasion qu’il saisit d’autant plus vite qu’il est en panne d’écriture. Une bonne occasion aussi de parcourir le pays à la recherche de ses anciens camarade de fac et de défonce des années soixante, au frais de l’enfoiré qui l’a vidé de son ancien journal.

Son reportage avait commencé comme un truc intéressant, un truc qui pouvait être marrant. Ca n’avait pas été marrant, mais alors pas du tout. Et ça le serait sans doute de moins en moins, à mesure qu’il avancerait. Mais il savait qu’il lui faudrait en voir le bout. Lynch avait peut-être été de son vivant une merde de première classe mais il lui devait bien ça. Sans parler des gens qui étaient morts dans l’incendie du Gopher Hole et même ce Paul Lebèque. Le zig était parti pour payer pour un meurtre qu’il n’avait pas commis et tout le monde s’en foutait. Les flics, le Hog et jusqu’au mec lui-même. Alors, tout reposait sur lui, au bout du compte.

Tout en renouant avec ses anciens amis et constatant la perte de leurs idéaux, son enquête avance et l’amène dans le sillage d’un ancien activiste, auto promu imprésario qui semble bien décider à reformer le Nazgûl. Quel rapport peut-il y avoir entre un terroriste des années soixante et un groupe dont les membres survivants sont passés à autre chose ou en pleine déchéance ? Pourquoi les rêves de Blair sont ils hantés par une horde de spectres, lui rappelant les épisodes tragiques de cette époque ?

« Attendez une minute, dit-il. Quelle putain de différence Faxon peut-il faire ? Vous êtes dingue et je suis tout aussi dingue de rester là à vous écouter. Et alors, mettons que vous récupériez Faxon et Slozewski. Ca n’en fera jamais que trois sur quatre. Et le quatrième larron sera sacrément dur à convaincre. » Sandy criait à présent, comme si le volume sonore de sa protestation lui accordait plus de poids et de vérité. « Faites un peu travailler vos petites cellules grises et vous parviendrez peut-être à vous souvenir que Patrick Henry Hobbins est mort en 1971. Il s’est fait éclater la moitié de la tête par une carabine lourde et il n’a pas été foutu de chanter valablement après ça. Comment comptez-vous contourner ce détail ? »

Edan Morse était d’un calme surprenant. « La mort n’est pas toujours le si formidable obstacle que l’on pourrait imaginer », dit-il.

Polar fantastique et élégie des années soixante, l’évocation de la période est réussie tant pour ses côtés sympathiques que sa part d’ombre. Le constat d’échec est amer mais comme un personnage le dira si les années soixante n’avaient pas été, les années cinquante auraient duré éternellement. Un roman prenant, s’appuyant massivement sur la musique de l’époque, chaque chapitre commençant par quelques paroles d’une chanson de l’époque, amer et en même temps porteur d’une espérance. Bonne pioche.

Il m'a donné envie de le lire : Gromovar

L'avis d'El Jc

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24 octobre 2009

Le trio de l'étrange de Roger Leloup

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Chose promise, chose due. Un de mes aimables commentateurs a fait remarqué sa méconnaissance de la BD SF francobelge. Retour aux fondamentaux encore une fois !
Tant Blake et Mortimer que Valérian et Laureline ont été évoqués sur ce blog et le seront encore.
Place donc à Yoko Tsuno de Roger Leloup, série préférée de mon épouse, ayant débutée dans les années 70.
Roger Leloup est un ancien collaborateur d'Hergé, doté d'un goût prononcé pour les engins volants et les coupes de cheveux féminines élaborées.
Au fil du temps la série s'est organisé sur trois axes : les aventures spatiales avec les vinéens, les aventures électroniques terriennes et les aventures temporelles (moins nombreuses et dont la qualité décroit passé la première).

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Le trio de l'étrange introduit Yoko Tsuno, ingénieur en électronique japonaise et Vic et Pol techniciens en audio visuel. Pol est le comique de service tandis que vic représente la composante rationnelle, Yoko étant profondément humaine et impulsive en plus de ses qualités intellectuelles.
Après une introduction rapide où les trois personnages sont réunis suite à une méprise, ils s'associent pour mener à bien un documentaire sur une rivière souterraine sans résurgence connue.

