Le voyageur solitaire de Jean-Marc Ligny

Ce petit recueil traîne depuis un bon moment dans ma pile
mais une chronique de Nébal m’avait quelque peu refroidi et condamnée ce petit
recueil à dormir dans le tiroir de ma table de nuit (aka la pile à lire oubliée
en opposition à la bibliothèque à lire que j’ai sous les yeux). En sortant Papillon de Lune, je l’ai aperçu, sorti et
finalement lu.
La nouvelle Le voyageur solitaire est assez plaisante, un employé d’une entreprise de terraformage clame publiquement son dégoût de l’humanité. Les médias et la branche communication de son groupe s’empare de l’affaire et exauce son vœu. Dommage qu’il ai changé d’avis après coup car le voilà embarqué pour une mission sans retour destinée à découvrir le sort d’une expédition, dont on est sans nouvelle. La solitude du voyage, sa médiatisation et les états d’âmes de notre héros sont bien narrés mais la fin est quelque peu étrange. Dommage.
J’ai beau rechercher des lieux secrets, des territoires inhumains, les derniers mystères qui témoignent encore de l’étrangeté primordiale d’un monde désormais asservi et souillé par l’homme… Trop souvent je tombe sur un ermite à demi fou ou tout à fait mort, ou sur quelque déchet navrant, trace odieuse d’un viol oublié. Et pourtant je me dis chaque fois : là où je vais, ce n’est pas possible qu’un autre soit passé avant moi…
C’est ce que j’espère – encore maintenant.
Le Traqueur d’extrêmes met en scène, un explorateur extrême,
modifié afin de résister aux conditions les plus improbables et à la recherche
d’un lieu que l’humanité n’a pas touché et ne touchera pas. Dans la même veine
que la nouvelle précédente mais beaucoup plus réussie grâce à sa fin très
ironique. Un texte très plaisant.
Le cas du chasseur m’a laissé sur ma fin, un procès d’animaux
délirants et de post humanité. L’ensemble est trop grand guignolesque pour
accrocher l’attention et ne s’intègre pas avec les autres textes.
Viens enfin L’Astroport. Une expédition humaine aux confins
du système solaire est pulvérisée par l’apparition d’un appareil immense. Deux
survivants s’y réfugieront et attendront dix ans l’arrivée des secours. Leur
enfant né sur place, élevé au sein de cet engin étrange s’éloignera de l’humanité
pour vivre en osmose avec l’engin extra-terrestre. Tout basculera à l’arrivée d’une
nouvelle expédition humaine… Sombre, la survie pitoyable de ces trois êtres est
bien rendue de même que la rupture entre Fils et ses parents puis le reste de l’humanité. Un récit convainquant.
Un recueil mitigé qui souffre beaucoup de la présence du Cas du Chasseur qui n’a pas grand-chose à voir avec la thématique space opera.
Hellboy : La main droite de la mort de Mike Mignola

Encore un recueil d'histoires courtes étalées dans le temps, leurs résolutions tendent à les éloigner du schéma d'abattage de monstre sans pour autant renouveler le genre. Autant le Roi Vold m'a bien plu autant la nouvelle éponyme, gros résumé des épisodes précédents ne m'a pas semblé indispensable.
Un recueil en demi teinte donc dont on peut se passer sans problèmes.
Baroudeur de Jack Vance

Avec ce petit recueil les éditions ActuSF rééditent quelques
nouvelles de Jack Vance.
La princesse enchantée est un
croisement entre intrigue policière et de science fiction. Des films produits
mystérieusement, une jolie aveugle… L’intrigue est assez téléphonée mais pas
désagréable. Un petit texte sympathique sans plus.
Personnes déplacées est plus prenant, après la Seconde Guerre Mondiale des troglodytes émergent en masse en Autriche. Que
faire de ces réfugiés ? Les nations sont divisées à ce sujet tandis que le
nombre de réfugiés augmente rapidement. Le texte est une alternance de
témoignage ou de discours sur la question pour un résultat qui fait fortement
penser à Thomas Disch ou Régis Messac. C’est sombre et cela change des écrits
habituels de Vance.
On porte tout le temps un masque, la philosophie sirénienne
professant que l’apparence d’un homme ne doit pas lui être imposée par des
facteurs échappant à son contrôle. L’homme, dans l’optique sirénienne, doit être
libre d’avoir l’aspect qui s’accorde le mieux à son strakh. Dans les régions
civilisées – c'est-à-dire le littoral titanique – personne ne se montre, au
sens propre, à visage découvert. Le visage est un secret essentiel.
Le papillon de Lune est une petite merveille à la Vance. Edwer Thissel est consul surla
planète Sirène
Un univers riche, dépeint rapidement et efficacement (à la Jack Vance), une
intrigue relativement simple mais traitée avec intelligence, humour et ironie. Un excellent texte dans la même veine qu’un tour en Thaery
ou les domaines de Koryphon. Bonne pioche !
Le bruit est un récit onirique, étrange qui ne m’a pas
spécialement convaincu. Un naufragé spatial soumis à des hallucinations sur un
monde étrange…
Le temple de Han est la confrontation entre une crapule et un
ordre religieux dont il vient de piller le temple. Malheureusement pour lui, il
apparaît que le démiurge vénéré est bien réel. Un texte agréable, amusant mais
avec un héros finalement trop sage par rapport à Cugel.
Ce recueil se révèle donc agréable avec deux pépites, Papillon de Lune et Personnes déplacées, justifiant amplement sa lecture.
Seigneurs de Lumière de Roger Zelazny

