28 juillet 2009

Rois et Capitaines

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Voilà une anthologie alléchante, alignant pas mal d’auteurs connus. Voyons en détail ce qu’il en est.

Jean-Philippe Jaworski ouvre le bal avec Montefellone, nouvelle incursion dans l’univers de Janua Vera et Gagner la guerre au cours du premier conflit annonçant la fin du royaume de Léomance. Le siège délicat de la cité de Montefellone par les forces loyalistes. Un récit apre et amer, toute la brutalité et l’horreur de la guerre étant narrée efficacement. Sans aucun doute le texte le plus réussi de cette anthologie.

Avec La damoiselle et le roitelet, Rachel Tanner livre une uchronie légère sur le thème de Jeanne d’Arc. Un récit bien mené et agréable mais se terminant peut être un peu trop aimablement, un défaut mineur malgré tout.

Dans la main de l’orage de Claire et Robert Delmas m’a laissé un peu dubitatifs, les auteurs jouent avec le mythe arthurien enfin surtout l’après Arthur mais ne parviennent pas à convaincre avec un texte un peu trop elliptique.

Sacre de Maïa Mazaurette narre un épisode mouvementé du jeune et futur Louis IX. Un texte bien mené plein de surprises et élégamment ironique.

L’impassible armada de Lionel Davoust est un texte maritime étrange aux confins du monde. Un conflit à mort entre deux flottes captives des glaces et qui ne semble pouvoir trouver de solution qu’avec l’élection d’une figure royale. Un récit étrange, très sombre et très ironique dans sa conclusion.

Avec Le prince des pucelles, Catherine Dufour met à mal, une fois encore nombre de contes de fées classiques de manière amusante, très sombre et, ici aussi, très ironique. L’auteur démontre ici quand elle n’a toujours pas terminée avec les contes de fées et leurs stéréotypes.Une réussite.

La reine sans nom de Thomas Day prend la forme d’une légende orientale qui tranche avec les autres textes. Un fantôme émerge de son tombeau à la recherche de son identité. Un récit tout en finesse mais respectant parfaitement le thème de l’anthologie.

Armand Cabasson nous plonge dans les étendues russes au moment de l’invasion mongole avec Serpent-Bélier. Un prince tente de rallier les tribus nomades et les lithuaniens non christianisés aux forces du grand prince de sa cité. Un récit violent sur la tolérance très réussi.

Avec Au cœur de l’Aaran, Pierre Bordage livre un texte certes tragique mais assez faible. Je n’ai pas accroché.

Au plus élevé trône du monde permet à Johan Heliot de sauver d’Artagnan de la mort pour lui faire rencontrer Cyrano de Bergerac sur la lune. Un texte amusant dans la veine de la bande dessinée De capes et de crocs. Efficace et plaisant.

Le crépuscule de l’Ours de Julien d’Hem met en scène les doutes d’un capitaine mercenaire au soir de sa carrière. Un texte sans grande surprise.

L’orage de Laurent Kloetzer est une histoire labyrinthique et onirique. Un exercice qui tombe un peu à plat malheureusement. 

Une anthologie très sympathique, la plupart des textes étant prenant, seul trois d’entre eux ne m’ont pas convaincus.

L'avis de Gromovar

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26 juillet 2009

Mini rencontre ludique samedi 25 juillet

A l'occasion de la fin des vacances, une nouvelle mini soirée ludique a eu lieu. Nous ont rejoint pour diner jouer : Yann, Jérôme et Laurent.

Laurent ayant apporté Medici, nous nous sommes lancé sur ce jeu d'enchère à l'allemande que nous ne connaissions pas pour la plupart.

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Laurent domine tout de suite la partie, seuls Sophie et Yann disputant son hégémonie. Finalement l'expérience paiera et Laurent réussira à repasser devant Sophie lors de la dernière manche, Yann finissant troisième, Jérôme quatrième et moi même dernier n'ayant réussit à appréhender le concept que lors de la dernière manche.
Un bon jeu assez abstrait sur lequel il faudra revenir.

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Nous avons terminé la soirée en ressortant Key Largo. Jeu de programmation plus léger.

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Yann enchaînera les tirages malheureux, cumulant à lui seul cinq monstres lors de ses plongées, malgré les tridents en sa possession il perdra trois plongeurs au cours de la partie. De même, il cumulera aussi un nombre de touristes assez importants.
Au final Sophie terminera première haut là main grâce à un double tire laine lors du dernier tour avec environ 1650 dollars, Laurent est second avec 70 dollars de moins, je le talonne avec 90 dollars de retard par rapport à Sophie, Jérôme tourne vers les 1400 et Yann est dans les choux.
L'élément chaotique du jeu s'est donc très manifesté sur cette partie.

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Une petite soirée bien agréable en attendant la prochaine.

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25 juillet 2009

Hellboy : Le ver conquérant de Mike Mignola

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Avec Le ver conquérant, Mignola signe ici une grande aventure se déroulant en un même lieu, véritable nexus permettant de lier la plupart des aventures courtes précédentes à la trame principale.

