03 août 2009

Kane, Intégrale 1/3 de Karl Edward Wagner

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Inquiétante ombre noire dans la lueur bondissante du feu, le colosse était accroupi, enveloppé dans son manteau, pensif, et buvait à petites gorgées le vin d’un pot en grès perdu dans son poing énorme. Sa chemise moulante et ses braies de cuir sombre portaient des tâches fraiches de sueur et de sang ; sa manche droite était retroussée sur un pansement zébré de rouge entourant un bras épais aux muscles noueux. Une sangle rehaussée de clous d’argent barrait son torse puissant, retenant solidement un fourreau d’épée vide derrière son épaule droite. L’épée elle-même se tenait devant lui, la pointe fichée dans une racine d’arbre torturée. Caressant d’un doigt distrait la courte barbe rousse qui encadrait son visage plutôt brutal, il considérait d’un air songeur les nombreuses entailles et les traînées rouge-brun qui abîmaient la lame, dont l’ombre dansait à la lueur du feu dans une parodie de violent combat.
 

Qui est Kane ? Un puissant guerrier roux, un meneur d’homme, un brillant stratège, un érudit qui semble avoir vécu plusieurs siècles… Et avant tout un salopard !

Kane n’est pas sympathique, chaque fois qu’il loue son épée c’est avec une arrière-pensée et le coup d’état n’est jamais loin.

Aussi brillant soit il, cet anti héros évolue dans un monde à sa mesure, la plupart des dirigeants gouvernent suivant les mêmes principes que ceux qui l’animent lui-même, il est constamment confronté à la trahison et tient de l’éternel perdant, sans doute maudit.

 Cet univers n’est qu’un entassement de civilisations oubliées dont les secrets ne demandent qu’à être redécouvert, les entités lovecratiennes ne soit jamais bien loin derrière les barrières fragiles de la réalité.

Reconnaissant l’influence de Leigh Brackett, Karl Edward Wagner dépeint des personnages secondaires hauts en couleurs, notamment du côté des personnages féminins et n’hésitent pas à les placer au premier plan, Kane ne devenant alors que la sombre menace à l’horizon.

 

La pierre de sang est le premier des deux romans inclus dans ce premier tome de l’intégrale.

Kane mêlé à une bande de bandits de grand chemin repère dans le butin une étrange bague qui lui rappelle quelque chose. Quelque temps plus tard, il refait surface au sein de la cité état de Sélonari où il convainc le seigneur local de monter une expédition dans le marais proche afin de piller une cité oubliée. 

C’était un marécage froid, mais pas de cette saine rigueur des Forêts du Froid qu’il bordait. La chaleur malsaine d’un océan de corruption ramenait l’âpreté de l’atmosphère à une température de cadavre, comme la tiédeur souterraine d’une crypte profonde et grouillante. Une brume épaisse en montait perpétuellement, un manteau de vapeur étouffante qui s’accrochait au marigot, avalait son chaos de végétation, masquait ses insondables sables mouvants. Kranor-Rill formait un labyrinthe empoisonné dont le souffle visqueux dissimulait les périls mortels de son dédale. 

Confronté à des créatures amphibiennes dégénérées, il sera le seul survivant à émerger à nouveau du marais. Commencera alors un étrange jeu machiavélique, Kane étant à la fois espion pour le compte des ennemis de Sélonari et officier influant au sein de cette dernière… 

« Depuis des siècles, désormais, Pierre-de-sang repose en silence dans les ruines d’Arellarti, tandis que les grandes races anciennes qui l’ont conquis ont chu de leur antique position de puissance, et l’on dit que Pierre-de-sang n’est point mort, mais qu’il dort, rêvant de ce jour où, par un noir miracle, sa puissance pourra de nouveau jeter une lumière d’horreur sur notre Terre. » 

Une fresque grandiose où les coups tordus se multiplient, une superbe galerie de personnage Dribeck, Térès et la pierre de sang étant de l’étoffe des personnages qu’on n’oublie pas.