Recueil composé de trois romans dont la traduction a été revue par Thomas Day. Je pensais que Royaumes d’Ombre et de Lumière serait celui qui en aurait le plus bénéficié mais finalement il s’agit de Seigneur de Lumière. Petite déception compensée par le fait que je n’avais jamais lu L’œil de Chat.
« L’élu. Il est notre seul espoir contre le Paradis, cher Tak. Si on peut le faire revenir, nous avons une chance de revivre.
- C’est pour cela que vous avez pris ce risque, que vous vous êtes assise dans la gueule du tigre ?
- Pourrait-il y avoir une autre raison ? Quand il n’y a plus d’espoir, il faut en créer. Même l’argent contrefait peut-être refourgué.
- Contrefait ? Vous ne croyez pas qu’il était le Bouddha ? »
Elle eut un petit rire.
« Sam fut le plus grand charlatan de mémoire de dieu ou d’homme. Et le plus digne adversaire que la Trimoûrti ait jamais dû affronter. N’aie pas l’air troublé, Archiviste. Tu sais qu’il a volé le contenu de sa doctrine, la voie et le but, tout le cérémonial, dans des sources préhistoriques interdites. C’était une arme, rien de plus. Sa plus grande force fut sa duplicité. Si nous pouvions le rappeler parmi nous… »
Seigneur de Lumière ouvre donc le recueil.
L’humanité a fuit la terre détruite pour coloniser une autre planète, l’équipage du navire a acquis l’immortalité par le biais du transfert dans des corps de remplacements. Détenteur d’une technologie très avancée, ils règnent tels des dieux sur leurs descendants, maintenus à un niveau technologique antique. Pour donner une cohérence à leur panthéon, ces nouveaux dieux ont imposés la religion hindouiste.
Sam est l’un d’eux, il ne supporte pas le tournant dictatorial pris par ce système et tente de le renverser pour libérer les humains. Le bouddhisme sera son arme.
Je peux vous en dire quelque chose, car vous ne devriez point vous aventurer dans la ville sans savoir ce qui se passe. Les marchands de corps sont à présent les Seigneurs du Karma. Leurs noms sont tenus secrets, comme ceux des Dieux, pour qu’ils semblent aussi impersonnels que la Grande Roue, qu’ils prétendent représenter. Ils ne sont plus de simples marchands de corps, ils sont alliés aux temples. Lesquels ont aussi changés. Car vos parents, les Premiers, qui sont à présent des Dieux, communiquent avec eux depuis le Paradis. Si vous appartenez en vérité aux Premiers, Sam, votre chemin vous mènera à la déification ou à la mort, quand vous affronterez ces nouveaux Seigneurs du Karma.
Mythe prométhéen à la sauce hindouiste et bouddhiste, le décor science fictif est très efficacement mis en place et la religion hindouiste exploitée avec brio. La narration est très agréable, on suit avec plaisir Sam dans sa lutte. Les personnages marquants abondent : Sam, Yama, Kâli, Sugata de même que les moments forts. Brillant !
Seigneur de Lumière est incontestablement une réussite et sans doute le meilleur roman de Zelazny juste après L’Ile des Morts.
Vient ensuite Royaumes d’Ombre et de Lumière
Wakim se tourne vers Anubis.
- Est-ce assez ? demande-t-il.
- Tu n’as pas fait usage de la fugue temporelle », répond Anubis, sans même jeter un coup d’œil à l’amas de déchets qui fut naguère Dargoth.
« Ce n’était pas nécessaire. Il n’était pas très sérieux comme adversaire.
- Il était au contraire redoutable, réplique Anubis. Pourquoi t’es-tu mis à rire en faisant comme si tu t’interrogeais sur ton nom tandis que tu le combattais ?
- Je l’ignore. Pendant un instant, quand j’ai pris conscience que je ne pouvais pas être battu, j’ai eu le sentiment d’être quelqu’un d’autre.
- Quelqu’un ne connaissant ni la crainte, ni la pitié, ni le remords ?
- Oui.
- Ressens-tu encore la même chose ?
- Non.
- Alors, pourquoi as-tu cessé de m’appeler « Maître » ?
Ambiance égyptienne pour un roman résolument expérimental. Ce texte est toujours aussi déroutant après relecture. Les références à l’Amérique abondent sans qu’on en comprenne bien la raison dans cet univers baroque. Les emprunts à la religion égyptienne se résument à une petite poignée de personnages mais l’intrigue est originale et le récit compte quelques beaux moments et un final très efficace.
Un roman en demi teinte oscillant entre étrange et
magnifique, pas totalement réussi mais pas désagréable non plus.
L’Oeil de Chat termine le recueil et se révèle être une
excellente surprise.
William Blackhorse Singer, est un indien Navajo, le dernier de son clan. C’est aussi un chasseur des plus efficaces qui a fait le bonheur des zoos en les approvisionnant en créatures extra terrestres. Parmi elles, Chat, une créature polymorphe et télépathe, la dernière de sa race. Disparue comme sa planète natale dans un soleil devenu nova.
« Je suis le dernier, dit-il finalement, comme pour se justifier. Je suis resté longtemps au loin.
- Je sais. Je connais l’histoire du Traqueur des Etoiles. » Comme une bourrasque venait les frapper, il enfonça la coiffe de son chapeau noir à large bord. Il tourna les yeux vers la piste, au nord. « Quelque chose te suit. »
Pour accomplir sa mission, Singer va visiter Chat dans son zoo pour constater l’intelligence insoupçonnée de ce dernier. Un accord est passé la liberté de Chat pour sa collaboration puis le droit de chasser William à son tour.
Une poursuite prenante avec toute la planète pour aire de
jeu. William est las, fatigué et prêt à s’offrir en victime expiatoire à Chat.
Ce que son adversaire refuse, il veut une vengeance savoureuse après une chasse
exaltante. Sous son impulsion, l’indien retournera vers ses racines afin de
pouvoir faire face.
Un excellent roman, que je place immédiatement derrière Seigneur de Lumière dans mon panthéon personnel. L’ambiance et les légendes indiennes sont très bien rendues, les personnages secondaires soignés. Un roman crépusculaire, fort et prenant.
Outrage et rébellion de Catherine Dufour

