28 avril 2009

La Patrouille du temps de Poul Anderson

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L’humanité a fini par découvrir le voyage dans le temps, rapidement des petits malins se sont lancés dans des entreprises de réécriture de l’histoire. Malheureusement pour eux, cette dernière n’est pas si flexible et les danelliens, les représentants de la post humanité se trouvant dans un futur plus que lointain, tiennent à continuer d’exister. La trame historique doit être préservée ! C’est ainsi que ces derniers fondent la patrouille du temps, composé d’humains de toutes les époques afin de veiller au grain. 

Dans le même ordre d’idées… tiens, imaginons que je revienne empêcher Booth de tuer Lincoln. A moins que je ne prenne des précautions extrêmes, il arriverait sans doute que quelqu’un d’autre tire le coup de feu et que Booth en soit tout de même accusé.

C’est une résistance du temps qui permet de s’y déplacer sans dommage. Si tu veux changer l’ordre des choses, il faut utiliser une méthode rigoureuse et se donner beaucoup de mal, d’ordinaire. 

Le héros de Poul Anderson est Manse Everard, issu des années cinquante, nous le suivrons à diverses époques essayant toujours de maintenir le statu quo, un choix difficile quand il implique de laisser mourir une connaissance de l’époque ou un collègue.

Ce recueil composé de nouvelles est à chaque l’occasion d’un voyage dans une ou plusieurs époques, la force de l’auteur étant de rendre ces dernières bien vivantes, tout en démontrant que l’arrogance et l’assurance des agents temporels constituent parfois leurs pires ennemies. 

Il s’ouvre avec La Patrouille du temps, on assiste au recrutement d’Everard, à sa formation et sa première mission qui le mènera de l’Angleterre victorienne à l’époque saxonne pour finir à Londres en plein blitz. L’enquête est rondement menée mais les faiblesses des agents sont bien mises en évidence. 

Dans Le Grand Roi, Everard part à la recherche d’un collègue historien et ami disparu. Il découvrira que ce dernier s’est retrouvé piégé en devant assumer le rôle de Cyrus le Grand, fondateur de l’empire Perse. Un personnage historique incontournable qu’il n’est pas possible de faire disparaître. Une mission difficile, des personnages imposants, cette nouvelle est le moment fort du recueil tant les personnages sont bien campés. 

Les chutes de Gibraltar est un texte mineur, un peu macho aussi, mettant en scène un Everard un peu en retrait et deux de ses collègues confrontés à un accident des plus banals au cours de vacances à l’époque de la formation de la méditerranée. La tentation de revenir en arrière pour prévenir l’irréparable est toujours présente. 

Echec aux Mongols est plus enlevée, un collègue de Manse l’emmène contrer une mission d’exploration mongole qui a accostée en Amérique. Tant l’évocation des conséquences possibles, que les personnages et l’assurance des deux agents sont bien mises en scène. 

« Je ne t’en tiens pas rigueur, poursuivit Toktai. En fait, je veux toujours être ton ami. Sinon, je m’arrêterais pendant quelques jours et je te ferai sortir de la gorge tout ce que tu sais. »

Everard s’enflamma : « Tu pourrais essayer ! »

- Et je réussirais, je crois, avec un homme qui est obligé d’emporter des remèdes contre la douleur. » Toktai eut un sourire cruel. 

L’Autre univers termine le recueil, Manse et un collègue débarque dans l’Amérique des années cinquante pour une virée délassante. Malheureusement pour eux, quelqu’un en amont vient de réussir à changer le court de l’histoire. Il ne reconnaisse plus rien dans ce monde à forte influence celtique et leur futur a disparu, de même que la plupart des autres agents de la patrouille. Une mission désespérée mais qui ne prend véritablement que dans la dernière phase de sa résolution. 

Quoi qu’il en soit La Patrouille du Temps constitue un ensemble de texte plaisant et la plongée dans l’histoire menée par Anderson est prenante. Les hésitations des personnages compréhensibles, face au pouvoir qu'ils ont dans les mains et la certitude de leur faillibilité. Une série à suivre…

La prose de Nébal

L'avis du Cafard Cosmique

L'article d'Actusf

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25 avril 2009

Le dernier de son espèce d’Andreas Eschbach

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La durée  de ma vie ne dépend pas de moi. Vivre pleinement ne dépend que de moi. Demande-moi de ne pas traverser les jours de ma vie dans une bassesse comparable aux ténèbres. Que je mène ma vie, que ce ne soit pas elle qui me mène.

