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Ce troisième recueil consacré à la patrouille du temps de Poul Anderson ne comporte que deux textes, le roman Stella Maris et la novella L’Année de la rançon. 

Comme on n’a pu trouver d’explication improbable mais irréfutable, une contrefaçon, par exemple, ces deux variantes constituent… un avertissement. Un signe avant-coureur, le premier frémissement d’une altération, quelque chose qui aurait pu avoir des conséquences amenant l’histoire à quitter le cours que nous lui connaissons, jusqu’à ce que vous, moi et le reste, tout ça n’ait jamais existé – à moins que nous ne réagissions sans tarder et prenions les mesures nécessaires pour que ceci ne se soit jamais produit… 

Dans Stella Maris, une étude de routine au sein du monde romain met à jour une nouvelle version des Histoires de Tacite concernant la fin d’une révolte en Germanie, faisant suite à une guerre civile dans l’empire romain et la prise du pouvoir par Vespasien.

Everard et une collègue spécialiste de la Germanie vont donc devoir enquêter sur cette variation, remontant par petites touches toujours plus loin dans le temps afin de déceler l’origine de cette variation et la corriger.

Exploration de l’univers germain et de l’influence romaine, mise en scène encore une fois de personnages secondaires attachants et haut en couleurs, la résolution de cette enquête se révèle poignante mais moins que dans le Chagrin d’Odin le Goth présent dans le recueil précédent. Quoi qu’il en soit il s’agit là d’un excellent texte, très subtil. 

Jamais je ne serai un chaud partisan des Romains, mais ils apportent aux gens autre chose que les marchands d’esclaves, les publicains et les jeux du cirque. La paix, la prospérité, l’ouverture sur le monde… tout cela ne dure pas, mais quand la marée barbare se retire, on trouve parmi les décombres des livres, des outils, des croyances, des idées, des souvenirs du temps passé, autant de matériaux à partir desquels les générations suivantes reconstruiront le monde. Et parmi ces souvenirs, le plus important est peut-être celui d’une vie qui ne se réduisait pas à la simple survie. 

L’Année de la rançon se déroule principalement dans l’Amérique du Sud des Conquistadore, au moment du paiement de la rançon d’Atahualpa à Pizarro. Un historien de la patrouille et un conquistador haut en couleurs tombent sur des Exaltationnistes, ces forbands du XXXIeme siècle déjà entrevu dans le recueil précédent, cherchant cette fois si à remodeler le monde.

Malheureusement pour eux, ils commettront une erreur, celle de sous estimer, les individus du XVIeme siècle… En plus de les stopper, Manse Everard devra remettre la main sur Luis Ildefonso Castelar y Moreno parti en goguette dans l’espace temps et bien décidé à remodeler le monde pour la gloire de l’Espagne et à présenter ses hommages au Christ…

Un récit mené tambour battant à travers plusieurs époques qui se dévore sans pour autant atteindre la puissance des deux romans les plus réussis de la patrouille cité ci-dessus. 

« Quand j’ai vu qu’ils relâchaient leur vigilance et se mettaient à bavarder, dit Castelar, j’ai invoqué San Jago et je leur ai sauté dessus. J’ai terrassé le premier d’un coup de pied dans le cou. Puis je me suis retourné et j’ai cassé le nez du second avec le tranchant de la main, comme ça. » Mouvement vif et brutal. « Il s’est effondré à son tour. J’ai récupéré mon épée, je les ai achevés tous les deux et je suis parti à votre recherche. »

Pas la moindre trace de vantardise dans sa voix. Les Exaltationnistes avaient commis une bévue fort répandue : sous-estimer un homme du passé. Si celui-ci ignorait tout du savoir qu’ils maîtrisaient du fait de leur civilisation plus avancée, il n’en était pas moins leur égal en matière de ruse. Et il était en outre issu d’une culture aguerrie par plusieurs siècles de conflit – un conflit rapproché, où on affrontait l’ennemi au corps-à-corps plutôt que de s’opposer à lui via des consoles électroniques.

« Vous n’aviez donc pas peur de… de leur magie ? » marmonna Tamberly.

Castelar fit non de la tête. «  Je savais que le Seigneur était avec moi. » Il se signa, puis soupira. « J’ai été stupide de ne pas emporter une de leurs armes. Je ne commettrai plus cette erreur. »

Tamberly frissonna en dépit de la chaleur. 

Au final ce recueil est d’excellente facture et mérite amplement le détour.

Il a en parlé :
Nébal