LAMONTE : Le gastrique massage était fondamentalement dangereux ! Il y a quelque chose de dangereux à parler de colère et de révolte.
En pension’, il n’y avait pas que les ruinés et les médaillés : il y avait les blanchets, la majorité, tous ceux qui n’osaient pas rejoindre les uns ou les autres, ou qui n’y arrivaient pas. Ceux qu’on avait envoyés bouler des ruines parce qu’ils tenaient mal les drogues et ceux dont les frat’ ne voulaient pas parce qu’ils étaient trop laids, ou trop timides, ou pas doués en disciplines tradi. La pension’ était un milieu très hiérarchisé. En prison, les gens se débrouillent toujours pour se créer une loi encore plus dure que celle qu’impose la prison !
Ca leur donne l’impression de maîtriser leur vie. Et la pension’ était une prison, bordel !
Catherine Dufour nous entraîne au sein d’une curieuse
institution vers la fin des années 2320 : la pension’. Dans ce
prolongement du Goût de l’Immortalité, nous découvrons ce curieux établissement où les gosses de riches sont enfermés à partir de sept
ans pour une petite dizaine d’année. Un univers complètement clos, en dehors du
réseau et séparé physiquement du reste du monde par de vastes étendues
désertiques et polluées.
Si le Goût de l’Immortalité était quelque peu sombre, celui-ci l’est encore plus, faunes et flores ont disparus, la terre est polluée et les humains ne vivent plus que dans trois environnements : les tours, la suburb ou les caves…
La pension’ est une exception, un prolongement des tours. Les enfants sont instruits et récompensés suivant leur résultat, la compétition est âpre. Mais ce système compte son lot de rebelles et parmi eux marquis (on reprend la bonne habitude de ne coller des majuscules qu’aux choses qui n’existent plus comme les Animaux par exemple). Le sexe et la drogue sont facilement trouvables au sein de la pension’, la révolte s’exprime alors de manière plus radicale : musique mal jouée, nihilisme, distillation de drogues maisons à partir de n’importe quoi. Marquis et son groupe étouffent, ils expriment leur rage à travers leur musique et une attitude des plus trash.
LEIGH : A un moment, on a commencé à être punis de partout. Je veux dire : avec l’administration, ça craignait. On n’avait plus le droit à rien.
Il faut savoir qu’en pension’, ton sort dépendait de ton comportement. Le règlement prévoyait de fournir quoi ? Statutairement, une natte et un bol de saveur-Riz. Le reste, il fallait le mériter. Et nous, on ne méritait plus rien, alors on bouffait du saveur-Riz sur notre natte. On faisait des flocons avec le saveur-Riz, beurk, parce que ça prend plus de place dans l’estomac, et quand on avait trop faim, on allait péter la gueule d’un médaillé et on lui fauchait sa ration ! Voilà. Ca valait mieux que de manger sa natte, non ?
Malgré la répression de plus en plus vicieuse et subtile de l’administration de la pension’, ce mouvement néo-punk continue, prend de l’ampleur. Quand arrive un évènement tragique, le couperet tombe, le contrôle des pensionnaires se radicalise et marquis disparaît.
IVE : « Au-dessus, les tours. Des dieux dans des boites ! Avec leurs serviteurs, et leurs parasites.
Au-dessous la suburb. Des démons dans des caissons. Les mêmes !
Deux tyrans superposés, roulés dans les mêmes vagues de corruption et d’illusion.
Au milieu, les caves.
