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Richard Gray, cameraman de la BBC, fait partie des victimes d’un attentat. En plus des dommages physiques, il est devenu partiellement amnésique, perdant les dernières semaines précédant l’explosion. Au cours de la dernière phase de sa convalescence, une jeune femme lui est présentée, Susan, Sue pour lui… Apparemment, elle a occupée une bonne part de ses préoccupations au cours des semaines perdues. Après une séance d’hypnose, quelques souvenirs lui reviennent et notamment sa relation tumultueuse avec Sue. En effet, Niall son ancien amant est particulièrement possessif et insistant tandis que Susan quelque peu veule laisse pourrir la situation. Au fil de ses réminiscences, tout cela se révèle plus complexe. Susan et Niall aurait un don, le glamour, qui leur permet de ne pas être perçu. Les empêchant aussi  de s’intégrer au sein de la société, faisant d’eux des parias. Alors que Susan semble avoir du à mal vivre cette situation et s’attache à avoir une existence sociale en réduisant l’ampleur de son glamour, Niall s’épanoui dans son invisibilité particulièrement prononcée. A sa sortie de l’hopital, Richard est confronté au récit de Sue qui diffère quelque peu de ses souvenirs.

C’était toujours comme ça quand on consentait au glamour. Comme se déshabiller devant des inconnus, les rêves où on se retrouvait nue dans un endroit public, les fantasmes sexuels de vulnérabilité et d’impuissances totales. Pourtant, l’invisibilité était synonyme de sécurité, elle cachait, elle dissimulait ; c’était un pouvoir et une malédiction ; la poussée brutale de l’excitation, mêlée de remords, l’envie suave de céder sans aucune protection, le sacrifice de l’intimité, la révélation du désir enfoui, la certitude que rien ne pourrait arrêter ce qui venait de commencer. Il y avait déjà eu une première fois avec Richard, mais parce qu’il avait oublié, parce que son esprit avait été modifié, le destin accordait à Sue une seconde première fois.

Dans ce récit, le glamour apparaît autant bénéfique que néfaste. Particulièrement dans le ressentie de Susan qui commence à passer pour folle aux yeux de Richard puis semble sombrer dans la paranoïa au fil des harcèlements de Niall ou de leurs absences. Quoi qu’il en soit la position de Susan est équivoque car si elle souffre d’être ignorée, elle ne se prive pas d’en tirer une jouissance perverse par moment. 

Le récit est remarquablement mené, les changements de points de vue donnent lieu à des récits très différents mais pourtant ayant quelques points communs. Encore une fois la réalité semble fluctuée selon le narrateur…

Isolement social, relations perverses et trois approches face à l’invisibilité, le roman de Christopher Priest est riche, se lit avec facilité jusqu’à un dénouement surprenant et bien amené. Parmi ses romans, le Glamour est sans aucun doute mon préféré avec la Séparation. Un roman qui méritera sans aucun doute une relecture ultérieure. 

« Où est Niall, maintenant ? me suis-je enquis.

- Quelque part dans le coin.

- Je ne comprends toujours pas comment il a bien pu nous suivre.

- Ne le sous-estime pas, Richard. Il est malin, et têtu quand il veut quelque chose.

- Quoi que tu en dises, il te tient en son pouvoir. J’aimerai bien savoir comment.

- Oui, il a le pouvoir. »

Elle a inspiré profondément, expiré. Peut-être un petit sanglot lui a-t-il échappé. Un long silence a suivi, et son souffle s’est apaisé. J’en ai déduit qu’elle s’était enfin endormie, et je sombrais dans la somnolence quand elle a ajouté tout bas :

« Niall a le glamour. »