27 juin 2009

The first book of Lankhmar de Fritz Leiber

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Retour aux sources du Sword and Sorcery à travers le premier tome de cette intégrale qui regroupe les quatre premiers tomes du cycle, pour un prix modique. Je pensais acquérir ainsi les textes les plus marquants du cycle mais manque de bol, The Swords of Lankhmar constitue le cinquième volume. Le cycle déclinant sérieusement après et la lecture dans le texte m’étant un peu difficile, j’ai acquis ce dernier tome en VF d’occasion chez Bragelonne, j’y reviendrai après une petite pause.

Malgré donc un style un peu difficile en anglais, cette série de Leiber est très agréable. En créant son concept de Sword and Sorcery, il dépeint un univers impitoyable ou évolue deux superbes bretteurs et voleurs amorales, régulièrement pathétiques car tel le le Cugel de Jack Vance, il se laisse par trop guider par leur arrogance et leur avidité. 

Ici point d'enjeux géopolitiques et de magie à effet pyrotechnique, les deux aventuriers sont des héros à la petite semaine tandis que la magie est faite d'enchantement sinistre qui assombrisse le décor.

 

Swords and Deviltry

 You’re clearly restless and dissatisfied here. So is any sound young man, anywhere, at your age. The wide world calls you. You’ve an itching foot. Yet let me say this : it takes more than wit and prudence – aye, and wisdom too – to cope with civilization and find any comfort. That requires low cunning, a smirching of yourself as civilization is smirched. You cannot climb to success there as you climb to as mountain, no matter how icy and treacherous. The latter demands all your best. The former, much of your worst : a calculated self-evil you have yet to experience, and need not. I was born a renegade. My father was a man of the Eight Cities who rode with Mingols. I wish now I had stuck to the Steppes myself, cruel as they are, nor harkened to the corrupting call of Lankhmar and the Eastern Lands.

Après une brève presentation du monde de Nehwon, ce premier volume commence avec la nouvelle The Snow Women, présentant le personnage de Fafhrd, sa soif d’évasion des terres gelées qui l’ont vu naître. L’intrigue l’opposant tant à sa mère, sa maîtresse qu’à un chef de guerre local est bien menée. Le jeune Fafhrd a soif de civilisation est ne pourra l’étancher qu’après avoir coupé les ponts avec son univers natal étriqué. L’histoire bien menée est particulièrement prenante. 

Vient après The Unholy Grail, nouvelle présentant le Souricier Gris. Moins prenante, on sens que Leiber est plus à l’aise avec le passé de Fafhrd, le Souricier conservant sa part de mystère. Quoi qu’il en soit ce dernier reste un personnage bien campé, mêlant une cruauté impitoyable à un mélange de candeur et de naïveté. 

Ce premier tome se termine avec Ill met in Lankhmar, récit de la première aventure commune des deux héros. De leur rencontre et association contre la Guilde des voleurs pour plaire à la compagne de Fafhrd jusqu’au dénouement tragique final qui va les lier l’un à l’autre. 

Swords and Deviltry ouvre magnifiquement le cycle avec deux superbes textes posant parfaitement les bases du genre.

 

Swords against Death 

They acquired new scars and skills, comprehensions and compassions, cynicisms and secrecies – a laughter that lightly mocked and a cool poise that tightly crusted all inner miseries and most of the time hid the barbarian in Fafhrd and the slum boy in the Mouser. They became outwardly merry, uncaring, and cool, but their grief and guilt stayed with them, the ghosts of Ivrian and Vlana haunting their sleeping and their waking dreams, so that they had little commerce with other girls, and that more discomfort than a joy. Their comradeship became firmer than a rock, stronger than steel, but all other human relation were fleeting. Melancholy was their commonest mood, though mostly hid even from each other. 

 

The Circle Curse sers d’introduction, narrant rapidement les aventures des deux héros dans leur refus de remettre un pied à Lankhmar jusqu’à leur inévitable retour sur place…

Vient ensuite Jewels in the Forest, une course au trésor autour et dans une ruine mystérieuse et mortelle.

Thieve’s House est sans contexte un des trois meilleurs textes du recueil, la guilde des voleurs comptant pigeonner voire tuer les deux héros afin de régler le contentieux qui les opposent. Une aventure qui offre la part belle au Souricier Gris tandis Fafhrd y souffrira d’un mal de tête récurent. Un texte bien mené, très plaisant.