Les caves leur font peur. Les caves sont dangereuses. Les caves touchent le sol ! L’atmosphère ! Germes et toxines ! Et le terrible soleil.
Ils nous appellent « les Rats ».
Oui, je veux bien qu’on m’appelle : le Rat. »
Marquis ne s’est pas vaporisé, transféré ailleurs il réussi
à saboter la navette automatisée qui le transporte, pour échouer dans les
caves. Un environnement toxique,
dangereux, auquel il est totalement inadapté. Recueilli, soigné et mis au tapin
dans l’attente d’une opportunité de le négocier quelque part, marquis peut
reprendre sa musique. Son cri de rage trouve à nouveau une audience, un groupe
est formé. Leur influence réussit à pénétrer la suburb où ils pourront se
réfugier. A partir de ce moment, l’ambiance sexe, drogue et « rock
n’roll » redémarre de plus belle. Le nihilisme, le refus de la réalité
virtuelle et la douleurs de marquis surprennent, charment. Des groupes se
forment, la tendance se répand et dans l’ombre le mouvement est
instrumentalisé.
SUZA : Er, déjà à la base, c’était mordre et se faire mordre ; faire circuler les germes. Quand tu étais en environnement er, il pouvait se passer n’importe quoi. Il devait de passer n’importe quoi. Et çà, comme mentalité, c’est très dangereux, surtout dans un milieu aussi bouclé que la suburb. La suburb n’était pas un milieu viable.
Le mouvement musical devient politique, la révolte d’un
gamin, écorché vif, devient une révolution…
Catherine Dufour tranche résolument avec ce qu’elle a pu faire précédemment. Si vous avez trouvé « Quand les dieux buvaient » vulgaires , passez votre chemin ici c’est punk : on s’encule en couronne, se suce, s’automutile et se défonce en s’injectant tout et n’importe quoi dans les veines.
L’univers du Goût de l’Immortalité est devenu encore plus sinistre et aliénant, l’humanité survie et stagne, marquis sera l’électrochoc qui la réveillera. Pour narrer cette révolution punk qui ne se disparaît pas étouffée dans sa gerbe ou en publicité pour des téléphones portables (Iggy Pop était bien punk non ?), l’auteur retranscrit les témoignages des protagonistes de cette époque, parfois acides les uns envers les autres. Marquis, renfermé sur lui-même est quasiment absent de ces points de vues. Le texte a donc une allure de documentaire avec copyright en prologue (une réminiscence d’Appel d’Air ?) et générique de fin (avec date de décès pour certains individus)…
La technique est efficace, sans grande description, l’univers prend forme et son horreur se déploie insidieusement. Réussissant même à surprendre avec un twist ou deux, malgré les insinuations de ces personnages qui témoignent après les faits.
Un roman à part, alternant défonce nihiliste avec prise de conscience politique et évènements historiques. Les personnages sont sales, haïssables, opportunistes et sacrément tortueux pour certains.
Une fresque crépusculaire, amère, qui secoue très fort…
DELETION : […] L’espace réel – ça me fait peur. Parce que je suis agoraphobe, n’est-ce pas, comme tout le monde, mais – la race humaine est repartie pour coloniser tout ce qu’elle peut après s’être repliée sur elle-même pendant deux ou trois siècles et, si j’ai un peu compris le passé, j’ai pas mal de raison d’avoir peur. Pas pour moi, n’est-ce pas ? Pas pour nous.
Pour tout le reste.
Les fils du vent de Robert Charles Wilson