Sénèque, Lettres à Lucilius.

 

Duane Fitzgerald est un cyborg, un de cinq survivants d’un projet américain de création de soldats de choc. Lancé dans les années quatre-vingt, inspiré par la série « L’homme qui valait trois milliards », ce projet a avorté et été abandonné. Ne reste plus que cinq soldats mis en retraite avant d’avoir jamais pu servir leur pays pour lesquels ils ont sacrifié leur humanité. 

Pousser mon chariot dans les travées est pourtant à chaque fois une véritable torture. Fruits et légumes, filets de pommes de terre – succulente réminiscence des pommes au four fumantes de ma jeunesse, servies avec de la crème aigre en accompagnement d’un steak et arrosées d’une délicieuse Heineken… Songeur, je flânai quelques instants au rayon boucherie. J’aurais sacrifié mon bras droit pour pouvoir une fois encore savourer un barbecue sous le ciel sans étoiles d’un doux soir d’été. Humer une fois encore le parfum épicé de la chair grillée en salivant à l’idée qu’une de ces merveilles grésillant sur la braise serait bientôt mienne, arrosée de ketchup et de bière glacée… La vérité, cependant, me rattrapa au galop : mon bras droit, je l’avais sacrifié depuis longtemps. 

Condamné à un régime alimentaire unique, que le gouvernement US lui envoie régulièrement par La Poste, Duane erre dans le village natal irlandais de son père. Dix années d’inactivité pendant lesquelles il a pu constater sa déchéance. Son corps vieillit et n’est plus adapté aux implants musculaires, les connexions électriques ont bougées et ne sont plus optimales, son système informatique plante… Duane a trouvé refuge dans la lecture et la philosophie de Sénèque pour supporter son quotidien monotone. Coupé du reste de l’humanité son seul rayon de soleil est l’observation d’une jeune femme à distance prudente. 

Tout change brutalement quand un inconnu, visiblement étranger au pays, surgit et le recherche ostensiblement… Une rencontre qui finira par avoir lieu et amorcera la fin de la vie routinière de Duane. 

Entre retour sur son passé et son quotidien morne, Duane constitue un superbe personnage amer, désenchanté et profondément humain. Cobaye abandonné, mutilé inutilement. Le roman se dévore rapidement tant le ton est juste et captivant. Une tragédie bien menée avec un superbe dénouement. A lire de toute urgence ! 

Je me demande si j’ai jamais compris ce qu’éprouvaient les autres. Ce qui les motivait. Ce qui les avait conduits jusque-là pour forger ce destin.
Je me demande si j’ai jamais compris ce qui me motivait moi-même.
Vraiment.

La chronique de Gromovar

La critique du Cafard Cosmique


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22 avril 2009

SF 99

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Anthologie qui m’a été offerte en début d'année, par Xavier de la librairie Scylla, suite à un achat conséquent de livres parus au Bélial (et que je n’ai toujours pas lu d’ailleurs). SF 99 présente les auteurs francophones "marquants" (d'après Olivier Girard) de 1999 à travers quelques nouvelles. 

L’Amour au temps du silicium de Jean-Jacques Nguyen est remarquablement menée, tant pour ses interrogations sur le transfert de conscience dans des clones, que pour sa présentation d’une société coupée en deux ainsi qu’une petite surprise. Du bon cyberpunk à la sauce hard science. 

Déchiffrer la trame de Jean-Claude Dunyach est aussi courte qu’elle est élégante par contre on reste un peu sur sa fin. Il faudra que je revienne sur cet auteur. 

Amour flou de Marie-Pierre Najman aborde le cyberpunk de manière originale. Un texte plaisant sans plus. 

L’Homme qui fouillait la lumière d’Alain Bergeron est un mini thriller cyberpunk plaisant sans être exceptionnel. 

La Face claire des ténèbres de Thomas Day : Conan Doyle emmené dans monde parallèle steampunk par Watson, fréquente une version sombre de Sherlock Holmes. Des extra terrestres, Jack l’Eventreur et un démon… Bof, bof, le personnage d’Holmes est bien travaillé mais l’intrigue est d’autant plus négligée… Visiblement il s’agit du premier jet de L’instinct de l’équarisseur, apparemment plus recommandable, parce que là on s’ennuie un peu quand même. 