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Un engin nazi revient sur terre après soixante ans dans l'espace, Hellboy et l'homoncule Roger sont envoyés sur le site du lancement en Autriche. Lieu hanté par les fantômes des alliés et des nazis morts sur place lors du lancement en 1939 ainsi que par le souvenir d'un ancien héros masqué US.

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Une aventure bien menée avec pas mal de retournements de situation et de flashbacks et surtout une évolution profonde dans la psychologie des personnages. Excellent !

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22 juillet 2009

En panne sèche d’Andreas Eschbach

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Même la dernière goutte d’essence permet encore d’accélérer. 

Markus Westermann est un jeune commercial allemand travaillant pour une firme informatique américaine, sélectionné pour les travaux de régionalisation du tout dernier logiciel au sein de la maison mère, il a bien l’intention de faire son trou aux USA.

Karl Block est un autrichien, technicien du pétrole à son compte. Il a trouvé du pétrole sur le terrain de la ferme familiale, l’exploite et compte bien révolutionner la planète avec sa méthode de prospection inédite.

Charles W. Taggard est un agent de la CIA, qui s’intéresse beaucoup à l’Arabie Saoudite depuis que le 11/09 a eu des répercussions indirectes catastrophiques sur sa vie.

Trois destins qui vont se croiser et s’entremêler sur fond de pénurie pétrolière.

En effet surexploité, le principal gisement saoudien va être ruiné avant même d’être épuisé.

La méthode de Block est elle fiable ? Permettra-t-elle de trouver du pétrole n’importe où comme il le prétend ?

Pendant que le monde sombre peu à peu dans le chaos par crainte de la pénurie, Markus va être pris dans un tourbillon qui l’élèvera au sommet afin de le projeter plus bas que terre. Le rêve américain dans toute sa splendeur… 

Comprenez-moi bien, l’énergie représente la base de tout. L’énergie technique. Tout repose là-dessus. En fonction de l’énergie dont vous disposez, vous pouvez extraire, affiner, transformer des matières premières et, ensuite, transporter dans le monde entier ce que vous avez fabriqué. L’économie globale est une machine d’une taille et d’une complexité insaisissables. Plus elle possède d’énergie, plus elle est rapide. L’Etat n’a presque rien à voir là-dedans. 

Sur fond de thriller, Eschbach peint une fresque, avec quelques flashbacks, qui retranscrit efficacement et de manière fluide l’épopée du pétrole et la situation actuelle. Incluant l’influence discrète des services secrets des grandes puissances. Notre civilisation repose entièrement sur le pétrole : nos transports, notre agriculture, nos industries, une simple pénurie suffirait à provoquer son effondrement et à déstabiliser l’ensemble de la planète.

Notre couple de héros entreprenant sauvera-t-il la planète ? 

Ce thriller est extrêmement prenant, les personnages secondaires sont nombreux, bien dépeint, attachants, les rebondissements très nombreux et je n’ai pas décroché du roman pendant trois jours. 

Au travers de ce livre, on obtient un résumé de notre situation actuelle, comment elle pourrait tourner avant de proposer des alternatives hypothétiques (moment où le roman bascule véritablement dans la science-fiction), décrivant les évènements tant du point de vue des responsables que du commun des mortels (le personnage de Dorothéa, la sœur de Markus, étant exemplaire de ce point de vue) et de décrire le résultat d’un effondrement. 

- Mais pourquoi ? Il reste du pétrole ! Même si les besoins augmentent, ce que je veux bien admettre, il reste une quantité folle de pétrole – des milliards de litres !

- Ce n’est pas la question, s’obstina Anstätter en se penchant vers lui. Bien sûr, nous n’avons consommé que la moitié environ du pétrole contenu dans le sol. Mais il s’agissait de la moitié facile à exploiter. Le pétrole qui reste aujourd’hui est plus profond, plus difficile à extraire, plus coûteux, il se trouve dans des contrées sauvages, inaccessibles. Bien sûr qu’on va continuer à extraire du pétrole de la terre. Mais on en produira moins et il sera plus cher. Vous atteignez le point de non-retour le jour où il vous faut plus d’énergie pour produire un litre de pétrole que celui-ci ne peut vous en fournir. A partir de ce moment-là, le pétrole cesse d’être une source d’énergie. 

Crédible, ce roman fait froid dans le dos… Difficile de le lâcher une fois commencer. Les rebondissements sont nombreux et si le roman n’est pas sans défaut, notamment au niveau des rencontres opportunes celles-ci sont suffisamment bien préparées pour qu’elles soient acceptables. Superbe thriller et excellent roman d’anticipation, Panne sèche est incontournable !

Il a aimé aussi :

La chronique de Gromovar

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Le Grand Livre de Mars de Leigh Brackett

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Ce recueil se compose en fait de trois romans et d’un recueil de nouvelles ayant pour point commun Mars vue par Leigh Brackett. Ecrit dans les années 50 et 60 ces textes ont  en commun cette planète aride et fantasmée au passé plusieurs fois millénaires sur laquelle les premiers terriens viennent d’arriver plein d’arrogance.