- J’ai vu ce type, ce matin.
Ces mots résonnèrent comme des coups de cymbales dans la paisible cuisine. Le réfrigérateur bourdonnait dans le silence. Dehors, les grillons stridulaient à tue-tête. Septembre déjà. L’automne approchait.
- On rentrait en voiture, dit Mike d’une voix monocorde. Quand on est arrivés sur Spadina Street, il était là, c’est tout, comme s’il attendait. Et il m’a vu. On était quatre dans la voiture mais il me regardait.
Il repoussa sa tasse, posa les mains à plat sur la table.
- Il m’a fait signe.
Karen ne voulait pas poser la question, mais celle-ci sortit d’elle-même :
- Qui ? Qui t’a fait signe ?
Michael semblait regarder dans le vide.
- Tu sais, maman. L’Homme en gris.
Karen, Laura, Tim, trois enfants détenteurs d’un pouvoir extraordinaire : celui de voir ou d’aller dans des mondes parallèles. Ce pouvoir terrifie leur père, qui semble déterminer à leur ôter le goût de l’utiliser à coup de ceinturon, mais aussi provoque la présence d’un inquiétant personnage tout de gris vêtu.
Les années passent et cette fratrie se disperse à peine arrivée à l’âge adulte. Karen se marie et donne naissance à Michael. Alors que son couple se sépare, l’Homme en gris refait son apparition autour de son fils.
Paniquée, sans véritable attache, Karen fuit avec Michael.
Elle renoue contact avec sa sœur cadette qui les emmène dans une réalité plus à
son goût. Laura révèlera à Michael, la teneur de son héritage et poussera ce
petit monde a retrouver Tim et enquêter sur leurs origines.
Le récit est agencé comme Darwinia, intercalant des interludes qui mettent en scène les antagonistes et révèlent les tenants et aboutissants de l’intrigue. Il peine un peu à démarrer, on est loin des Chronolithes et j’ai eu l’impression de lire l’ébauche de Mysterium (bien plus abouti). Par ailleurs, les personnages ne sont pas aussi travaillés que dans les autres romans.
Les fils du vent est un roman pas désagréable mais pas
totalement convainquant non plus, il manque quelque chose pour emporter
l’adhésion. Un Wilson mineur, malgré quelques évocations de l’Amérique de la
fin des années soixante.
- Des mondes, dit Laura. Tu ne crois pas que c’est ce que toute l’humanité recherche ? Un monde meilleur ? Tu sais, avant j’allais régulièrement au Haight de San Francisco, avec des copains. Et on y ressentait la même impression. Tu sais ce qu’il est devenu ce quartier, maintenant ? Un ghetto plein de gamins camés. C’est fini les belles idées. Oublié. Les autres sont tous partis… dans le désert, à Sonoma, dans l’Oregon. La vision a disparu. Alors je suis venue ici avec d’autres gens qui voulaient fonder une communauté, une façon de vivre ensemble plus créative… c’était ainsi qu’on parlait. Tu as vu la maison ? Une ruine. Jamie a fini par retourner chez ses parents, Christine est enceinte, Donald a préféré le Canada au Viêt-Nam et Jerry ne peut plus se passer de piqûre quotidienne. Alors fini, le beau rêve.
Karen n’en revenait pas. Drogue, piqûres, communautés. C’était d’un sordide…
- Pourtant, il ne faut pas que cela finisse. Parce que j’ai le pouvoir ; le phénoménal pouvoir de me balader en marge de la planète. Et je suis certaine qu’il existe un monde meilleur quelque part, qui ne s’embrouille pas dans les peut-être, pas un rêve, pas un de ces endroits dantesques que Tim ouvrait toujours.
Eifelheim de Michael Flynn