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Las, la plongée tourne court quand ils se retrouvent aspirés dans les installations souterraine d'une civilisation extra-terrestre : les vinéens.
Ces derniers ne semblent pas trop savoir comment traiter les trois intrus et la situation dégénèrent rapidement malgré le caractère non belliciste des extra terrestres. Pas besoin d'armes pour se faire des misères quand bon nombre d'engins ou d'outils sont létaux.

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Bien que le trait soit encore un peu hésitant (c'est moi où Yoko et Pol ont des têtes énormes dans cet album ?), l'histoire est rondement mené et assez dense. Pas le meilleur album de la série mais une réussite indéniable.

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Le sommet des dieux Tome 1 de Taniguchi et Yumemakura

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Adaptation du roman éponyme de Yumemakura Baku et série fleuve en cinq tomes que je chroniquerai individuellement.

1924, Mallory et Irvine disparaissent au cours de la dernière phase de leur ascension de l'Everest. Sont ils morts en montant ou au cours du trajet retour, nul ne le sait.

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1993, Fukamachi accompagne en tant que photographe, une expédition tragique sur l'Everest. Marqué, il reste quelque temps à Katmandou. Dans un magasin douteux, il tombe sur un vieux Kodak de 1924. Est ce l'appareil de l'expédition Mallory ?
Il l'acquiert puis enquête suffisamment maladroitement pour que le receleur lui vole pour lui refourguer encore plus cher. Entre alors en scène un alpiniste japonais vieillissant Habu Jôji. Lui et un sherpa sont les victimes initiales du vol et entendent bien récupérer leur possession.

Repoussé par Habu, Fukamachi de retour au Japon mène son enquête sur lui. Il découvre alors une légende de l'alpinisme à l'aura sombre.

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Au fil des témoignages sans concession sur cet être qui a tout sacrifié à la montagne, apparait une autre figure Hase Tsuneo, à la personnalité solaire. Très vite la rivalité qui les oppose apparait avec des exploits de plus en plus impressionnants et dangereux.

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Au terme de ce premier tome, on fait connaissance de Fukamachi et Habu, la présentation de ce dernier occupant la plus grande part du récit tandis que l'entrée en scène de Hase est plus tardive. L'intrigue sur l'appareil photo reste mineure pour le moment.
La narration est prenante et le trait de Taniguchi réussit. Un très grand récit d'alpinisme, le réalisme de Frison Roche couplé à une recherche d'absolu menant à des exploits grandioses.
Difficile de décrocher une fois que l'on a commencé. Superbe.

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21 octobre 2009

Substance Mort de Philip K. Dick

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A errer ainsi sur la voie publique, parmi toutes sortes de gens, il éprouvait un sentiment étrange concernant son identité. Ainsi qu’il l’avait expliqué aux spécimens du Lions Club, sans son complet brouillé il ressemblait à un toxico ; il causait comme un toxico ; ceux qui le croisaient le prenaient certainement pour un toxico et réagissaient en conséquence. Les autres junkies – tiens se dit-il, je parle même des « autres » junkies – lui coulaient un regard en forme de « paix, mon frère ». Pas les straights.

Fred est un policier dans le milieu des toxicomanes afin de remonter la filière de la Substance Mort, Bob Actor est un junkie, dealer occasionnel mais est aussi Fred. L’univers de Bob / Fred est passablement compliqué du fait de l’incohérence des raisonnements des drogués vivants avec lui et de la paranoïa qui l’envahit peu à peu. Le grand écart devient plus difficile quand ses supérieurs, qui ignorent tout de son identité, le somme d’enquêter sur Bob Actor… 

Ou bien : « Donna est morte ». Hank se contenterait de prendre note. Peut-être demanderait-il : « Qui lui a vendu l’acide et où est-il fabriqué ? »… « Où ont lieu les obsèques ? On devrait aller relever quelques noms et quelques numéros d’immatriculation. ». Fred soutiendrait la conversation sans se troubler.

Fred était comme ça. Mais plus tard sur le trottoir, quelque part entre la pizzeria et la station service Arco (un dollar deux cents le gallon d’ordinaire), Fred se changerait en Bob Actor, et les terribles couleurs de l’évènement filtreraient à nouveau en lui, qu’il le veuille ou non. 

A mesure que la surveillance de Bob Actor s’intensifie, Fred / Bob perd pied tant du fait de la drogue que de cette situation schizophrénique. Une véritable descente aux enfers…

Bob Actor se répéta la question. Combien y a-t-il de Robert Actor ? Dingue. Au moins deux, à vue de nez. Le nommé Fred, qui se prépare à espionner le nommé Bob. Même type. Voire. Fred est-il vraiment le même que Bob ? Quelqu’un sait-il ? Moi je le saurais, j’imagine, puisque je suis la seule personne au monde à savoir que Fred est Bob Actor. Mais qui suis-je ? Lequel des deux ?