Des civilisations cruelles, des ambiances oscillant en permanence entre science-fiction et fantasy, des héros constamment hors la loi,  rarement au service de l’ordre établi, des personnages féminins puissants et équivoques : un ensemble qui donne des aventures avec un grand A loin de tout manichéisme.
 

L’épée de Rhiannon 

Matt Carse est un terrien hors norme pour Mars. Archéologue de formation, il est en fait pilleur de tombes, parfaitement intégré à la pègre martienne dans une des villes les plus sauvages. Abordé par un voleur de faible envergure, le voilà sur la trace du tombeau de Rhiannon le maudit. Une entité post humaine ayant vécu des millénaires auparavant et d’après la légende enfermée par ses pairs pour l’éternité, afin de méditer ses crimes… 

« Voilà comment je suis tombé sur l’endroit, raconta le voleur. Sur une corniche, ma bête s’est cassé une patte dans un trou et le sable, en s’écoulant à l’intérieur, a élargi la crevasse. La tombe était creusée là, à même la roche de la falaise. Mais quand je l’ai découverte, l’entrée était bouchée. »

Il se retourna et fixa sur Carse son maussade regard jaune.

« C’est moi qui l’ai trouvée, répéta-t-il. Je ne vois toujours pas pourquoi je vous donnerais la part du lion !

- Parce que je suis le lion », répondit gaiement Carse.

Il fit quelques passes avec l’épée, sentit qu’elle convenait à son poignet flexible et regarda glisser sur l’arme la lumière des étoiles. L’excitation lui faisait battre le cœur, l’excitation de l’archéologue autant que du pillard. 

Las, l’arrogance et l’avidité de Carse lui joueront un mauvais tour quand son associé le jettera dans la prison intemporelle de Rhiannon… Sans bien comprendre ce qui lui arrive, Carse se retrouve dans la haute antiquité martienne quand l’eau coulait encore à flot sur sa surface…

Aventurier déphasé, il deviendra esclave, chef rebelle, puis paria craint de tous quand les autochtones comprendront que la malédiction et l’héritage de Rhiannon sont en lui. 

Une aventure hors norme, superbement menée sur les mers de Mars jusqu’à la confrontation finale face à des êtres immondes. Une lecture très plaisante et distrayante, pleines de rebondissements.

 

Le secret de Sinharat 

Eric John Stark est un terrien, naufragé sur Mercure au cours de son enfance, il a été élevé comme un sauvage avant d’être retrouvé par des terriens. Depuis il est l’éternel rebelle, défenseur de toute les causes perdues opposant les barbares autochtones des planètes du système solaire à l’impérialisme technologique terrien. 

Exceptionnellement et surtout pour bénéficier d’une remise de peine, Stark accepte de saboter le soulèvement massif des nomades martiens. Sur place, Stark découvre que le chef barbare Kynon s’est rendu sur terre pour s’instruire et en a ramené des gadgets lui permettant de faire croire qu’il détient la technologie maîtresse de la défunte civilisation de Sinharat : le transfert de corps. Ayant uni les tribus nomades avec quelques effets de manches, il s’est aussi adjoint les services de la pègre de la cité de Valkis et de quelques forbans terriens, dont Stark.

Parmi tout ce petit monde, les antagonismes existent et Stark va devoir rester vivant dans ce nid de vipères jusqu’à l’arrivée dans les ruines maudites de Sinharat.

L’ancien lit de la mer s’incurvait en une sorte de gigantesque cuvette dont l’extrémité opposée se perdait dans la distance. Jamais, même sur Mercure, Stark n’avait vu un pays plus cruel, à ce point abandonné des dieux et des hommes. On aurait dit que quelque glacier primordial avait trouvé la mort ici, qu’il avait creusé sa propre tombe à l’aube fuligineuse de l’histoire humaine. Son corps s’était désagrégé mais son squelette demeurait : ossements de basalte, de granit, de marbre et de porphyre de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les dimensions concevables, charriés par les glaces descendant du pôle et disséminés ici et là, telles des stèles commémorant leur passage.

Le Ventre des Pierres…

On pouvait lui donner un autre nom, se dit Stark : la Mort. 

Dans ce texte très prenant Leigh Brackett confirme son sens de l’aventure et des retournements de situations. Les ambiances martiennes sont particulièrement réussies, on ressent vraiment la déchéance de la planète rouge. 

 

Le Peuple du talisman 

Ils marchèrent vers l’est toute la nuit, la journée du lendemain et la nuit suivante, ne s’arrêtant que pour reposer les bêtes et avaler une ration de pemmican. Et Stark, captif des montagnards, réalisa combien il se trouvait au cœur du Pays Arctique, une région qu’un hémisphère séparait des lignes spatiales et commerciales de Mars – et des visiteurs venus d’autres planètes. Le futur n’avait jamais touché ces montagnes sauvages, ces plaines arides. Le présent lui-même ne les avait pas rejointes. La grandeur de son passé suffisait à ce pays. 