- Pas mal d’endroits ont été dépeuplé à ce moment là, non ? J’ai lu quelque part que le tiers de la population européenne avait péri.
Elle était sûre d’avoir trouvé l’explication. D’avoir repéré un détail que Tom avait négligé. Il suffit de tout ignorer d’un domaine pour s’en croire expert.
Tom n’était guère impressionné par cette percée.
- Ouais, fit-il d’un air machinal, sans compter le Moyen-Orient. Ibn Khaldun écrit… Enfin, bref, la population a mis deux cents ans à retrouver son niveau médiéval, mais tous les villages abandonnés durant l’épidémie ont fini par être repeuplés ou remplacés par de nouvelles unités situées à proximité. Vocë accredita agora ? Des gens ont vécu là pendant plus de quatre cents ans, et puis… plus personne.
Elle frissonna. A l’entendre, il ne s’agissait pas d’un phénomène naturel.
- L’endroit est devenu tabou, poursuivit-il. En 1702, le duc de Villars a refusé de mener son armée par ce col afin de rejoindre ses alliés bavarois.
Tom ouvrit une chemise en carton posée sur son bureau et en sortit un feuillet qu’il lut à haute voix :
- Voici ce qu’il écrit à l’électeur : « Cette vallée de Neustadt que vous me proposez. C’est le chemin qu’on appelle le val d’Enfer. Que Votre Altesse me pardonne l’expression ; je ne suis pas diable pour y passer. » Voici la route qu’il a refusé de prendre – celle du Höllental.
Du bout de l’index, il traça sur l’écran un itinéraire qui partait de Falkenstein pour gagner le pied du Feldberg, passant à proximité d’Eifelheim.
Enfin en 1348, Dietrich, le pasteur d’un village encore
nommé Oberhochwald, est confronté à l’arrivée accidentelle d’une expédition extra-terrestre.
Le prêtre est un esprit brillant, ami et confrère de Guillaume d’Occam,
contraint à l’exil suite à sa participation à de sanglantes révoltes paysannes
une dizaine d’années auparavant.
On avait dégagé un vaste espace circulaire dans la forêt, comme si un géant y avait joué de la faux. Partout gisaient des arbres effondrés. Au centre de cet espace se dressait un édifice blanc, aussi grand qu’une grange à dîme, avec sur ses façades des portes grandes ouvertes. Une douzaine de créatures venaient d’interrompre leurs activités pour se tourner vers Max et Dietrich.
Ce n’était pas des paysans sans terre, vit-il.
Ce n’étaient même pas des hommes.
Du côté des « Krenken », au choc de l’accident succède l’abattement de ne pouvoir réparer leur véhicule, la discorde quant aux mesures à prendre et enfin le désespoir de se savoir condamné à une mort lente du fait de l’absence dans ce monde d’une protéine vitale à leur métabolisme.
Même si les réactions humaines ne sont pas unanimes, le
roman est porteur d’humanisme et ce malgré les différences physique séparant
les humains des visiteurs. Ces derniers sont confrontés à un peuple qui
n’entend à la cosmologie et dont la religion leur apparaît comme un espoir
suite à une incompréhension initiale.
Eifelheim est un très beau texte, malgré la charge de désespoir qu’il porte, l’intrigue contemporaine est extrêmement réduite et ne sers que de prologue et d’épilogue, au moment important de l’intrigue médiévale. La représentation du Moyen-Age y est très honnête présentant à la fois la violence et l’obscurantisme que les innovations techniques (mécanique, optique…) et les pensées universitaires de l’époque.
La Nef des Fous de Turf