Dans The Bleak Shore, les deux amis sont victimes d’un sorcier qui les envoient affronter une mort certaine

The Howling Tower met en scène une sombre histoire de sorcellerie où Fafhrd est encore mis en difficulté tandis que le Souricier démontrera avec férocité et opiniâtreté l’amitié qui le lie au barbare. 

Only his eyes responded to his will, turning from side to side, drinking in details with fearful curiosity : the endless series of vague carvings, wherein sea monsters and unwholesome manlike figures and vaguely anthropomorphic giant skates or rays seemed to come alive and stir as the phosphorescence fluctuated ; a group of highest windows or openings of some sort, form which dark slippery-weeds trailed down ; the pools of water here and there ; the still-alive, gasping fish which the others trod or kicked aside ; the clumps of bearded shells clinging to the corners ; the impression of things scuttling out of the way ahead. Louder and louder the thought drummed in his skull : surely the others must realize where they were. Surely they must know the phosphorescence was that of the sea. Surely they must know that this was the retreat of the more secret creatures of the deep. 

The Sunken Land tourne autour de la cité engloutie de Simorgya, un texte qui emprunte beaucoup à Lovecraft et dont visiblement Pratchett s’est inspiré à son tour pour Va-t-en-guerre. Une aventure très réussie dont Fafhrd est le principal protagoniste. Sans aucun doute encore un des meilleurs textes de ce tome. 

And Fafhrd could not speak. His shoulder muscles were contracted as if the weight of the sea were already pressing them down. His mind was engulfed and oppressed by the ominous presence of sunken Simorgya. Memories of the legends. Thoughts of the black centuries during which sea life had slowly crept and wriggled and swum through the mazes of rooms and corridors until it had a lair in every crack and cranny and Simorgya was one with the mysteries of the ocean. In a deep grotto that opened on the corridor he made out a thick table of stone, with a great stone chair behind it ; and though he could not be sure, he thought he distinguished an octopus shape slouched there in a travesty of a human occupant, tentacles coiling the chair, unblinking eyes staring glisteningly. 

The Seven Black Priests est un petit texte reliant les aventures marines précédentes du duo à leur retour dans Lankhmar. Encore une fois, leur avidité les mêlera à un sombre ensorcellement. Un texte assez classique qui ne se distingue pas particulièrement du reste de la production de Leiber mais reste néanmoins très agréable.

Avec Claws from the Night retour à Lankhmar où de redoutables oiseaux voleurs sévices. Pas de coin impressionner Fafhrd et le Souricier Gris bien décidé à faire main basse sur une magnifique pierre précieuse. Histoire d’un vol avec trois parties sur l’affaire. Voici le troisième texte de ce volume à m’avoir tapé dans l’œil. Bien mené, mêlant dérision et aventure épique. Un classique du sous genre créé par Leiber.

The Price of pain-ease est un petit texte qui annonce la fin du deuil porté par les deux aventuriers. A l’instigation des deux archimages Sheelba et Ningauble, ils vont aller défier la mort dans son domaine.

Enfin Bazaar of the Bizarre clos le tome avec une aventure délirante présentant le Souricier sous son jour le plus ridicule tandis que Fafhrd le sortira d’un très mauvais pas.

 

Swords in the mist 

“Now that’s a strange thing. We’ve won I know not how many jewels and oddments of gold and electrum in our adventurings – and even letters of credit of the Guild of the Grain Merchants. Where have they all flown to ? – the credit letters on parchment wings, the jewels jetting fire like tiny red and green pearly cuttlefish. Why aren’t we rich ?”

The Mouser snorted, “Because you dribble away our get on worthless drabs, or oftener still pour it out for some noble whim – some plot of bogus angels to storm the walls of Hell. Meanwhile I stay poor nursemaiding you.” 

The Cloud of Hate ouvre le récit de manière efficace et classique. Une horde de sombre prêtre lançant un brouillard maléfique afin de troubler la presque paisible Lankhmar. Les deux héros s’opposeront à eux après une esquisse de remise en cause. 

Lean times in Lankhmar est indéniablement le grand moment du tome. Lassé l’un de l’autre, Fafhrd et le Souricier Gris sont partis chacun de leur côté. Le premier traversant une crise mystique et devenant l’acolyte du seul et unique prêtre d’Issek à la Cruche tandis que le second se mettra au service d’un membre de la pègre, spécialisé dans le racket des différents cultes dans Lankhmar. Un récit assez enlevé et délirant, qui présente le système religieux de local où les cultes arrivent de l’extérieur et progressent, ou non, vers l’intérieur de la cité au fil des succès qu’ils accumulent. Aussi une bonne occasion d’évoquer les fameux et redoutables dieux de Lankhmar… 

Viennent ensuite Their Mistress, the Sea et When the Sea-King’s away, une aventure maritime légère et son introduction. Amusantes à défaut d’être passionnantes.