Cap Tchernobyl de Sylvie Denis présente un futur où les machines ont accédés à la conscience et commence à s’émanciper de la tutelle humaine sans pour autant passé par la case révolte violente. C’est le second texte de Sylvie Denis que je lis, le premier étant Les clés du paradis présenté dans le n°52 de Bifrost. Un auteur dont il faut que je lise un roman. 

Les Singes de Robert Wolff, un texte de fantasy sans intérêt de la même clique que la BD 7 Guerrières. 

Honoré a disparu de Roland C. Wagner, un texte amusant qui fait partie des Futurs Mystères de Paris et s’intègre après l’Aube Incertaine que je n’ai pas encore lu (du moins d’après la réédition de l’Atalante qui se trouve dans ma PAL), du coup j’ai un peu coincé sur la fin, d’autant plus qu’elle est assez expédiée. Plaisant sans plus et le sentiment que le personnage de l’Aya Gloria est trop omnipotent. 

Le Vide, le silence et l’obscur de Serge Lehman doit relever du Livre des Ombres, aborder cet univers aussi brutalement est un peu déstabilisant et m’a laissé dubitatif concernant la chute. Ca se lit agréablement mais s’oublie tout aussi vite, pas assez convainquant pour franchir le pas. 

Scintillements d’Ayerdhal est un space opera militariste, revu avec humanisme, présentant la fin d’un conflit plusieurs fois centenaire. L’archétype du militaire borné ne m’a pas semblé dans le ton sans pour autant diminuer la qualité de la nouvelle et sa fin magnifique. Un très bon texte.

Au final un ensemble de texte agréables, des auteurs bien différents et un petit saut en arrière dans le temps amusant via l’éditorial (dire qu’en 99 on parlait déjà de Greg Egan et de R C Wilson).

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19 avril 2009

BD & Fantasy : La graine de folie de Civiello et Mosdi

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Petite série de la fin des années 90 et début 2000, La graine de folie est un cas à part. Démarrée par Civiello, seul sur les trois premiers tomes, elle traine en longueur mais présente d'indéniable qualité graphique.
En Faërie, Igguk, l'historien gnome, doit rejoindre la reine pour le déménagement annuel, curieusement avancé. Las nombre d'obstacles se dressent sur son chemin et il reçoit des aides mystèrieuses. En chemin, il rencontrera un jeune troll, une sorcière et un homme rat qui l'aideront dans une quête qui ne cesse de cumuler les échecs.

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Les trois premiers tomes mélangent exposition et obstacles mais n'avancent pas des masses en terme de résolution. Civiello est un très bon dessinateur mais semble avoir du mal à mener le scénario.

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Paru trois ans après le troisième volume, le Roy sans coeur voit le début de la collaboration avec Thomas Mosdi en tant que scénariste. Le changement est flagrant, les niveaux d'intrigues sont multipliés par trois et il se passe plus de chose en un seul tome que dans les trois autres réunis, pour une conclusion de grande qualité.

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Un beau dessin, quelque fois un peu fouilli, et un scénario qui ne démarre réellement que sur la fin. Le bilan de la graine de folie est mitigé. A réserver aux amateurs d'histoires celtiques qui veulent en prendre plein la vue.

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Rencontre ludique impromptue samedi 18 avril

Organisée rapidement suite à l'annulation de projets précédents (bon déménagement Nicolas), nous nous sommes réunis avec les amis disponibles pour une petite rencontre ludique vers 21 heures (histoire que les enfants soit couchés). L'occasion de revenir sur Smallworld et de confirmer les premières impressions : le jeu est plus fluide, plus accessible et plus amusant que Vinci. L'absence de règle de cohérence d'empire rend le jeu plus léger et plus chaotique avec les nations ou bonus exploitant ce trait ("volants" ou le terrifiant "des cavernes").