Et voila le septième et dernier tome de la Nef des fous, Terminus, est paru. Une page se tourne… (Cela dit ça fait une série terminée de plus ! Champagne !)

L’occasion de revenir sur l’intégrale de la série que j’ai relu avant de me jeter sur Terminus.
Eauxfolles est un royaume pour le moins étrange : les oiseaux n’y volent pas et sont des animaux d’ornements réservés à la princesse Chlorenthe, par le sinistre Grand Coordinateur Ambroise. Ce dernier brûle de désir pour elle et emploie le fou Arthur en dehors du royaume pour ramener des volatiles censés séduire la belle.
Mais Chlorenthe n’est pas le seul objectif d’Ambroise, il brûle de devenir roi. A la tête d’un trafic d’alcool de coloquintes, il compte bien renverser le gouvernement et se faire couronner.
Las tout se détraque à Eauxfolles, des créatures étranges surgissent des canalisations, des androïdes sont aperçus, deux policiers sont sur la trace des trafiquants d’alcool. Chlorenthe puis Arthur découvre le secret d’Eauxfolles et d’Ambroise, ils fuient alors dans un monde crépusculaire.
Peu à peu, il apparaît qu’Eauxfolles est un environnement artificiel dirigé par une entité non défini, le maître, représenté par un clown triste. Ce dernier envoie un androïde de dernière génération au secours d’Arthur et Chlorenthe, capturés par les indigènes vivant à l’extérieur de la nef. Ensuite, il tentera de remettre de l’ordre dans son univers en déliquescence, le sinistre Ambroise, son ancien contact dans la Nef, sera mis au pas à coup de harcèlements psychologiques, Clément XVII le souverain légitime libéré…
Il n’en reste pas moins que deux policiers continuent de fouiner partout découvrant l'ampleur des turpitudes d'Ambroise et nombre de secret d'Eauxfolles, qu’Arthur et Chlorenthe sont séparés à la surface et qu’Ambroise est coriace.
La Nef des Fous est à la fois sérieuse et déjantée, il règne sur cet univers une ambiance joyeusement folle tandis que les intrigues sont plus sombres. Les personnages sont bien secoués mais attachants…
L'univers extérieur est à la fois hostile et fascinant. A quoi correspondent toutes ses ruines ? Qui sont les créatures intelligentes qui s'y déchirent ?
Le trait est très agréable et le dessin regorge de clin d’œil. Un
univers bien secoué, une histoire alternant délire et tristesse, que demander
de plus ? La Nef des Fous est une excellente BD dans une ambiance SF des
plus baroques.
L’homme qui rétrécit de Richard Matheson

La dernière semaine.
Trois mots et un concept. Un concept qui avait pris naissance dans un éclair d’incompréhension avant de se transformer en cette horreur de chaque instant qui l’habitait à présent. La dernière semaine. Non, même pas ; la journée du lundi était déjà à demi écoulée ! Ses yeux s’égarèrent une seconde sur le morceau de bois marqué de traits au charbon qui lui servait de calendrier. Lundi 10 mars.
Encore six jours et il n’existerait plus.
Scott Carey est frappé par un mal mystérieux, il rétrécit de quelques millimètres tous les jours… Commencent alors pour lui la perte irrémédiable de tout son environnement : son emploi, ses relations avec son épouse et sa fille. Il devient aussi une proie pour un ivrogne pédophile, des adolescents brutaux, le chat, un moineau, une araignée…
Le récit met en scène Scott, prisonnier de la cave leur maison, luttant pour sa pitance quotidienne et chassé par une araignée. Dans ce décor familier mais cyclopéen, il oscille entre rage et déprime au fil de ses réminiscences.
A coup de flashback, le récit de son expérience est narré alternant avec sa survie quotidien dans la cave et l’affrontement inévitable avec l’araignée.
Comme il venait de passer sous les énormes pieds du portemanteau, il leva les yeux vers la falaise, et se demanda si l’araignée était là-haut. Oui, probablement, tapie au centre de sa toile, en train de dormir peut-être, ou de dévorer quelque insecte qu’elle avait tué.
Ca aurait pu être lui.
Il frissonna et reporta son regard sur le sol. Il ne
céderait jamais à l’araignée, aussi bas que puisse tomber son moral. C’était
une forme de vie trop étrangère. L’horreur et le dégoût qu’elle lui inspirait
étaient trop profondément enracinés en lui. Mieux valait ne pas y penser du
tout. Mieux valait ne pas penser qu’aujourd’hui l’araignée était aussi grande
que lui, son corps trois fois plus volumineux que le sien, ses longues pattes
noires aussi grosses que ses propres jambes.
Les situations sont extrêmement bien vues et variées. Scott n’est pas un super héros et certaines des tuiles qui lui tombent sur la tête sont de son propre fait, suite à ses colères récurrentes. Par ailleurs ses frustrations finissent par le conduire à des attitudes quelque peu malsaines.
Le roman se lit tout seul, les scènes avec l’araignée sont impressionnantes. Assez déprimant au premier abord, Matheson manie bien son récit pour que l’espoir persiste, quant à la fin elle est surprenante...
Un classique incontournable.
Meta rencontre ludique : samedi 28 février
Organisée plus d'un mois à l'avance afin de faire correspondre les disponibilités de tout le monde avec les vacances des enfants, cette journée a enfin eu lieu.
Etait présent par ordre d'arrivée : Nicolas, Jérôme, Laurent et Yann. Sophie nous a rejoint en soirée après le boulot...
Nicolas ayant amené la première édition de Condottiere, nous nous y sommes attelés. Le jeu est plaisant et permet quelques retournements de situation vu que c'est Nicolas qui l'a emporté alors que Laurent a largement dominé toute la partie. Par ailleurs cette partie a été très disputée toutes les villes ayant été conquises et plusieurs affrontements potentiellement décisifs ont eu lieu avant la fin.