Un roman portant moins sur cette situation aliénante que sur les ravages de la drogue sur les esprits. Les discussions oiseuses sans queue ni tête se succèdent, de même que les situations surréalistes. Au final un récit assez cynique, tenant plus du témoignage (d’après le mot de la fin) malgré une construction surprenante.

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18 octobre 2009

Valerian et Laureline tome 9 et 10 de Mezières et Christin

Suite à plusieurs discussions sur Orbital avec un ami, qui se reconnaîtra, je suis revenu aux fondamentaux.
A savoir le double album de Valerian et Laurine : Métro Châtelet Direction Cassiopée et Brooklyn Station Terminus Cosmos.
Une histoire d'autant plus chère à mon coeur qu'il s'agit de mon premier contact avec cette série, grâce aux premières planches de Brooklyn Station Terminus Cosmos, parue dans un vieux Pilote, que ma soeur m'avait gracieusement transmis.

Métro Châtelet Direction Cassiopée

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Alors que Laureline enquête dans la constellation de Cassiopée, Valerian est largué dans la France des années 80 où se manifeste de curieux phénomènes. Guidé par M Albert, l'agent fixe de Galaxity dans cette époque, Valérian est chargé d'éliminer toutes ses apparitions anachroniques, tandis que Laureline cherche les responsables à des années lumières de là.

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Si dans les albums précédents, Valérian avait pu apparaître quelque peu dépassé, il l'est ici encore plus. La tête ravagée par l'opération lui permettant de contacter psychiquement sa compagne, oscillant au bord du spleen du fait de son incompréhension des évènements. M Albert de son côté apparait autant comme un personnage sympathique et excentrique qu'un agent d'investigation extrêmement efficace.
Du côté de Laureline, son caractère rebelle est un peu éclipsé par une explosion de charisme et un côté incisif jubilatoire.

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Une première partie bien menée et très accrocheuse.


Brooklyn Station Terminus Cosmos

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Alors que le spleen de Valérian touche à sa fin de manière radicale, l'enquête avance à grands pas. M Albert connait les destinataires des manifestations sur Terre tandis que Laureline se rapproche de plus en plus des instigateurs.

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Valérian redevient l'agent efficace qu'il était avant de se retrouver de nouveau la tête à l'envers ce qui lui vaudra de nouvelles avanies.

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Un récit plus nerveux que le précédent, où les révélations s'enchaînent tandis que les épreuves subies par Valérian semblent lui avoir fait gagner en maturité.

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Au final, une histoire en deux tomes exceptionnels tant pour son ambiance (que l'on retrouvera en partie dans Les Spectres d'Inverloch et Les Foudres d'Hypsis), ses personnages secondaires hauts en couleurs que son scénario très élaboré.

Une indéniable réussite, un classique de la BD franco belge de SF incontournable qui n'a pas pris une ride.

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17 octobre 2009

Hellboy : L'appel des ténèbres de Mike Mignola et Duncan Fegredo

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Dernier tome paru de la série Hellboy et passage de relais en ce qui concerne le dessin à Duncan Fegredo. On appréciera la différence de style entre la couverture de Mignola et les planches ci dessous.
Au niveau du scénario, on assiste à une synthèse de la série. Un sorcier croisé précédemment s'empare d'Hécate / Ilsa Haupstein, ce dernier compte utiliser les pouvoirs de la déesse pour se faire couronner roi des sorcières. Il échoue lamentablement mais éveille tout le panthéon celte.

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Les dites sorcières échouent dans leur tentative de couronnement d'Hellboy et livre ce dernier à Baba Yaga.
Tandis que Hellboy se débat dans le légendaire russe, le petit peuple bouge ses pions et libère une entité ancienne.

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Comment tout cela se terminera-t-il ? Mystère car la série sans se terminer sur un cliffhanger ne résout pas l'intrigue celte... Un à suivre quelque peu frustrant donc.

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L'affrontement dans le légendaire russe est très sympathique, le trait de Duncan Fegredo plus lumineux que celui de Mignola est très satisfaisant, on ne change pas d'ambiance malgré une autre utilisation des couleurs.
Un bon récit crépusculaire mais dont on ne peut juger totalement la valeur dans la mesure où il appelle une suite. Je continuerai donc à suivre cette série...