The Wrong Branch fait la jonction entre les aventures maritimes précédentes et Adept’s Gambit. Ce dernier texte assez long, avec l’antiquité de la Terre pour décor, oppose les deux héros à un couple de sorcier, à l’instigation de Ningauble. Le récit d’Ahura est plaisant mais ne sauve pas l’ensemble qui reste peu prenant.
 

Swords against wizardry 

Après In the Witch’s Tent qui n’est qu’une introduction rigolote, Fafhrd et le Souricier Gris se lance, suite à la découverte d’un texte annonçant un trésor divin, à l’escalade du plus haut sommet de Nehwon, Stardock dans la nouvelle éponyme. 

They found themselves the best and highest holds they could, close together, and stared up at their problem. Even Hrissa, a-cling by the Mouser seemed subdued.

Fafhrd said softy, “I mind me now they used to say there was an out-jutting around the Obelisk’s top. His crown, I think my father called it. I wonder…”

“Don’t you know ?” The Mouser demanded, a shade harshly. Standing rigid on his holds, his arms and legs were aching worse than ever.

“O Mouser,”Fafrhd confessed, “in my youth I never climbed Obelisk Polaris farther than halfway to last night’s camp. I only boasted to raise our spirits.”

There being nothing to say to that, the Mouser shut his lips, though somewhat thinly. 

Un grand moment de bravoure alpin, plus troublé par les éléments que par leurs concurrents ou les résidents du sommet. Une aventure assez prenante où l’on se demande si le duo ne va pas finir congelé. 

The Two Best Thieves in Lankhmar sert de jonction mais démontre aussi de manière impressionnante la « lose attitude » du duo dès qu’il s’agit de profiter de leur butin. Une courte nouvelle assez ironique et plaisante. 

The Lords of Quarmall, emmène séparément, les deux compagnons, dans la cité souterraine de Quarmall. Sur place, ils seront confrontés au conflit de succession opposant les deux fils du seigneur local. Un récit mêlant le côté bouffon du Souricier à celui de justicier de Fafhrd… Les sorciers de Quarmall sont hauts en couleur et en viendraient presque à voler la vedette aux deux héros. Sans aucun doute un des meilleurs récits de Leiber.

 

A travers cette moitié d’intégrale, j’ai redécouvert avec plaisir les pérégrinations de Fafhrd et du Souricier Gris. Cet ensemble de texte représente un incontournable de la fantasy tant l’ambiance unique se démarque encore de la production actuelle. Je ne vois que Cugel pour leur faire concurrence en matière de franchissement d’obstacles insurmontables et de vautrage devant la ligne d’arrivée.

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13 juin 2009

Un chœur d’enfants maudits de Tom Piccilirilli

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Mon père savait ce que c’était que le mal. Pour lui, il revêtait les atours de son passé.

Dès la naissance, il était aussi prisonnier du comté de Potts, du moulin et de son propre nom que je le suis de mes frères et qu’ils le sont les uns des autres.

Son destin se limitait à la ville, mais il n’a jamais eu beaucoup d’imagination ni de pouvoirs visionnaires. C’était un réaliste, trop fervent mais trop peu rêveur, trop pragmatique en ces lieux trop attachés à la superstition. Il n’en faut pas davantage pour détruire un homme.

Des frères triplés siamois lié par le crâne et se partageant un morceau de cerveau, un bled du sud perdus dans les bayous, une population rongée par la superstition. L’environnement de Thomas est très particulier mais sa vie l’est plus encore, hanté qu’il est par la disparition de sa mère, le suicide de son père, le meurtre de sa grand-mère, son ami légèrement dément et sa découverte d’un cadavre durant son enfance… 

Le récit est porté par la résurgence de son passé dans ses rêves puis dans la réalité. La frontière entre les deux est trouble, les sorcières locales semblant tout connaître de lui.Une ambiance glauque et moite portée par les désirs pervers de Thomas et les côtés frustes de la population. Plus que l'intrigue c’est cette ambiance poisseuse qui est réussie, amplifiée par les aléas du climat. 

