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Retour aux sources du Sword and Sorcery à travers le premier tome de cette intégrale qui regroupe les quatre premiers tomes du cycle, pour un prix modique. Je pensais acquérir ainsi les textes les plus marquants du cycle mais manque de bol, The Swords of Lankhmar constitue le cinquième volume. Le cycle déclinant sérieusement après et la lecture dans le texte m’étant un peu difficile, j’ai acquis ce dernier tome en VF d’occasion chez Bragelonne, j’y reviendrai après une petite pause.

Malgré donc un style un peu difficile en anglais, cette série de Leiber est très agréable. En créant son concept de Sword and Sorcery, il dépeint un univers impitoyable ou évolue deux superbes bretteurs et voleurs amorales, régulièrement pathétiques car tel le le Cugel de Jack Vance, il se laisse par trop guider par leur arrogance et leur avidité. 

Ici point d'enjeux géopolitiques et de magie à effet pyrotechnique, les deux aventuriers sont des héros à la petite semaine tandis que la magie est faite d'enchantement sinistre qui assombrisse le décor.

 

Swords and Deviltry

 You’re clearly restless and dissatisfied here. So is any sound young man, anywhere, at your age. The wide world calls you. You’ve an itching foot. Yet let me say this : it takes more than wit and prudence – aye, and wisdom too – to cope with civilization and find any comfort. That requires low cunning, a smirching of yourself as civilization is smirched. You cannot climb to success there as you climb to as mountain, no matter how icy and treacherous. The latter demands all your best. The former, much of your worst : a calculated self-evil you have yet to experience, and need not. I was born a renegade. My father was a man of the Eight Cities who rode with Mingols. I wish now I had stuck to the Steppes myself, cruel as they are, nor harkened to the corrupting call of Lankhmar and the Eastern Lands.

Après une brève presentation du monde de Nehwon, ce premier volume commence avec la nouvelle The Snow Women, présentant le personnage de Fafhrd, sa soif d’évasion des terres gelées qui l’ont vu naître. L’intrigue l’opposant tant à sa mère, sa maîtresse qu’à un chef de guerre local est bien menée. Le jeune Fafhrd a soif de civilisation est ne pourra l’étancher qu’après avoir coupé les ponts avec son univers natal étriqué. L’histoire bien menée est particulièrement prenante. 

Vient après The Unholy Grail, nouvelle présentant le Souricier Gris. Moins prenante, on sens que Leiber est plus à l’aise avec le passé de Fafhrd, le Souricier conservant sa part de mystère. Quoi qu’il en soit ce dernier reste un personnage bien campé, mêlant une cruauté impitoyable à un mélange de candeur et de naïveté. 

Ce premier tome se termine avec Ill met in Lankhmar, récit de la première aventure commune des deux héros. De leur rencontre et association contre la Guilde des voleurs pour plaire à la compagne de Fafhrd jusqu’au dénouement tragique final qui va les lier l’un à l’autre. 

Swords and Deviltry ouvre magnifiquement le cycle avec deux superbes textes posant parfaitement les bases du genre.

 

Swords against Death 

They acquired new scars and skills, comprehensions and compassions, cynicisms and secrecies – a laughter that lightly mocked and a cool poise that tightly crusted all inner miseries and most of the time hid the barbarian in Fafhrd and the slum boy in the Mouser. They became outwardly merry, uncaring, and cool, but their grief and guilt stayed with them, the ghosts of Ivrian and Vlana haunting their sleeping and their waking dreams, so that they had little commerce with other girls, and that more discomfort than a joy. Their comradeship became firmer than a rock, stronger than steel, but all other human relation were fleeting. Melancholy was their commonest mood, though mostly hid even from each other. 

 

The Circle Curse sers d’introduction, narrant rapidement les aventures des deux héros dans leur refus de remettre un pied à Lankhmar jusqu’à leur inévitable retour sur place…

Vient ensuite Jewels in the Forest, une course au trésor autour et dans une ruine mystérieuse et mortelle.