J'ouvre le bal avec mes Humains diplomates et obtient un score très confortable (8 points au premier tour, 10 au second) mais diplomates ne me protège pas de tout le monde. Les Tritons Scouts de Sophie étant neutralisés, ce sont les Elfes des Cavernes de Yann qui me tombent dessus. Au second tour la situation est inversée. Pendant ce temps, les Sorciers Berserkers de Jérôme se taillent un empire imposant en partie au détriment de Sophie.
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Au tour 6, tout le monde a décliné une fois. Les sorciers de Jérôme ne sont plus qu'un souvenir, balayés par les Demi portions Alchimistes de Sophie et les Trolls Pillards de Yann. Jérôme n'est pas en reste car ses Amazones et leurs Dragon éliminent les empires en déclin de ses némésis. De mon côté, j'ai fait deux tours à faible rendement avec mes Zombies des Forêts (5 points) puis Zombies en déclin (3 points) préparant l'entrée en jeu de mes Hommes rats Fortunés.

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La combinaison des ses deux empires me permet d'enchaîner trois tours à 14 points. Yann me talonne mais Sophie lui prendra deux provinces de ses trolls en déclin lors du dernier tour.
Résultat des courses :
Efelle 90 points
Yann 89 points (merci Sophie, je t'aime)
Jérôme 87 points
Sophie 78 points.
Des scores beaucoup plus serré qu'à Vinci mine de rien.

Après une petite pause discussion, Sophie nous a laissé pour la suite, n'appréciant pas Ghost Stories et la fatigue et le stress se faisant sentir (merci à Frédéric pour les magnifiques nuits qu'il nous a réservé lors de cette semaine de vacances).

Une première partie à trois en mode cauchemar, le normal étant trop facile... Soit quatre (merci de la correction) boss à affronter au lieu d'un.
Le premier est vaincu mais un jet de malédiction malheureux et un fantôme "hanteur direct" nous mettent en déroute, trois tuiles étant hantées...
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L'heure tournant (minuit déjà), Jérôme nous laisse tandis que Yann et moi même effectuons une ultime tentative prenant chacun deux moines.
Là la déveine se déchaîne, le premier boss nous prive de nos pouvoirs spéciaux et deux fantômes classiques nous chipent deux dés sur trois... Nous redressons la situation en perdant deux tuiles quand arrive le second boss. C'est la débandade du fait d'une situation extrême (tout le monde est à un point de QI). Trois morts en un tour et trois tuiles hantées depuis le plateau du joueur rouge...
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Avant de mettre un terme à la soirée sur ces deux défaites consécutives nous concluons à nos propres insuffisances en plus de la déveine : nous n'utilisons pas les tuiles du temple des vents et du salon de thé et avons tendance à trop nous regrouper. Vengeance nous reviendrons, le mode cauchemar est jouable s'il a été prévu ! Sans parler du mode enfer mais là on a encore de la marge avant de s'y frotter.

Une soirée bien agréable, merci à tous.

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17 avril 2009

Le club des policiers Yiddish de Michael Chabon

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Landsman ne se rappelle pas avoir demandé à être réveillé par téléphone. Il ne se souvient pas non plus d’avoir descendu la bouteille de slivovitz, posée vide sur la surface d’uréthane éraflée de la table plaquée chêne voisine de sa bergère. Il ne se souvient pas davantage d’avoir mangé le gâteau de nouilles, dont le tiers restant se racornit dans un coin de l’emballage coquille en plastique à côté de la bouteille. Daprès la disposition des éclats de verre coloré sur le sol, il conclut qu’il a dû jeter son verre souvenir de l’Exposition universelle de Sitka 1977 contre le radiateur. Il s’est peut-être senti frustré d’être incapable de faire des progrès avec l’échiquier de poche renversé sous le lit, dont les minuscules pièces sont généreusement éparpillées autour de la pièce. Mais il n’a aucun souvenir de son geste, ni du bris du verre. Il a pu aussi bien trinquer à quelqu’un ou quelque chose, prenant le radiateur pour une cheminée. Il ne se souvient de rien. Mais on va dire que rien ne peut le surprendre dans le décor sordide de la chambre 505, surtout pas le sholem chargé dans sa main.