Nous sommes passés ensuite au plus chaotique Mission Planète Rouge.

Yann s'y est brillamment illustré en jouant deux fois le voyagiste, coiffant au poteau Jérôme qui visait l'envoi du maximum d'astronautes, Nicolas de son côté a cumulé le plus de pertes sans qu'il y est véritablement de coalition contre lui, mauvais endroit mauvais moment...
Au final Yann et Jérôme ont terminé ex aequo avec 47 points, le troisième, moi même étant à 36 points...

A la demande de Nicolas nous avons testé Oui, Seigneur des Ténèbres.
Il s'agit là du croisement entre une partie d'Il était une fois et une partie de jeu de rôle. L'arbitraire du maître de jeu règne, tandis que les joueurs se tirent dans les pattes les uns des autres. Délassant mais pas convainquant.
Nicolas l'ayant amené, nous avons aussi testé Poker des Cafards.
Jeu délassant qui a occasionné une bonne crise de fou rire avec ma confusion initiale entre punaise et cafard.
Un petit jeu amusant qui permet de décompresser après un gros jeu.
En attendant le retour de Sophie du travail et le diner, nous avons lancé un petit Wanted.
Nicolas, hors la loi avec Laurent, s'est retrouvé coincé entre le rénégat, moi même, qui l'a allumé d'entrée de jeu et Jérôme, l'adjoint du shériff qui n'a fait montre d'aucune pitié après que Nicolas ai visé Yann, le shériff.
Yann a ensuite lancé une dynamite qui m'a pétée dans les mains. Encadré par le shériff et son adjoint, Laurent n'a pas fait long feu. Félicitations aux forces de l'ordre victorieuses.
Après diner l'heure ayant bien avancée, Nicolas nous a quitté. Nous avons terminé la soirée sur une partie de Chevaliers de la Table Ronde et son extension jusqu'à plus d'une heure du matin.

L'ajout de la Compagnie de Merlin accentue légèrement la difficulté mais surtout accroît la part d'aléatoire avec les interceptions possibles lors des déplacements et l'intervention salutaire de Merlin.
Le félon a (encore) été tiré par ma pomme mais cette fois seule Sophie m'a soupçonnée de quoi que se soit.
La partie a démarrée de manière exemplaire pour les loyalistes : récupération d'Excalibur et de l'armure de Lancelot avant de s'embourber quelque peu sur le Graal. Etant le possesseur de l'armure, j'ai pu orienté le jeu en ce sens d'ailleurs. Cette dernière n'a pu être résolue malgré la très motivante carte d'héroïsme posée dessus.
Devant passer inaperçu et ayant une rancoeur contre le dragon je suis allé l'affronter seul... Ayant posé sept cartes face à lui, je n'ai pu empêcher les loyalistes de venir lui faire son affaire.
Les brûmes d'Avallon ont durées toute la partie de même qu'une sorcière pénalisant les fausses accusations. Dans une tentative désespérée (et une mauvaise lecture des règles) j'ai accusé à tort Laurent, alias le roi Arthur, de félonie. La contre accusation a suivie et la partie s'est terminée avec l'arrivée de la douzième épée.

Las Jérôme alias Galahad avait posé la carte spéciale résolvant les ex aequo en faveur des loyalistes quelque temps auparavant... Victoire des forces du bien au terme d'une partie plaisante.
Vu l'heure et la fatigue de chacun nous avons terminé la soirée sur ma défaite dans l'infamie la plus totale...
Ouin ! Pourquoi c'est si souvent moi le félon ?
Une rencontre bien agréable malgré tout et nous essaierons d'en organiser une nouvelle aux prochaines vacances scolaires.