Pour tenir une promesse à un ami qui a pris une balle à sa place, Stark se rend au sein dans l’arctique martien afin de rendre au peuple de son ami, un talisman que ce dernier a dérobé des années auparavant. Voilà Stark dans une région hostile qu’il ne connaît pas, rapidement capturé par les barbares locaux. Ciaran le chef barbare, constamment masqué, porte un intérêt particulier au terrien, n’hésitant pas à le torturer certain que ce dernier possède quelque savoir concernant l’antique cité de Kushat qu’il compte mettre à sac.

Stark, ayant des réserves de sauvagerie digne de mettre en déroute n’importe quel barbare martien, il parvient à s’échapper et à rallier Kushat, la cité natale de son ami. Une cité bénéficiant de la protection accordée par le talisman de Ban Cruach fondateur du site. Las, l’original est donc en possession de Stark, tandis qu’une imitation repose dans le reliquaire. Un faux créé par la noblesse locale afin d’éviter toute remise en cause de leur pouvoir. Ajoutons à cela une population qui ne croit pas à la menace barbare et voilà Stark tombé de Charybde en Scylla. 

Il frissonna. Pas seulement en raison du froid. En fait, il avait horreur des villes. Les villes étaient des pièges : dépouillant l’homme de sa liberté, elles l’emprisonnaient entre des murs, le soumettaient à l’autorité, formaient le lieu d’élection d’une catégorie de gens qu’il n’aimait pas : les moutons et les petits rapaces qui en usaient. Il avait pourtant connu des villes qui avaient du caractère, au moins, comme Valkis et Jekkara, les cités des Bas-Canaux , loin au sud, aussi vieilles que Kushat mais encore animées par une perversité maléfique. Peut-être était-ce la froidure boréale qui faisait peser son funèbre linceul sur ces rues. 

Face à la horde barbare, Stark s’alliera à la lie de la ville pour faire face puis fuir l’inévitable défaite. Allant chercher refuge, là où Ban Cruach trouva le précieux talisman, par delà les Portes de la Mort, une faille que gardait la cité… 

Encore plus réussi et efficace que Le secret de Sinharat, ce récit est un superbe texte plein de surprises jusque dans son dénouement. Stark confirmant son statut d’héros définitivement atypique. Un grand moment épique. 

 

Les terriens arrivent 

Ce recueil de nouvelles plus tardives que les textes précédents met en scène Mars soumise à l’hégémonie terrienne. La civilisation s’est répandue sans toutefois atteindre les cités des Bas-Canaux où la perversité antique des différentes civilisations martiennes survie, patiemment entretenue par les autochtones. Quoi qu’il en soit le temps des aventuriers à la Carse ou Stark est terminé. Dans l’ensemble ces textes m’ont fait pensés aux Chroniques martiennes de Bradbury avec qui Leigh Brackett était très liée.

Des textes sombres et amers où les terriens sont déstabilisés et soumis à de violents chocs culturels. Changement de registres sans pour autant renoncer au décor planté dans les romans précédents, l’auteur atteint là l’excellence.

 

Cet ouvrage s’est donc révélé une excellente surprise, même si la conception de Mars parait désuète mais au combien envoutante, les textes gardent leur puissance (comme pour les Chroniques Martiennes de Bradbury) que ce soit le souffle épique des trois romans ou l’amertume des nouvelles.

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Le Déchronologue de Stéphane Beauverger

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Des événements auxquels je pris part, et dont il sera question dans ce récit, j’espère que chacun saura prendre la mesure avec clémence. Que le lecteur ose pardonner les effronteries et le grand désordre régnant dans ces cahiers, mais ma mémoire n’est plus ce qu’elle était, ni le temps ce qu’il paraît. « Fugit irreparababile tempus », écrivit le poète Virgile… Comme il avait tort ! Je sais, moi, que les voiles du temps sont déchirées, pour porter jusqu’à mon siècle des choses qui n’auraient pas dû s’y échouer. A mes yeux, les calendriers n’ont plus aucun sens, et les dates comme les anniversaires ont pris des airs de garces mal maquillées. Dans mon obsession à découvrir l’origine de ces plaies ouvertes, j’ai approché les grands secrets de mon époque et œuvré pour les recoudre. Quelles chances avais-je donc d’y parvenir ? Aucune, sans doute…

 

Le capitaine Henri Villon, pirate français, venu contesté l’hégémonie espagnole dans les Caraïbes est confronté à une curieuse tempête alors qu’il avait été pris en chasse par trois navires espagnols. Un navire gigantesque surgi de la tourmente et pulvérise tout navire lui barrant la route…

 

Trop paniqué ou trop téméraire, le second chasseur espagnol qui avait espéré couper notre course venait à son tour d’ouvrir le feu sur l’apparition. Moins de cinq secondes plus tard, une nouvelle détonation rauque couvrit le grondement de la tourmente. La foudre tomba sur le navire, qui explosa comme un baril de poudre. Je jure que tous ceux qui assistèrent à l’événement demeurèrent figés, abasourdis par la violence du châtiment. C’était Goliath écrasant David sous sa sandale. Les mystères des abysses punissant les incrédules. J’en pleurai d’impuissance.