 

1940, les USA ouvrent alors une enclave en Alaska, le district de Sitka, pour les accueillir à titre temporaire, la rétrocession aux indiens spoliés doit avoir lieu quarante ans plus tard. 1948, les juifs d’Israël sont rejetés à la mer par les arabes, Sitka devient un refuge et l’espoir d’une terre à soi.Dans les années 2000, la rétrocession est devenue une réalité, plus que quelques mois et les juifs de Sitka devront se trouver une nouvelle terre d’accueil… L’inspecteur Meyer Landsman traîne son spleen et son alcoolisme dans un hôtel miteux quand un assassinat est commis sur place. Un héroïnomane amateur d’échec a été abattu… Son supérieur, et ex femme, lui intime l’ordre d’abandonner cette affaire et de se concentrer sur la douzaine d’autres non résolues qu’il traine. Seulement Landsman est un flic, un noz, obstiné et avec Berko son cousin métis, qui lui est totalement dévoué, il entend dénouer cette affaire. Même si pour cela il doit se frotter à une secte juive mafieuse…

S’il n’est peut-être pas historiquement exact, ce détail produit sur l’esprit yiddish un effet de sauvagerie signifiant : « Indien ».

Ce mot circule du haut en bas des éventaires et des devantures. Les Juifs de Sitka voient rarement des Indiens et leur parlent encore plus rarement, sauf à la cour fédérale ou dans les petites villes juives éparpillées le long de la frontière. Il faut très peu d’inventivité à ces verbovers pour s’imaginer Berko et sa massue engagés dans le giclement tous azimuts de boîtes crâniennes à visage pâle. Puis ils aperçoivent la kippa de Berko, ainsi que, à la ceinture, le flottement des franges blanches de son châle rituel, et l’on sent toute cette étourdissante xénophobie quitter la foule, laissant un résidu de vertige raciste. Voilà ce qui se passe pour Berko Shemets dans le district de Sitka, quand il sort sa massue et redevient indien. Cinquante ans de cinéma rempli de scalps, de sifflements de flèches et de wagons Conestogas en feu marquent l’imagination populaire. Ensuite, la simple incongruité fait le reste.

 

A travers ce roman noir assez classique, Michael Chabon déploie subtilement son uchronie et met en place sont univers. Les différences entre juifs suivant leurs origines ou leur pratique religieuse, les tensions présentes et passées avec les indiens tlingit, les relations politiques équivoques avec le pouvoir fédéral, sont présentées avec justesse.

L’usage d’argot yiddish est assez déstabilisant au début puis contribue à l’ambiance, on arrive à se passer du lexique. Les personnages sont bien campés même si Landsman se taille la part du lion, chaque lieu visité étant l’occasion de ressasser un échec personnel ou un proche disparu.

L’inspecteur principal Wilfred Dick est un Tlingit pur jus, un descendant du chef Dick, responsable de la dernière victime enregistrée dans l’histoire des relations russo-tinglit puisqu’il avait abattu un sous-marinier russe naufragé et à demi mort de faim qu’il avait surpris en train de dévaliser ses casiers à crabes à Stag Bay, en 1948.

Sombre, humide ce roman demande un petit effort d’immersion mais vaut le détour. Un roman noir classique dans un univers original.

Ils en parlent :

Gramovar

Hugin et Munin

Mes imaginaires

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12 avril 2009

Gribouillis de Turf

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La chronique de la Salle 101, où les digressions sont choses courantes, sur la Nef des fous a attiré mon attention sur cette autre BD de Turf.

 Il était une fois un gribouillis. Un vilain gribouillis tout noir. On l’avait fait en pensant à rien. Juste pour essayer un stylo sur un bout de papier. Et puis, on l’avait abandonné là, mal gribouillé. Suite à une démangeaison, Gribouillis se créé des pattes puis une tête et pas moyen de retrouver son aspect initial par la suite. Notre petit cabot commence alors l’exploration de son univers qui se révèle être Le Grand Catalogue des Merveilleuses Usines Mécaniques Modernes. Un univers sous la coupe d’un diablotin issu des pages jouets, véritable tyran qui a quelque projet pour notre héros.

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Pour ce one shot bien épais (environ 120 pages), Turf exploite chaque page de la deuxième à la quatrième de couverture, rien n’est gratuit chaque détail du décor épuré trouvant sa justification en amont ou aval. L’histoire tient du conte, on retrouve bien l’ambiance mélancolique des dernières pages de la Nef des fous et aussi un peu de sa folie. Une histoire atypique dans une forme originale et remarquablement maîtrisée, dont on peut interpréter la fin de plusieurs façons. J’ai beaucoup aimé.