Moiteur, perversité, secrets profondément enfouis, freaks, la recette est efficace et le roman se lit sans déplaisir même si j’ai eu du mal à croire à un pareil bled. Dans la même région Lucius Shepard m’a beaucoup plus impressionné avec Louisiana Breakdown.

Bref, un bon roman mais qui ne m’a pas passionné au point de me donner envie de relire l’auteur. 

Comme la plupart des hommes, ceux-là sont pétris de mythe et de médiocrité. Ils portent en eux les fables de grands pères banals, le sang de guerriers et d’ivrognes. Au fil des années, ils ont ramassé leur père sur la véranda et posé des compresses glacées sur le nez cassé de leur mère. Ils se sont réveillés dans les recoins de cuisines sales, sous le regard dur d’épouses que la vie avait trahies de bonne heure. Tel est leur héritage, leur tradition.

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10 juin 2009

La Ligue des Héros de Xavier Mauméjean

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On a tort de croire que les Fées sont des créatures raisonnables et posées. Vivant dans l’instant, incapables de se souvenir du matin même, ce qui les conduit à reprendre sans cesse leur ouvrage, les Fées ne se soucient de rien et passent leur journée à se prendre pour des fleurs. Insouciantes et frivoles, elles ne savent rien faire d’autre que s’agiter. Du temps où il était responsable de la sécurité royale, Cavor avait plus d’une fois manqué de se faire transformer en caillou pour avoir ôté les rubans dorés de ses chères mitrailleuses, ou gratté le glaçage sucré des piques empoisonnées. Un cauchemar pour l’homme de science, jusqu’au jour où un Garçon Perdu avait trouvé la mort. Le malheureux s’était cru capable d’ingérer un obus à sa sortie du canon, et les faits lui avaient démontré le contraire. On avait retrouvé sa tête près de l’étang aux carpes, sincèrement étonnée, et Cavor s’était vu détaché le soir même auprès de sir Baycroft et sa Ligue des Héros. Depuis, il revivait.

Un vieillard amnésique livré brutalement à sa fille en Angleterre au cours des années 60… Alors qu’il s’adapte plus ou moins à cette famille qui ignorait son existence, la mémoire lui revient en lisant des pulps puis des comics. Il est Lord Kraven, un des membres de la Ligue des Héros chargés de protéger l’empire britannique des agissements d’adversaires haut en couleur et des personnages féériques échappés du Peter Pan de James Matthew Barrie… Des aventures exaltantes au cours de l’époque victorienne. Beaucoup de flashs au travers desquels on finit par distinguer une histoire britannique qui tourne mal, autant de raisons pour décider le vieillard à reprendre du service…

L’hôpital St Thomas avait été réquisitionné au début du siècle, de façon à accueillir les immigrants du Pays de Nulle Part. Une sorte d’Ellis Island londonien où, après avoir pris acte de leur excellente santé, on remettait à chaque Imaginaire un savon, une couverture et une miche de pain. A l’époque, l’endroit n’était qu’un simple lieu de passage, un point d’arrêt obligé avant l’entrée dans le monde des humains. Ce n’était plus le cas.

Dans ce roman, Xavier Mauméjean réussit à mélanger des influences très diverses, tant la fantasy élégante de Barry que le désenchantement de Moore dans une ambiance steampunk devant beaucoup à Verne, Wells, Burroughs et Doyle. Un mélange étonnant mais parfaitement maîtrisé menant vers une fin surprenante. Un roman très agréable mêlant hommage et relecture.

Rafraichissant, élégamment référencé, La ligue des héros n’est sans doute pas le roman le plus marquant de Mauméjean mais une lecture très agréable et surprenante.

Il m'a donné envie de le lire : Les chroniques de Nébal sont ICI  et LA.

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08 juin 2009

L’autre côté du rêve d’Ursula Le Guin

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George Orr a un don. Certains de ses rêves changent la réalité. Terrifié par les conséquences incontrôlables et potentiellement désastreuses, il additionne les drogues inhibant sa capacité à rêver. Las, l’usage prolongée de ses dernières créé une accoutumance et les rend inefficace.

George force les doses et subit une overdose. Les services sociaux l’adresse à un psychologue qui finit par appréhender la nature de son pouvoir. Ce dernier entreprend alors une thérapie qui a pour but d’améliorer le monde…

Dans ce roman court, Ursula Le Guin multiplie les problématiques s’interrogeant sur la nature de la réalité, présentant diverses dystopies et une approche du pouvoir. Pour cette dernière Nébal évoque « Le complexe du messie ».