Thieve’s House est sans contexte un des trois meilleurs textes du recueil, la guilde des voleurs comptant pigeonner voire tuer les deux héros afin de régler le contentieux qui les opposent. Une aventure qui offre la part belle au Souricier Gris tandis Fafhrd y souffrira d’un mal de tête récurent. Un texte bien mené, très plaisant.

Dans The Bleak Shore, les deux amis sont victimes d’un sorcier qui les envoient affronter une mort certaine

The Howling Tower met en scène une sombre histoire de sorcellerie où Fafhrd est encore mis en difficulté tandis que le Souricier démontrera avec férocité et opiniâtreté l’amitié qui le lie au barbare. 

Only his eyes responded to his will, turning from side to side, drinking in details with fearful curiosity : the endless series of vague carvings, wherein sea monsters and unwholesome manlike figures and vaguely anthropomorphic giant skates or rays seemed to come alive and stir as the phosphorescence fluctuated ; a group of highest windows or openings of some sort, form which dark slippery-weeds trailed down ; the pools of water here and there ; the still-alive, gasping fish which the others trod or kicked aside ; the clumps of bearded shells clinging to the corners ; the impression of things scuttling out of the way ahead. Louder and louder the thought drummed in his skull : surely the others must realize where they were. Surely they must know the phosphorescence was that of the sea. Surely they must know that this was the retreat of the more secret creatures of the deep. 

The Sunken Land tourne autour de la cité engloutie de Simorgya, un texte qui emprunte beaucoup à Lovecraft et dont visiblement Pratchett s’est inspiré à son tour pour Va-t-en-guerre. Une aventure très réussie dont Fafhrd est le principal protagoniste. Sans aucun doute encore un des meilleurs textes de ce tome. 

And Fafhrd could not speak. His shoulder muscles were contracted as if the weight of the sea were already pressing them down. His mind was engulfed and oppressed by the ominous presence of sunken Simorgya. Memories of the legends. Thoughts of the black centuries during which sea life had slowly crept and wriggled and swum through the mazes of rooms and corridors until it had a lair in every crack and cranny and Simorgya was one with the mysteries of the ocean. In a deep grotto that opened on the corridor he made out a thick table of stone, with a great stone chair behind it ; and though he could not be sure, he thought he distinguished an octopus shape slouched there in a travesty of a human occupant, tentacles coiling the chair, unblinking eyes staring glisteningly. 

The Seven Black Priests est un petit texte reliant les aventures marines précédentes du duo à leur retour dans Lankhmar. Encore une fois, leur avidité les mêlera à un sombre ensorcellement. Un texte assez classique qui ne se distingue pas particulièrement du reste de la production de Leiber mais reste néanmoins très agréable.

Avec Claws from the Night retour à Lankhmar où de redoutables oiseaux voleurs sévices. Pas de coin impressionner Fafhrd et le Souricier Gris bien décidé à faire main basse sur une magnifique pierre précieuse. Histoire d’un vol avec trois parties sur l’affaire. Voici le troisième texte de ce volume à m’avoir tapé dans l’œil. Bien mené, mêlant dérision et aventure épique. Un classique du sous genre créé par Leiber.

The Price of pain-ease est un petit texte qui annonce la fin du deuil porté par les deux aventuriers. A l’instigation des deux archimages Sheelba et Ningauble, ils vont aller défier la mort dans son domaine.

Enfin Bazaar of the Bizarre clos le tome avec une aventure délirante présentant le Souricier sous son jour le plus ridicule tandis que Fafhrd le sortira d’un très mauvais pas.

 

Swords in the mist 

“Now that’s a strange thing. We’ve won I know not how many jewels and oddments of gold and electrum in our adventurings – and even letters of credit of the Guild of the Grain Merchants. Where have they all flown to ? – the credit letters on parchment wings, the jewels jetting fire like tiny red and green pearly cuttlefish. Why aren’t we rich ?”