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09 avril 2009

World War Z de Max Brooks

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La morphine – ou quel que soit le truc qu’on m’avait injecté, je trouvais ça délicieux. Je me fichais de tout. Je n’ai eu aucune réaction quand ils m’ont dit que la police m’avait logé une balle dans l’épaule. J’ai vu l’homme allongé dans le lit à côté du mien évacué en urgence dès qu’il a cessé de respirer. Je n’ai même pas réagi quand je les ai entendus parler de l’épidémie de « rage » qui sévissait en ville. Je ne sais pas. Comme je vous l’ai dit, j’étais vraiment dans les vapes. Je me souviens d’éclats de voix dans le couloir, de gens en colère qui se criaient dessus. « Ce n’est pas la rage, la rage ne fait pas ça aux gens ! » Et plus tard… quelqu’un d’autre… « Bon, et tu proposes quoi, bordel ! On en a quinze comme ça, en bas ! » C’est bizarre, j’entends toujours cette conversation dans ma tête. Tout ce que j’aurais dû faire, penser, sentir. Il m’a fallu pas mal de temps pour dégriser. Et quand j’ai fini par me réveiller, c’était un vrai cauchemar.

Des zombis apparaissent en Chine ! Les gens qu’ils ont tués se relèvent pour grossir leur rang après quelques minutes tandis que les vivants mordus ont un répit de quelques jours… Je préfère préciser, mes connaissances en zombies étant limitées aux films Shaun of the dead et 28 jours plus tard et la BD Cryozone.

Avec les moyens de transport moderne, les premiers réfugiés essaiment dans le monde comptant dans leur rang quelques zombies en devenir. Ajoutons à cela la manie chinoise du secret et les ingrédients sont réunis pour faire des zombies un problème mondial. La World War Z a commencée.

Le récit est un recueil de témoignage présenté chronologiquement et recensant les faits mondiaux les plus importants et présentant quelques situations personnelles notables du fait de leur caractère exceptionnel ou non.

Le ton ironique des protagonistes est assez agréable et les exemples de nation s’en sortant le mieux est assez cynique, ainsi l’Afrique du Sud post apartheid ressort des cartons les plans anti insurrections du régime ségrégationniste quant aux solutions adoptées par les USA, Cuba ou la Corée du Nord il faudra lire le livre pour le découvrir.

Quoi ? Vous auriez préféré qu’on leur dise la vérité ? Que ça n’avait rien à voir avec la rage, que c’était une sorte de supervirus qui réanimait les morts ? Vous imaginez la panique ? Vous imaginez tous ces foutus sénateurs faire dans leur froc et bloquer toute action gouvernementale un tant soit peu efficace en votant un « Zombie Protection Act » exhaustif et totalement inutile ? Vous imaginez la perte de crédibilité politique pour le pouvoir en place ? En plus, on débutait une année électorale, et pas la plus facile, hein, un vrai corps-à-corps. Nous, on « nettoyait », on réparait toutes les conneries que le gouvernement précédent avait accumulées, et croyez-moi, les huit années qui venaient de s’écouler en avaient brassé, de la merde ! Si on avait réussi à revenir aux affaires, c’était grâce à notre gentil pigeon qui n’avait pas arrêté de promettre un retour à « la paix et à la prospérité ». C’était tout ce que demandait le peuple américain. Jamais la population n’aurait accepté un autre programme. Les gens vivaient une sale époque, et depuis pas mal de temps. Il aurait été suicidaire de leur avouer que le pire était à venir.

Malgré l’ironie omniprésente, le récit ne bascule pas dans la caricature et ses hordes de millions de zombies sont angoissantes. Les morts se multiplient, les nations s’effondrent, le chaos se propage. L’alternance entre vue d’ensemble et témoignage de particulier est très efficace, le roman se lit tout seul rapidement. Dans l’ensemble le récit fait la part belle au point de vue américain, tout en effectuant un tour complet de la planète.

L’adrénaline m’a immédiatement remis sur pied et je me suis retourné en un éclair. Le vieux était encore là, le visage bandé. Il ne s’était pas réanimé depuis très longtemps. Il s’est approché de moi, j’ai feinté. Comme j’avais encore les jambes tremblantes, il a réussi à m’attraper les cheveux. Je me suis débattu pour me libérer. Il a approché son visage du mien. Il était étonnamment musclé, pour son âge, au moins autant que moi, si ce n’est plus. Mais il avait quand même les os fragiles, je les ai entendus craquer quand je lui ai tordu le bras. Je l’ai frappé en pleine poitrine et il a volé en arrière, la main pleine de cheveux. Les miens ! Il a percuté le mur, les photos sont tombées et l’ont recouvert de verre brisé. Il est revenu vers moi en grognant. Je me suis ramassé sur moi-même, je l’ai évité, j’ai saisi son bras et je lui ai fait une clé tout en refermant mon autre main sur sa nuque. Et là, avec un hurlement dont je ne me serais jamais cru capable, je me suis précipité vers le balcon et je l’ai balancé dans le vide. Il s’est écrasé la tête la première sur le trottoir. Là, il a continué à me regarder en sifflant et en remuant malgré son corps brisé.