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15 octobre 2009

Un jour je serai invincible d’Austin Grossman

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Imaginez-vous enfourchant ce graphe, glissant sur une pente de plus en plus douce qui vous conduit vers l’élite intellectuelle : vous arrivez au dernier million, à la dernière dizaine de milliers – des types beaucoup plus intelligents que ceux que vous croisez dans la vie de tous les jours -, à la dernière centaine… et voilà que vous cessez de glisser, que la courbe devient horizontale et se réduit à une succession de points espacés. Allez jusqu’aux derniers de ces grains de sable, la crème de la crème de l’intelligence, le génie multiplié par mille. Qu’on trouve pas mal d’excentriques parmi eux, quoi de plus normal ? Mais on peut quand même se demander pourquoi la majorité d’entre nous finissent derrière les barreaux.

 Un monde de comics, des super-héros et des vilains. Les héros sont comme toujours puissants, bornés, primaires, conservateurs et réactionnaires. Parmi les vilains se trouvent une poignée de pointures, des génies du mal et notamment : Docteur Impossible !

J’ignore exactement ce qui m’attend, mais… je m’imagine vaguement des combats contre des super-vilains maléfiques ; des discussions franches dans notre jet privé ; des clins d’œil et des séances d’entraînement sans concessions. Des triomphes. Des camarades prêts à se sacrifier pour moi. Plus question de jouer les boucliers humains pour des machos à la gomme ; plus question de passer des nuits à écouter les échanges radio des flics, en me retenant de ne pas cogner les murs. Adieu, vie de merde.

Une jeune femme traverse la rue, un camion passe, paf la fille. Sur son lit d’hôpital, une officine occulte lui offre une vie de cyborg en lieu et place d’une de légume. Après quelques années de barbouzes pour la NSA, la jeune femme se met au service de la justice, sous le nom de Fatale !

Suite à la disparition de Corefire, la version locale de Superman, l’association des Champions se reforment et intègrent de nouveaux membres dont Fatale. Dans le même temps, l’ennemie juré de Corefire, Docteur Impossible réussit, de manière jubilatoire, à s’évader de sa prison.

Commence alors un récit à deux voix, celle du méchant ultime, à l’intelligence démoniaque et à l’égo pathétique qui tente une nouvelle fois d’étendre sa domination sur la planète et à celle d’une apprentie super héros, intégrant un groupe hétéroclite, peu soudé du fait de dissensions passées. Bien que correspondants parfaitement aux normes des comics, ces derniers paraissent rapidement assez antipathiques tandis que les pérégrinations du Docteur Impossible sont assez jubilatoires tant du fait de ses succès que de ses échecs.

 Il est risqué de tenter une visite surprise chez un méta humain aux abois. Impossible de savoir quelle bizarrerie il vous aura concoctée, entre le cafard transgénique et le trou noir de poche. J’envisage une seconde d’appeler les autres.

Mais le jeu en vaut la chandelle : capturer le Docteur Impossible à moi toute seule ! Rien à cirer de faire la une des journaux – le regard admiratif de Damoiselle suffira à mon bonheur.

Si les normes des comics sont respectées, il ne s’agit pas d’un nouveau Watchmen, loin de là, elles sont toutefois exploitées avec une ironie réjouissante. L’univers d’Austin Grossman se situant quelque part entre X Men et le Top Ten déjanté de Moore.

L’intrigue n’a rien de vraiment exceptionnelle, certaines intrigues secondaires étant prévisibles, mais reste néanmoins entraînante. Le ton est juste, le rythme impeccable alternant réminiscences, progression de l’intrigue et scènes d’actions jubilatoires. L’univers est bien dépeint, on se sent rapidement à l’aise parmi cette bande hétéroclite de super héros.

Pour devenir un super-vilain, on a besoin d’un certain nombre de choses. Pas la peine de se soucier d’une identité secrète, c’est un truc de héros. Cependant, ce serait bien pratique de tomber le masque et de disparaître au sein de la foule, des rues, du monde normal. Trop pratique, peut-être – pourquoi devenir l’esprit criminel le plus audacieux de la Terre (ou à tout le moins le numéro 4 de la liste) pour s’évaporer lorsque surgit la première difficulté ? Si on pouvait s’éclipser comme ça, ce serait bien moins impressionnant. Chaque fois que je me fais arrêter, on récite au début du procès la litanie de mes crimes, de plus en plus longue, de plus en plus flamboyante. J’ai été jugé pour des forfaits commis sur la Lune, dans d’autres temps et d’autres dimensions, et que je sois damné si je refuse un jour de les signer !