 

La croisade des ténèbres met en scène Kane, dans une cité lointaine où en tant que général il est un des principaux éléments au sein d’une des deux factions qui s’affrontent pour la succession imminente du trône. Malheureusement pour lui, alors qu’il pensait avoir enfin mis la main sur un document discréditant, Jarvo, le chef de la faction adverse, Kane se fait piéger à son tour. Ses rêves de pouvoir s’écroulent encore une fois.

Contraint à l’exil, alors qu’il cherche un lieu où mettre en œuvre ses talents, il entend parler de la sombre croisade lancée par un ancien bandit proclamé prophète d’une entité ténébreuse.

Croisade qui a subit un violent revers face aux troupes de son ancien rival…

Voilà une nouvelle cause que Kane embrasse avec enthousiasme, sans toutefois se départir de l’idée qu’il est possible de déposer l’encombrant prophète le moment venu. 

Kane aurait bien aimé avoir la certitude que Jarvo était enfoui en sûreté sous les marais de Méritavano. Il détestait Jarvo en tant qu’homme, le considérait comme un général sans imagination – mais en tant qu’adversaire, il faisait preuve d’une certaine ténacité pesante qui, pour peu que la fortune lui sourît, le rendait dangereux. Son talent à l’épée l’illustrait bien : assez bon pour lui permettre de tenir sa place contre un adversaire plus doué, inconscient qu’il était surpassé et, pourvu que son adversaire trébuche, ne fût-ce qu’une fois… 

Encore une fois au menu, trahisons en série et coups de théâtre spectaculaires. La galerie de personnage est moins étoffée que précédemment mais le destin dantesque du général Jarvo n’est pas désagréable à suivre de même que les démêlés de Kane avec Ortède le prophète de Sataki.

Kane restait sous son pavillon – laissant ses officiers tenir son armée en ordre, sirotant pensivement une eau-de-vie en songeant à sa prochaine action. Au loin, des gerbes de poussière et des blocs de pierre explosaient par intermittences sur le palais en ruine. Kane méditait sur la destruction. Il y avait si peu de temps, semblait-il, qu’il avait intrigué pour découvrir les passages secrets de ce même palais ; aujourd’hui, il le réduisait en morceaux. Il semblait toujours fracasser ce qu’il ne pouvait avoir. 

Totalement immoral, Kane tranche considérablement de la plupart des héros de la fantasy. Seul le Cugel de Vance et l’Elric de Moorcock jouent dans la même catégorie. Sans toutefois l’égaler, le premier étant un gagne petit et le second malgré ses accès de cruauté étant un défenseur de l’ordre. Rien de tout cela pour Kane qui vise toujours le sommet et semble un éternel agent du chaos.

Prenant, rafraichissant, Kane, éternel perdant, est fascinant et donne vraiment un sens au terme « Heroic Fantasy ».


L'avis dithyrambique de Nébal.

Posté par efelle à 22:18 - - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Kane, Intégrale 1/3 de Karl Edward Wagner

C'est noté, merci bien. Je ferais comme toi avec Nébal, je reviendrais d'ici un an et demis environ t'en toucher deux mots ;o)) D'ici là j'ai peur d'être un tantinet surbooké...

Posté par El Jc, 04 août 2009 à 02:41

Mais moi j'avais l'excuse d'attendre la parution des deux autres tomes...

Posté par Efelle, 04 août 2009 à 13:08

Merci,ça a l'air chouette. [pour de la fantasy, héhé] Encore un cycle de plus sur la PAL.. Et il a le mérite d'être très esthétique en attendant son tour !

Posté par Xavier, 04 août 2009 à 13:14

Ben tu vois quelques mois plus tard je n'ai toujours pas trouvé le temps, mais l'intérêt lui est toujours là ;o)

Posté par El Jc, 30 janvier 2010 à 09:31

Je l'ai dans ma PAL depuis le salon du livre de l'année dernière ; mais ton article donne bien envie de le resortir !!!!

Posté par craklou, 04 février 2010 à 10:31
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