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- Pas mal d’endroits ont été dépeuplé à ce moment là, non ? J’ai lu quelque part que le tiers de la population européenne avait péri.

Elle était sûre d’avoir trouvé l’explication. D’avoir repéré un détail que Tom avait négligé. Il suffit de tout ignorer d’un domaine pour s’en croire expert.

Tom n’était guère impressionné par cette percée.

- Ouais, fit-il d’un air machinal, sans compter le Moyen-Orient. Ibn Khaldun écrit… Enfin, bref, la population a mis deux cents ans à retrouver son niveau médiéval, mais tous les villages abandonnés durant l’épidémie ont fini par être repeuplés ou remplacés par de nouvelles unités situées à proximité. Vocë accredita agora ? Des gens ont vécu là pendant plus de quatre cents ans, et puis… plus personne.

Elle frissonna. A l’entendre, il ne s’agissait pas d’un phénomène naturel.

- L’endroit est devenu tabou, poursuivit-il. En 1702, le duc de Villars a refusé de mener son armée par ce col afin de rejoindre ses alliés bavarois.

Tom ouvrit une chemise en carton posée sur son bureau et en sortit un feuillet qu’il lut à haute voix :

- Voici ce qu’il écrit à l’électeur : « Cette vallée de Neustadt que vous me proposez. C’est le chemin qu’on appelle le val d’Enfer. Que Votre Altesse me pardonne l’expression ; je ne suis pas diable pour y passer. » Voici la route qu’il a refusé de prendre – celle du Höllental.

Du bout de l’index, il traça sur l’écran un itinéraire qui partait de Falkenstein pour gagner le pied du Feldberg, passant à proximité d’Eifelheim.

 Tom, est historien statistique, ses travaux ont attirés son attention sur un obscur point de la Forêt Noire qui n’a jamais été repeuplé suite à la pandémie de peste noire en 1349. Interloqué, il va s’acharner à réunir des documents pour élucider ce mystère. Pendant ce temps sa compagne, Sharon, une physicienne brillante, travaille sur une nouvelle représentation de l’univers… 

Enfin en 1348, Dietrich, le pasteur d’un village encore nommé Oberhochwald, est confronté à l’arrivée accidentelle d’une expédition extra-terrestre. Le prêtre est un esprit brillant, ami et confrère de Guillaume d’Occam, contraint à l’exil suite à sa participation à de sanglantes révoltes paysannes une dizaine d’années auparavant.

On avait dégagé un vaste espace circulaire dans la forêt, comme si un géant y avait joué de la faux. Partout gisaient des arbres effondrés. Au centre de cet espace se dressait un édifice blanc, aussi grand qu’une grange à dîme, avec sur ses façades des portes grandes ouvertes. Une douzaine de créatures venaient d’interrompre leurs activités pour se tourner vers Max et Dietrich.

Ce n’était pas des paysans sans terre, vit-il.

Ce n’étaient même pas des hommes.

Sa présence permet une rencontre du troisième type relativement paisible face à des extra-terrestres, aux abois et en détresse, rapidement qualifié de démons par une partie de la population. Commence alors à un choc culturel entre une société oscillant entre obscurantisme (on y lynche facilement les juifs) et un humanisme chrétien prôné par un prêtre éclairé et un seigneur féodal opportuniste. La présence des naufragés sera cachée aux environs durant quelque mois, leur secret étant par la suite emporté dans la tourmente de la peste noire qui approche…

Du côté des « Krenken », au choc de l’accident succède l’abattement de ne pouvoir réparer leur véhicule, la discorde quant aux mesures à prendre et enfin le désespoir de se savoir condamné à une mort lente du fait de l’absence dans ce monde d’une protéine vitale à leur métabolisme.

Même si les réactions humaines ne sont pas unanimes, le roman est porteur d’humanisme et ce malgré les différences physique séparant les humains des visiteurs. Ces derniers sont confrontés à un peuple qui n’entend à la cosmologie et dont la religion leur apparaît comme un espoir suite à une incompréhension initiale. 

Eifelheim est un très beau texte, malgré la charge de désespoir qu’il porte, l’intrigue contemporaine est extrêmement réduite et ne sers que de prologue et d’épilogue, au moment important de l’intrigue médiévale. La représentation du Moyen-Age y est très honnête présentant à la fois la violence et l’obscurantisme que les innovations techniques (mécanique, optique…) et les pensées universitaires de l’époque.