- Bosco…

- Capitaine ?

- Il faut repêcher les rescapés.

- …

Je tournai vers mon second un visage ruisselant de larmes :

- Personne ne mérite de mourir noyé s’il a survécu à ça.

 

Mais comme nous l’apprendrons par le récit, non chronologique, tout cela avait commencé bien avant… Villon en effet était obsédé par l’apparition de merveilles mystérieuse qui commence à inonder les archipels : nourriture en conserve, médicaments… Les espagnols les thésaurisent, d’où viennent elles ? Quelles menaces se cachent derrière tout ceci ? 

Le récit de Beauverger est déstabilisant au premier abord, on saute d’une époque à une autre… Les effets sont présentés avant les causes. Construction ingénieuse qui maintient en haleine et ce jusqu’au dénouement. L’ambiance est magnifiquement transcrite, on ressent fortement ce milieu de la flibuste. Grand buveur de taffia, corsaire à l’occasion, Villon court après ses obsessions et lutte face aux espagnols dans un XVIIeme siècle qui se délite complètement suite à de mystérieux phénomènes temporels. 

Le gouverneur m’écoutait vraiment. Son regard fixait un point sur mon front comme pour y lire mes secrets.

- De fait, murmura-t-il pour lui-même, nous n’avons ouï dire que nos ennemis avaient essuyé de nombreuses pertes. L’attaque sur Providence, bien sûr, qui a échoué… Et cette nouvelle selon laquelle Lisbonne et le Portugal auraient gagné leur indépendance ce dernier hiver. Et maintenant, ces rumeurs insistantes de cités et de ports qui ne répondent plus, ces lignes d’approvisionnement qui se délitent… Oui, nous vivons une époque de tempêtes, capitaine Villon, vous avez au moins raison sur ce point…

 

En mêlant à la flibuste du XVIIeme siècle une intrigue de science-fiction, Stéphane Beauverger nous livre un roman ciselé, prenant, habilement construit et porté par un style très plaisant. Un excellent roman à l’ambiance marquante.

 

Debout j’ai vécu, debout je m’en vais mourir. Que dire de plus qui ne sonnerait pas moins sincère ?

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Le Bouclier du temps de Poul Anderson

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On vous interdira de connaître vos succès à l’avance, car cela ne ferait qu’accroître la probabilité de vos échecs. Dans la mesure du possible, vous suivrez le lien de la cause vers l’effet, comme le commun des mortels, sans déformer ni distordre quoi que ce soit. Le paradoxe, voilà l’ennemi.

Voici donc tome clôturant le cycle de la Patrouille du temps. Ce roman est assez riche et présente plusieurs intrigues s’enchaînant.

Manse Everard est soumis à un audit portant sur les missions l’ayant mis en contact avec les exaltationnistes avant de mener contre eux une ultime mission dans le nord de l’Afghanistan antique au sein d’une des anciennes conquêtes d’Alexandre le Grand. Une occasion pour constater la lassitude du héros.

De son côté Wanda Tamberly effectue sa première mission d’étude au paléolithique et se retrouve face à un dilemme, doit elle laisser se faire exterminer les tribus primitives de cueilleurs d’Amérique par les tribus nomades de chasseurs de mammouths venus d’Asie…

Situation d’autant plus difficile qu’un collègue plus expérimenté étudie les chasseurs.

Enfin alors qu’Everard et Tamberly doivent se retrouver ce produit une nouvelle fois un évènement cataclysmique pour la patrouille. Une modification de l’histoire a lieu à un moment clé et génère une nouvelle réalité d’où la patrouille est absente. Les agents en amont de la divergence sont les seuls à pouvoir agir…

La Patrouille du temps ne garde plus l’avenir. Elle ne l’a jamais gardé. Mes parents, mes frères, mes sœurs, mes vieux amis, mon premier amour, ma patrie, rien de ce qui m’a façonné n’existera jamais. Je suis un Robinson du temps.

Puis : Non. Les Patrouilleurs qui se trouvaient en amont de l’heure fatale sont toujours là, tout comme moi. Nous devons nous retrouver, rassembler nos forces et chercher un moyen de restaurer ce qui a été détruit.

Mais comment ?

Tandis que quelques agents se retrouve dans la nouvelle réalité, piégé ou non. Une équipe est envoyée dans le sud de l’Italie au XIIeme siècle afin de corriger la divergence due au chaos.

Une tache d’autant plus difficile qu’au cours de son enquête Manse a sympathisé avec le sujet en aval de la divergence, elle-même simplement due au chaos.