Quoi qu’il en soit L’autre côté du rêve est un excellent roman qui tranche quelque peu des autres récits de l’auteur. Le Guin s’essaye à des ambiances dickiennes et y réussit remarquablement, un roman très agréable.

La chronique de Nébal

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06 juin 2009

La maison aux fenêtres de papier de Thomas Day

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D’habitude, un cauchemar s’achève dans un cri, au moment où on se réveille, le corps couvert ou non de sueur. La lumière du soleil aidant, il ne laisse derrière lui que des lambeaux d’effroi, de sombres copeaux qui finissent eux aussi par disparaître, dévorés par la roue du temps.

Un cauchemar ne commence jamais avec les premières lueurs de l’aube.

Jamais.

Chaque matin, depuis son retour sur l’île où elle a passé la majeure partie de sa vie, Sadako se réveille et sait qu’un nouveau cauchemar commence, terrible répétition du mauvais rêve de la veille qui était lui-même un infâme pot-pourri des horreurs de l’avant-veille.

Le rituel est toujours le même. 

 

Thomas Day avec ce roman replonge dans son japonais teinté de fantasy, présenté dans l’excellente La voie du sabre et le mauvais L’homme qui voulait tuer l’empereur. Le moyen âge est ici abandonné pour la période moderne mettant en scène deux démons Hiroshima Oni et Nagasaki Oni, chacun à la tête d’une organisation de Yakuzas.

Nagasaki Oni élève Sadako, une femme panthère qui lui a été offerte enfant par son frère, dans une ambiance sado masochiste. Au terme de sa formation, il lui donnera l’épée khmer tueuse de démon, Besaatch Khan, et l’obligera à lutter à mort contre lui... Commencera pour Sadako une nouvelle carrière en tant que chef yakuza et exécutrice testamentaire de Nagasaki Oni. 

Pour son récit mêlant fantasy, contes asiatiques et histoires de yakuza, Thomas Day déploie l’artillerie lourde de la violence, du sexe et de quelques détails scatologiques. Il réussit malgré tout à garder un certain souffle à son histoire et le récit ne sombre pas derrière un empilement de scènes d’actions et de sexes comme c’est le cas avec L’homme qui voulait tuer l’empereur. Le récit est enlevé, les interludes plaisantes de même que les deux versions du conte sur la Besaatch Khan, qui ouvre et ferme le roman.

Un texte distrayant, bien mené qui transcrit bien les ambiances yakuzas.

Leur avis :

SBM

Le Cafard Cosmique

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05 juin 2009

Le piège diabolique d’Edgar P. Jacobs

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Ma rétrospective Blake et Mortimer continue… C’est avec cet album que j’ai découvert Edgar P. Jacobs mais force de constater que cette aventure est toujours aussi efficace et dense…

Miloch le génial savant de SOS Météores, lègue à Mortimer, sa machine à voyager dans le temps. Curieux Mortimer tente l’aventure sans savoir qu’il s’agit là de la vengeance posthume du savant. Le voici projeté d’une époque à une autre sans maîtrise de sa destination temporelle. Sans aucun doute mon aventure préférée avec l’Enigme de la Grande Pyramide. L’histoire n’a pas pris une ride et c’est avec plaisir que l’on passe d’une époque à l’autre.

Un classique.

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04 juin 2009

Warchild de Karin Lowachee

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L’homme a colonisé Mars et atteint les étoiles. Une bonne partie de l’humanité vit désormais dans des stations spatiales ou dans les vaisseaux commerciaux qui les relient. Les membres du Concentra Terre ne sont toutefois pas les seuls êtres intelligents de l’univers. Les Strits, l’ennemi. Enfin dans la mesure où la politique humaine semble calquée sur le comportement des conquistadores… Quelques humains ont pris fait et causes pour les extra terrestres et leur ont permis de combler le léger retard technologique qui les séparaient de l’humanité.

Depuis des décennies maintenant la guerre dure, les Strits tenant les humains en respect grâce à l’appui des sympathisants. Une situation propice à la piraterie, une voie que pas mal d’officiers renégats du Concentra Terre ont embrassés.

Falcone sourit encore.

« T’es un malin, gamin. Je vais peut-être te garder pour moi. »

Tu fixes le sol à nouveau, mais cette fois, c’est pour qu’il ne voie pas la haine dans tes yeux. Ca pourrait le mettre en colère. Tu ne te débats pas lorsqu’il ordonne à un autre homme de te ramener dans la pièce où attendent Evan et le reste des enfants. Tu marches calmement. Tu vois bien comment les choses vont devoir se passer : demeurer silencieux, à moins que l’on ne te pose une question ; garder tes pensées dans ta tête ; jamais elles ne devront atteindre tes yeux ou passer tes lèvres. Attendre.