Un jour je serai invincible n’est pas le roman de l’année et n’a rien de transcendant mais est tout de même une excellente distraction et un regard ironique sur les comics. Le point de vue du méchant de service est très agréable, jubilatoire et délirant. Tandis que celui de Fatale, plus classique finit par emporter l’adhésion après un démarrage un peu poussif. Au final un roman assez amusant et très sympathique.

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12 octobre 2009

Les puissances de l’invisible de Tim Powers

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1963, Andrew Hale est brusquement réactivé par son ancien mentor, l’enseignant tranquille replonge brusquement dans le monde de l’espionnage quitté suite à des évènements tragiques survenu en 1948. Mais qui est Andrew Hale ?

 Derrière la guerre ouverte temporaire s’en déroulait une autre plus longue, secrète, commencée bien avant la naissance d’Andrew mais jamais apaisée – au-delà ou en deçà des radars et des gros titres, au cœur des régions frontalières éloignées et des corridors écartés des édifices gouvernementaux, là où se pratiquait le Grand Jeu.

 Depuis l’enfance Andrew Hale, né d’un père inconnu est entretenu par un obscur service secret britannique, le SOE. Quand la Seconde Guerre Mondiale éclate, le jeune homme est manipulé par ses mentors et poussé à infiltrer un réseau d’espionnage soviétique en France. L’occasion de rencontrer sur place Elena, espionne soviétique d’origine espagnole et d’être confronté à des évènements étranges. A son retour en Angleterre, son trajet croisera celui de Kim Philby, agent double célèbre. 

Ces trois espions se retrouveront encore à Berlin en 1945 et en Turquie sur le Mont Ararat en 1948. Toujours confrontés à des évènements défiant la raison.

Le cœur d’Andrew lui martelait la poitrine ; c’était la peur, il le savait, qui rétrécissait son champ de vision et lui picotait le bout des doigts, mais il savait aussi, saisi d’une exaltation électrique, que pour rien au monde il n’aurait voulu se trouver ailleurs en cet instant. Lorsque la scène prendrait fin, il l’oublierait, comme il avait oublié auparavant, mais aux rares instants où il affrontait le surnaturel, il découvrait toujours en lui une envie ardente d’aller plus loin, de participer en toute connaissance de cause de ce monde dangereux, vertigineux, tellement secret.

Des évènements extraordinaires évoqués par flashbacks dans la première partie du récit, tandis qu’Andrew est réactivé et envoyé confronté Philby à Beyrouth. Petit à petit à travers cette histoire d’espionnage, une réalité occulte est peu à peu dévoilée qui n’est pas sans évoquer Machen ou Lovecraft (en moins visqueux et gluant pour ce dernier).

Philby, dans son arrogance, s’était visiblement toujours estimé capable de trahir son pays sans avoir la grossièreté de… de se tromper de fourchette, de mal tenir l’alcool, de ne pas savoir citer Euripide avec l’accent attique, d’avoir peur de mourir. Malgré ses reniements, c’était un pur produit de l’antique Empire britannique, un diplômé de Westminster et de Cambridge habitué aux privilèges de la classe supérieure, chez lui dans les clubs sélects de Pall Mall comme l’Athenaeum ou le Reform. Toutefois, ayant renoncé à la loyauté, l’honnêteté et la foi, il risquait fort de s’apercevoir que le courage aussi n’était plus qu’une plate-forme sapée incapable de le soutenir. Se transformer en prolétaire vivant à Moscou le révulsait peut-être, mais moins que devenir un aristocrate mort à Beyrouth.

 Roman d’espionnage donc portant tant sur la Seconde Guerre Mondiale que la Guerre Froide, trio de protagonistes mystérieux, personnages secondaires bien campés, valse des loyautés, la recette est connue et efficace. A cela s’ajoute une dimension fantastique, l’histoire légèrement revisitée avec talent sans verser dans l’uchronie.

Les puissances de l’invisible n’est pas un thriller, mais est néanmoins prenant. Il s’agit plutôt d’un texte érudit qui se déguste lentement. Le petit monde de l’espionnage est admirablement rendu et l’intrigue très bien menée. Ce premier contact avec Tim Powers est très concluant et je reviendrai vers lui en 2010.

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