Les scènes individuelles donnent lieu à des beaux moments d’héroïsme ou de désespoir. Au fil du récit la situation change progressivement, les tournants étant annoncés par les changements de partie. L’ensemble est assez fin et très prenant. L’ampleur du phénomène relève du jamais vu et donne un ton crédible à cette histoire horrible et crépusculaire.

World War Z n’est pas le roman de l’année mais un divertissement efficace et intelligemment mené, sans doute un incontournable pour les fans du genre et une bonne introduction au genre pour les autres.

Dieu sait qu’ils n’étaient pas parfaits, mais ce sont eux qui incarnaient le rêve américain à mes yeux. Et puis la génération de mes parents est arrivée et ils ont tout bousillé. Les baby-boomers, la génération du « moi ». Et puis il y a nous, maintenant. Oui, OK, on a mis un terme à la menace zombie, mais qui l’a déclenchée, cette menace ? Bon,  au moins, on nettoie notre propre bordel, et ça sera peut-être notre épitaphe.

« Génération Z. Ils ont fait le ménage derrière eux. »

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05 avril 2009

Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

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Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n’ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c’est plus gras, c’est plus trouble et plus limoneux que le pot d’aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c’est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l’ivresse. 

Avec Gagner la guerre, Jean-Philippe Jaworski nous offre la suite et la conclusion de la nouvelle Mauvaise donne incluse dans le recueil Janua Vera. L’univers est le même et nous reprenons le fil quelque mois après la conclusion de la nouvelle qui introduit Benvenuto l’assassin et le patricien Leonide Ducatore. La guerre a eu lieu et la République a remportée une victoire éclatante contre Ressine. Il n’en reste pas moins que la position de Ducatore est instable et qu’il va avoir besoin de Benvenuto pour élaguer quelques branches patriciennes qui lui font de l’ombre et négocier avec le Chah de Ressine, pour conclure une paix durable. Paix que la République ne souhaite pas particulièrement. 

C’est reparti pour la valse des intrigues à une échelle beaucoup plus grande que dans Mauvaise donne. Il y a beaucoup plus de joueurs autour de la table et Benvenuto est devenu une pièce maîtresse, mais néanmoins sacrifiable. Difficile de survivre dans un tel nid de vipères surtout quand votre seigneur est un émule de Machiavel. 

Compte tenu du double contrat que j’avais rempli, il aurait été trop compromettant pour mon patron de s’afficher publiquement avec moi. D’un autre côté, il fallait aussi m’honorer, ce qu’il avait fait en me laissant aux soins de son fils. De plus, même un débile mental comme Mucio pouvait se trouver utilisé par un manipulateur aussi fin que Leonide Ducatore. Le Podestat savait que son fils était méprisé par l’aristocratie : publier l’amitié de Mucio pour moi, c’était me traiter en familier, mais aussi me discréditer en tant qu’homme de main ou de confiance. Une façon subtile de désarmer les soupçons qu’on pourrait nourrir sur mon action, en tablant sur l’association inconsciente qu’on établirait entre le crétin et don Benvenuto. Enfin, il y avait un autre volet aux calculs du Podestat. J’étais le seul témoin ciudalien de ses petits trafics avec l’ennemi. J’étais sur le fil, d’autant que j’étais bien placé pour savoir que le Podestat n’avait aucun scrupule à se débarrasser des gêneurs. En me donnant son fils pour compagnon de table, et même mieux, en m’offrant son fils pour goûteur, le Podestat me faisait savoir que je n’avais rien à craindre. Un gage personnel de bonne foi. Du moins, pour l’instant… 

Plus qu’une simple suite de Mauvaise donne, ce roman reprend tout le panorama dépeint par petites touches dans Janua Vera et l’approfondit. Ciudalia apparaît plus que jamais comme un croisement entre Venise et Florence en pleine renaissance tandis que les royaumes alentours sont encore au Moyen Age. Royaumes dont on apprendra beaucoup tant leur géopolitique et leur histoire ont été influencées par la république.