Attendre sans rien ressentir.

Ne pense pas au passé. Ne rêve pas.

Jos à huit ans quand le navire marchand où il vit tombe dans les griffes du Gengis Khan, le navire du célèbre pirate Falcone. Les enfants constituent une bonne marchandise mais Jos à de la chance, Falcone à un petit faible pour lui… Pendant une année, il sera le jouet de ce pédophile manipulateur.

Profitant d’une escale et d’une attaque Strits, Jos échappera à Falcone pour tomber aux mains des Strits et du Warboy, le chef des sympathisants humains. Hébergé pendant cinq ans sur la planète mère de l’ennemi extra terrestre, Jos pansera ses blessures et découvrira l’autre face de ce conflit. 

C’était la première fois depuis plus d’an que je me voyais dans un miroir. Peut être qu’il le savait.

Mes yeux n’étaient plus aussi sombres que dans mon souvenir. Contre le noir des bandes, ils étaient d’un bleu gris lumineux. Mon visage avait perdu ses rondeurs enfantines et mes cheveux pendaient, sombres et raides, sur mes oreilles. Je levai les yeux vers le reflet de Niko, qui observait le mien. Moi, dans des vêtements de prêtre-assassin striviirc-na.

Je ne songeai à Falcone qu’en m’apercevant que je ne pensais absolument pas à lui, même si Niko se tenait derrière moi, les mains sur les épaules, comme il avait eu l’habitude de le faire. Le poids en était différent. Les mains de Niko n’effectuaient aucune pression. Aucune.

Je me demandai si mes parents m’auraient reconnu.

« Maintenant tu es prêt », dit Niko. 

Formé aux arts martiaux, à la guerre et enfin à l’espionnage pendant cinq ans, Jos est renvoyé dans l’espace terrien en tant que sympathisant infiltré afin de ramener des informations sur la légende de la flotte humaine, le commandant Azarcon. Il embarque alors en tant que jeune recrue sur le navire de ce dernier, le Macédoine.

Ainsi, je savais déjà certaines choses sur le capitaine de vaisseau Cairo Azarcon. Il s’intéressait personnellement au recrutement de son équipage, au point de se passer d’intermédiaire. J’étais surpris de l’ampleur des contacts que j’avais eu avec lui jusque là.

En poussant, j’aurais peut-être pu arracher quelques commentaires au bavard Madison, mais vu que tout ce que je disais remontait très probablement aux oreilles d’Azorcon, je me retins. Je me demandais pourquoi le commandant m’avait enrôlé si rapidement, puisqu’il s’était montré si soupçonneux au départ. Il paraissait démesurément intéressé par mes relations avec Falcone. J’aurais presque souhaité pouvoir lui demandé carrément ce qu’il savait du Gengis Khan.

Hors de question, bien sûr. 

La guerre dans l’immensité spatiale étant basée sur le renseignement, les affrontements se terminent constamment en abordage. Jos se retrouve dans une équipe d’assaut, en son sein et au fil des ans il prendra goût à l’esprit de corps et découvrira, encore une fois, une facette inattendue de la guerre.

Tiraillé entre la loyauté qu’il ressent tant pour Niko, le Warboy, que le commandant Azorcon. Las de la guerre, de sa complexité, Jos devra faire des choix quand le Gengis Khan et son commandant réapparaitront sur le devant de la scène… 

Chaque mort que je provoque en mission, et toutes celles dont j’entends parler, semblent s’empiler dans l’espace entre Aaian-na et moi, au point qu’il n’y ait plus moyen de voir, par-dessus l’entassement, cet endroit où je pense avoir besoin d’être. La maison ; rien qu’un mot auquel je ne crois plus. 

Présenté comme un space opera efficace (la couverture n’a rien à voir avec le contenu), Warchild s’est avéré extrêmement plaisant, bien conçu et difficile à lâcher une fois commencé. L’univers de Karin Lowachee n’a rien de manichéen, Jos est écartelé entre les différents points de vue et les positions qui en découlent, personne n’étant ce qu’il parait être. Les personnalités de Falcone, Niko et Azorcon sont complexes et influencent énormément le gamin paumé que l’on suit dans ce récit, la problématique de l’infiltré est bien rendue. 

Warchild un excellent divertissement qui happe littéralement le lecteur.

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