Everard lâcha sa lance et tira son épée du fourreau. Si la bataille virait au combat rapproché, il allait pouvoir faire usage de certaines armes déconseillées en temps ordinaire. Il continua de foncer sur l’ennemi.

« Une heure », dit la voix. Il guida Blackie dans la direction voulue et reconnut la bannière de Lorenzo.

Elle lui était familière. Il avait partagé le pain de cet homme, il avait fait volé ses faucons, il avait chassé le cerf sur ses terres, il avait échangé avec lui des récits et des chants, il avait ri et trinqué en sa compagnie, il était allé à l’église et à la fête, il avait reçu ses confidences et feint de lui en faire en retour, jour après jour et nuit après nuit, un an après cette bataille.

Il n’en reste pas moins que malgré une première intervention réussie, la divergence subsiste. Vaincre le simple chaos s’avère plus compliqué que prévu et tant Manse que Wanda devront s’immerger dans le XIIeme siècle afin de rétablir le cours de l’histoire.

En guise de conclusion, Poul Anderson livre donc avec ce roman trois récits en un, dont le dernier est particulièrement réussi, sans toutefois atteindre la puissance de la novella « Le Chagrin d’Odin le Goth ». Quoi qu’il en soit ce roman est une réussite et termine de manière très agréable cette série.

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04 juillet 2009

Mini rencontre ludique vendredi 3 juillet

Ghislain ayant effectué un saut dans nos contrées, ce fût l'occasion d'organiser un diner simple en sa compagnie et celle de Yann.
Ensuite nous nous sommes lancés tous les quatre dans une partie d'Agricola.
Le jeu est toujours plaisant, paisible et impitoyable. Ghislain découvrant le jeu, il a un peu tatonné surtout au niveau de l'évaluation de ses savoirs faire et aménagements mineurs.

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La course à l'optimisation a été intense entre Yann et moi même tout en restant sur le fil du rasoir question nourriture. Sophie est resté avec ces deux premières personnes ce qui a plombé son développement.
Yann s'est dirigé vers une stratégie de remplissage et de touche à tout en ne négligeant que les sangliers (son seul point de malus).
De mon côté, j'ai abandonné les moutons et trois cases de ma cour mais maximisé les champs, céréales, légumes, membres de la famille et déployé la combinaison four / céramique / poterie.
Sophie et moi même sommes restés au stade de la maison en argile (mais avec le puits pour Sophie), face aux luxueuses maisons en pierre de nos invités.
Résultat des courses, Yann et moi même terminons ex aequo avec 38 points, Ghislain troisième avec 26 et Sophietermine avec 20 points.

Une partie sympathique et une soirée très agréable.

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03 juillet 2009

Mini entretien avec Catherine Dufour

En complément de ma chronique voici un petit échange que je viens d'avoir avec Catherine Dufour.

A propos du recueil

> Comment est né le titre ce recueil ? Blanche Neige n'y apparait que très peu.

Oh, j'ai juste cherché un titre joli.

A propose de Merlin l'Ange Chanteur

> Dans Merlin l'Ange Chanteur, il m'a semblé qu'il y avait un net changement de ton après la période arthurienne. Cela était il prévu depuis le début ? Ou la pensée, je cite ta postface, "à tous les gamins qui errent au milieu des cadavres de leurs parents, tous les nourrissons qui rampent dans la tripaille", t'est elle venue en cours d'écriture ?

Non. C'était le postulat de base. Mais il fallait d'abord poser le méchant avant de le lancer à l'assaut du monde.

> D'où provient l'idée d'associer vampire et mécanique quantique ?

Ca, c'est une idée que j'ai eue très jeune. J'ai écrit tout un mémoire de maitrise dessus à 21 ans.

A propos de l'Immortalité moins six minutes

>Par contre pour ce qui est de tourner en dérision Le Seigneur des Anneaux, désolé de faire mon Tolkhyène, il semble que les images ou les situations, sur lesquelles tu t'es appuyées, relèvent plus souvent de l'adaption de Peter Jackson que du livre de Tolkien.
Est ce intentionnel ?

Oui, j'ai regardé chaque film 15 fois. En prenant des notes.

> Les films t'auraient ils plus marqués que le livre ?

Non, mais mes fils n'ont pas encore l'age de lire Tolkien.

> Sinon ta satire acide s'en prend finalement plus aux poncifs de la fantasy industrielle (licence ADD par exemple mais pas uniquement) et du jeu de rôle, non ?

Ma satire s'en prend à toute littérature questuelle qui prône que souffrir rend intelligent.

> A ce jour as tu eu vent de réaction allergique de la part des inconditionnels de Tolkien ?

Non. J'ai eu des réactions allergiques de fans de Blanche-neige, ça oui.

> La phrase "I'm a sexy shoeless god of war !" te parle t elle ?

En hobbit.

NB : Petite mise à jour pour présenter ce webcomic très amusant qu'est Order of the Stick.

SexyShoelessGodOfWar



A propos de ses autres écrits

> Comptes tu revenir sur l'univers du Goût de l'Immortalité et d'Outrages et Rébellion ?