La touche fantasy est toujours très légère, la magie dans cet univers est faite d’envoutement subtil et non de déferlements pyrotechnique, les races étrangères sont peu présentes, intégrées parmi les hommes et dépeintes avec habilité. On retrouve ainsi avec plaisir, Annoeth, l’elfe insouciant du Conte du Suzelle mais présenté sous un jour plus tragique.

Cet univers est de fait bien agréable et très envoutant, la démarche de l’auteur le rapprochant de Guy Gavriel Kay (Les lions d’Al Rassan ou Le dernier rayon du soleil) et de Laurent Kloetzer (Le royaume blessé).

A tout cela s’ajoute la gouaille du narrateur et les tours qu'il n’hésite pas à jouer au lecteur putatif de son témoignage.

Le récit est sans faille, les rebondissements nombreux, les trahisons et coups de théâtre s’enchaînent, émaillées par quelques scènes d’actions trépidantes. Benvenuto n’est pas omnipotent, échoue, met les pieds dans le plat et connaît le doute régulièrement. 

Avec Gagner la guerre, Jaworksi signe ici une fresque magistrale avec un personnage principal très attachant et une superbe galerie de personnages secondaires. On s’attache à tout ce petit monde qui s’agite dans une lutte de pouvoir où les puissants entraînent les humbles dans leur chute ou déchéance. Des intrigues enlevées, de l’action, des scènes marquantes et des personnages bien campés dans un univers fascinant, Gagner la guerre est un roman incontournable en fantasy ! 

Leonide Ducatore avait autant de motifs de m’en vouloir que le clan Mastiggia, et j’avais trimardé obstinément sur des routes mortelles pour me jeter dans la gueule du loup. Même Belisario ne me serait d’aucune protection dans ce cas de figure : s’il apprenait que j’avais culbuté sa sœur, le jeune preux serait sans doute le premier à vouloir me fendre la coquetière. Je me souvins des ombres qui avaient visité mes songes au cours de la nuit où j’avais failli périr de froid, et de ce que m’avait dit le fantôme de Welf : On n’attend plus que toi, Benvenuto. On te garde une place. Tu nous rejoindras bientôt, à Ciudalia. Mission accomplie, les gars. On n’allait plus tarder à pouvoir taper le carton.

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Rencontre ludique 4 avril : test Small World à quatre

Cette rencontre organisée tardivement a été une bonne surprise avec l'irruption de Ghislain qui est spécialement venu de Montélimar pour nous... Enfin pas exactement mais ce fut une heureuse coïncidence.

A quatre Small World prend toute son ampleur et se démarque de Vinci en terme de fluidité et de jouabilité. L'absence d'obligation de cohérence et le petit côté aléatoire du dé de dernière attaque ont bien contribués à l'ambiance détendue autour de la table.
Ghislain remporte cette partie malgré un départ en douceur en n'ayant joué que deux civilisations : les zombies  en déclin et les squelettes des collines. Combinaison d'autant plus redoutable que nous l'avons négligé du fait de score pas terrible en début de partie.
Les civilisations sont beaucoup plus équilibrés qu'à Vinci, Yann a tenu assez longtemps avec ces Sorciers diplomates, par contre les Tritons des Marais de Sophie ou mes Humains Volants ont été rapidement balayés, dommage car j'avais pris un excellent départ avec les Amazones Marchands, plus impressionnantes que les fulgurants Demi Portions Berserkers de Yann.
Bref on a bien enchaîné les phases expension et déclin sur cet excellent jeu.

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Sophie étant crevée par une journée de boulot, nous avons continué à trois sur Ghost Stories. Ce jeu coopératif a réussi à séduire Ghislain malgré des jets de dés défiant les statistiques (j'ai mis trois tours pour sortir un jaune avec quatre dés). La partie s'est soldé par une victoire en normal. Nous sommes maintenant rodé et je suis partant pour le mode cauchemar.

Voilà une petite soirée bien sympathique, j'espère que l'on pourra en organiser une nouvelle très prochainement.

Posté par efelle à 10:37 - - Commentaires [6] - Rétroliens [0]


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