The Mouser snorted, “Because you dribble away our get on worthless drabs, or oftener still pour it out for some noble whim – some plot of bogus angels to storm the walls of Hell. Meanwhile I stay poor nursemaiding you.” 

The Cloud of Hate ouvre le récit de manière efficace et classique. Une horde de sombre prêtre lançant un brouillard maléfique afin de troubler la presque paisible Lankhmar. Les deux héros s’opposeront à eux après une esquisse de remise en cause. 

Lean times in Lankhmar est indéniablement le grand moment du tome. Lassé l’un de l’autre, Fafhrd et le Souricier Gris sont partis chacun de leur côté. Le premier traversant une crise mystique et devenant l’acolyte du seul et unique prêtre d’Issek à la Cruche tandis que le second se mettra au service d’un membre de la pègre, spécialisé dans le racket des différents cultes dans Lankhmar. Un récit assez enlevé et délirant, qui présente le système religieux de local où les cultes arrivent de l’extérieur et progressent, ou non, vers l’intérieur de la cité au fil des succès qu’ils accumulent. Aussi une bonne occasion d’évoquer les fameux et redoutables dieux de Lankhmar… 

Viennent ensuite Their Mistress, the Sea et When the Sea-King’s away, une aventure maritime légère et son introduction. Amusantes à défaut d’être passionnantes.

The Wrong Branch fait la jonction entre les aventures maritimes précédentes et Adept’s Gambit. Ce dernier texte assez long, avec l’antiquité de la Terre pour décor, oppose les deux héros à un couple de sorcier, à l’instigation de Ningauble. Le récit d’Ahura est plaisant mais ne sauve pas l’ensemble qui reste peu prenant.
 

Swords against wizardry 

Après In the Witch’s Tent qui n’est qu’une introduction rigolote, Fafhrd et le Souricier Gris se lance, suite à la découverte d’un texte annonçant un trésor divin, à l’escalade du plus haut sommet de Nehwon, Stardock dans la nouvelle éponyme. 

They found themselves the best and highest holds they could, close together, and stared up at their problem. Even Hrissa, a-cling by the Mouser seemed subdued.

Fafhrd said softy, “I mind me now they used to say there was an out-jutting around the Obelisk’s top. His crown, I think my father called it. I wonder…”

“Don’t you know ?” The Mouser demanded, a shade harshly. Standing rigid on his holds, his arms and legs were aching worse than ever.

“O Mouser,”Fafrhd confessed, “in my youth I never climbed Obelisk Polaris farther than halfway to last night’s camp. I only boasted to raise our spirits.”

There being nothing to say to that, the Mouser shut his lips, though somewhat thinly. 

Un grand moment de bravoure alpin, plus troublé par les éléments que par leurs concurrents ou les résidents du sommet. Une aventure assez prenante où l’on se demande si le duo ne va pas finir congelé. 

The Two Best Thieves in Lankhmar sert de jonction mais démontre aussi de manière impressionnante la « lose attitude » du duo dès qu’il s’agit de profiter de leur butin. Une courte nouvelle assez ironique et plaisante. 

The Lords of Quarmall, emmène séparément, les deux compagnons, dans la cité souterraine de Quarmall. Sur place, ils seront confrontés au conflit de succession opposant les deux fils du seigneur local. Un récit mêlant le côté bouffon du Souricier à celui de justicier de Fafhrd… Les sorciers de Quarmall sont hauts en couleur et en viendraient presque à voler la vedette aux deux héros. Sans aucun doute un des meilleurs récits de Leiber.

 

A travers cette moitié d’intégrale, j’ai redécouvert avec plaisir les pérégrinations de Fafhrd et du Souricier Gris. Cet ensemble de texte représente un incontournable de la fantasy tant l’ambiance unique se démarque encore de la production actuelle. Je ne vois que Cugel pour leur faire concurrence en matière de franchissement d’obstacles insurmontables et de vautrage devant la ligne d’arrivée.