Euh, non. Enfin, si. Tu as remarqué que la fin de "Merlin l'ange chanteur" se déroule dans une des stations orbitales qu'on voit construire à la fin d'"Outrage et rébellion" ? Je veux dire, c'est mon univers. Je ne l'ai jamais quitté.

> Les nouvelles science fictive du recueil l'Accroissement mathématique du plaisir s'inscrivent elles dans cet univers ?

Réflexion réflexion... non. Sauf la nouvelle éponyme, oui. Et peut-être "la liste des souffrances autorisées"... en fait, les nouvelles de SF se déroulent dans le coin, oui.

> Puis je publier ces questions et tes réponses éventuelles sur mon blog en complément de  ma chronique pas encore écrite ?

Avec plaisir !

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02 juillet 2009

Blanche Neige contre Merlin l’enchanteur de Catherine Dufour

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Sous ce titre improbable se cache les deux derniers opus de la série fantasy de Catherine Dufour, soit Merlin l’ange chanteur et L’immortalité moins six minutes (tome 0). 

Merlin l’ange chanteur 

Petit saut en arrière juste après les lance-missiles de Blanche Neige, un archange et un angelot se trouvent piéger sur la Terre désormais plate trop loin de Dieu pour faire le plein d’énergie… Chacun dans son coin, ils chercheront à faire le plein de Foi pour survivre. L’un se vautrant dans la cruauté tandis que l’autre opte pour le compassionnel. 

Il ne restait plus à l’Archange qu’à identifier sa prochaine proie tout en se méfiant du cercle de maris jaloux qui orbitait autour de son arbre. Car avec son sourire mielleux et son profil de médaille, il traînait après lui tous les cœurs ayant du goût pour le fadasse, et les casseroles qui s’ensuivent. Il fallait être un vieux roi, habitué à chasser l’aiguille empoisonnée dans les cheveux de ses épouses et les assassins dans sa pouponnière pour mettre immédiatement un nom sur son regard gelé. Le reste du monde manquait de vocabulaire, et se contentait d’y lire ce qu’il avait envie d’y voir écrit : Sainteté ou Amour. C’est pourquoi la nuit, un grouillamini de femmes en rut et de maris soupçonneux ou en érection faisait bruire les fourrés aux alentours de l’arbre de l’Archange qui, la bouche emplie de Foi luisante, souriait.

Puis il disparaissait brusquement, laissant derrière lui un arbre sacrée, une couronne de regrets, des légendes dorées, des chansons légères et, comme un accompagnement de basse, une fine ligne de rumeur plus noire que l’enfer. 

La situation change radicalement quand l’Archange réalise le potentiel de la religion monothéiste et commence à vouloir la propager en Grande Bretagne… L’occasion de donner du corps à un sage nommé Merlin tandis qu’il devra croiser le fer avec la fée Calmebloc, renommée pour l’occasion Valériane. Le mythe arthurien revisité avec humour, opposant une fée, toujours quelque peu déconnectée du réel, face à un autre immortel expert en manipulation et parasitisme.

Il n’en reste pas moins que Merlin finira par se faire coincer et l’humanité d’évoluer sur la voie monothéiste pour son plus grand malheur. Jusqu’aux Lumières, l’Archange n’aura pas à se forcer pour lancer toutes sortes d’anathèmes religieux que les humains adopteront facilement pour se massacrer les uns les autres au nom de la religion. Bref un bon résumé des horreurs chrétiennes du Moyen Age aux Lumières en Europe. 

L’Angelot se sentait couvert d’une sueur glaciale. Il cacha ses mains sous ses fesses, pour qu’elles arrêtent de trembler. Il se sentait aussi colliqueux que jadis, quand il luttait en vain contre la Grande Peste.

« J’ai déjà vu des animaux tuer leurs petits, mais au moins, c’était pour les bouffer, marmonna-t-il.

- Ce ne sont pas des animaux, fit remarquer l’Archange, ce sont nos proies. Et si tu t’obstines à les considérer comme des créatures à ton image, tu vas coaguler du bocal. Parce que personne n’a envie de ressembler à ça. J’ai peut-être lancé la chasse aux sorcières mais ce n’est pas moi qui les torture. Ni toi. Ils se l’infligent tout seul. Je n’ai pas encore trouvé de limite à leur imagination malsaine. » 

Dans ce roman Catherine Dufour passe d’un ton léger à un humour noir beaucoup plus grinçant avant de conclure dans le futur en prolongeant l’intrigue de L’ivresse des providers, l’occasion pour Blanche Neige de refaire une apparition éclair. L’ensemble est donc contrasté, l’ambiance changeant régulièrement, évitant toute lassitude.

Plus qu’un prolongement du cycle au final, il s’agit bien de l’histoire de deux anges déchus et de leurs luttes au fil des siècles. Un texte presque aussi noir que le Goût de l’Immortalité mais considérablement allégé par de l’humour. Bonne pioche.

 

L’immortalité moins six minutes (tome 0) 

Avec cette pré quelle, nous retrouvons un monde plat et sans humain. N’y vive que des nains et des ogres en bonne harmonie, troublée occasionnellement par les facéties des créatures éthérées (fée, lutins et compagnie) qui hantent les campagnes.Tout dérape quand un amant éconduit de la fée Babine Babine, sabote le matériel magique de cette dernière, donnant naissance à un miroir magique franchement malsain. Le genre d’artefact capable de mené à la fin du monde…

Ni une, ni deux, Pétrol’Kiwi et Primprenouche abandonnent leur activités habituelles pour sauver Babine Babine de sa contemplation narcissique. Pendant la désintoxication de leur amie, les deux fées devront se charger de se débarrasser de l’affreux objet. Sans oublier de faire un crochet pour punir un certain ex amant malfaisant. 

Les voilà donc embringuer dans une quête, une saloperie qui vous colle aux pattes, vous entraine dans des lieux ennuyeux et sordides après toutes sortes d’épreuves. Pour gagner du temps, les deux fées décident d’aller visiter un autre monde spécialisé dans les quêtes, espérant bien trouver des indices quant à la conduite à tenir. Une décision pas franchement avisée quand on vois les cartes que les deux fées avaient en main dès le départ, mais la logique ne semble pas être le fort des fées. Et puis on n’échappe pas à une quête facilement même quand on est immortelle et quasi omnipotente. 

« Disons que les gens de Bas-Bord sont, non pas guindés, mais sérieux. L’amour y est courtois, l’hospitalité sacrée, le nationalisme exacerbée et toutes ces choses. C’est la terre du lieu commun.

- Magie ?

- Oh oui, grimaça Pimprenouche.

- Côté obscur ?

- Nan ! Côté lourd. Ca t’érige des tours de vingt kilomètres de haut qui tiennent debout sans remblais pendant cinq cents ans mais, dès qu’il s’agit d’invoquer un misérable verre de vin, ça fait sa coquette. »

 

Bref voilà notre paire de fées lâchée dans un monde où elles ne peuvent user de magie sous peine d’attirer l’attention de la monstruosité sub-éthérée locale. Limitée à leur sens magiques, elles devront apprendre à survivre comme le mortel moyen et subir toutes les petites tracasseries qui empoisonnent la vie de ces derniers. Par contre pour la quête c’est le gros coup de bol, une erreur d’aiguillage leur permet de tomber dans un bled de nains, quelques heures avant un anniversaire extraordinaire. Bienvenue dans la Terre du Milieu !

Repérant un pauvre bougre chargé d’un mystérieux objet maléfique, elles lui colleront au train espérant résoudre leur quête en suivant son épopée. 

Les deux fées se recroquevillèrent tandis que le cheval approchait, dans un bruit sépulcral de sabots ferrés, d’éperons tintant et de plaques d’armures s’entrechoquant. Il les dépassa en encensant bruyamment, s’arrêta à la hauteur des nains. Une onde sub-éthérée, d’un noir absolu, éclata au-dessus de leur tête. Il y eut des bruits désordonnés, le cheval hennit, se cabra, Pétrol’Kiwi se prit une bûche en pleine poire et les nains se carapatèrent sur la pente raide, encombrée de rejets et de souches, où le cheval infernal fut bien incapable de les suivre, tandis que son cavalier poussait un cri aigu, plus horrible encore que le hurlement des arbres. 

Une bonne occasion de tourner en dérision les scènes clés du Seigneur des Anneaux, enfin surtout celles du film, avec intelligence et légèreté. En chemin, les deux fées coopterons un autochtone réprouvé (pas Gollum) et se moquerons ouvertement de la manie du héros à prendre systématiquement la pire décision. Situation nuancée par l’inadéquation des deux amies avec leur environnement.

Tout en martelant intelligemment l’histoire de Tolkien, Catherine Dufour déploie son humour léger et parfois légèrement scatologique. Sa parodie est agréable, bien menée et surtout ne se limite pas à cela. En effet une fois la quête bouclée, l’histoire se poursuis dans le monde d’origine des fées, appliquant la recette de Pratchett, à savoir de l’humour, de la noirceur et de la tendresse.

 

« Mais tu verras ! Un jour, ils en feront de l’assez bonne littérature. »

Pétrol’Kiwi haussa les épaules :

« Je vois ça d’ici : des contes dits par des idiots, pleins de bruit et de fureur, et qui ne signifient rien. »

 

Malgré mes préventions vis-à-vis ce cette parodie, l’Immortalité moins six minutes c’est révélée très agréable, prenante et bien foutue. Un très bon roman de fantasy qui semble plus écorner les poncifs du genre (en incluant ceux des jeux de rôle) que le roman de Tolkien.

Bref un excellent moment, Catherine Dufour ayant réussi ici a compléter son univers de manière drôle et agréable.

La chronique de Nébal

Posté par efelle à 23:02 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
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