26 février 2009

Sept jours pour expier de Walter Jon Williams

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Bienvenue à Atocha et ses 41 églises. Le panonceau se dressait entre l’entrée de la ville proprement dite et la longue rangée de bars et de clubs installés au-delà de la limite séparant la commune du reste du comté. Les quarante et une église en question maintenaient la ville au régime sec depuis 1919, mais le comté autorisait la vente d’alcool dans les débits de boisson – la vente en gros était toujours illégale – et les kilomètres de route de montagne poussiéreuse séparant Atocha de la mine de cuivre étaient bordés d’établissements où les mineurs pouvaient dilapider leur paye avant même d’arriver chez eux.

Atocha quelque part au Nouveau Mexique entre Albuquerque et El Paso. Un coin aride typique avec sa réserve indienne et son champ d’atterrissage pour  ovnis. Ville minière sinistrée par la fermeture imminente de la mine dont les espoirs économiques reposent désormais dans le Laboratoire de Technologie Avancée, un centre de recherche en physique quantique, installé sur son territoire.

Loren Hawn n’est pas vraiment quelqu’un de sympathique, chef de la police d’Atocha, bigot et croyant en la justice dispensée à coup de crosse de fusil dans la gueule… Commence pour lui une dure semaine : gamins égorgeant des chats, petits malfrats braquant une épicerie, rixe d’ivrogne, trafiquants de drogue mexicain en maraude…

En conséquence de cette rectitude, la journée de pénitence du Grand Pardon juif s’était retrouvée multipliée par sept :la Sainte Eglise des Apôtres d’Elohim et du Nazaréen méditait sur ses péchés une semaine entière. Tout ce qui était digne d’être fait, estimaient les Apôtres, méritait de l’être convenablement.

La vie de Loren bascule définitivement quand un agonisant vient mourir dans ses bras…
 

Un mort franchit la porte.

Loren le regarda, effaré, le cœur battant la chamade, dans un éclair de recognition horrifié. La terreur se déversa dans ses veines comme de l’eau glacée.

L’homme avait dans les vingt ans. Il portait un blue-jean, des bottes de cow-boy en cuir brun éraflé, et une chemise western bleu pâle avec des pointes de col métalliques et des boutons nacrés.

Le mort tituba et s’effondra. Loren se précipita.

L’autre était tombé la tête la première. Une auréole pâle marquait sa poche revolver droite d’où sortait une boîte ronde de tabac à priser Copenhagen. Loren s’agenouilla, retourna l’homme et vit du vermillon sur l’hexagone de céramique sur lequel il gisait. Un filet de sang à demi coagulé s’écoulait de sa bouche.

« Loren. Bon Dieu. Aide-moi, Loren. »

Le mort lui rappelle furieusement une connaissance décédée depuis vingt ans dans un accident de voiture… Son enquête le conduit vers le centre de recherche, l’inconnu ayant volé le véhicule d’un physicien du site.Visiblement on lui cache quelque chose… Rapidement les évènements vont s’enchaîner et la situation dégénérée : avocat de la mafia mexicaine, plainte pour violence, lutte d’influence entre politicien, éco-terroristes et des évènements mystérieux ça et là…

« Encore une chose, ajouta-t-il. Ils ont également laissé l’étiquette d’identification. »

Cette étiquette qu’on s’attache au gros orteil des cadavres. Loren sentit des pieds glacés lui courir le long de l’échine. Jusqu’à ce dernier détail, tout cet épisode se cantonnait dans le domaine du burlesque, une histoire extravagante d’intrus se glissant en catimini à l’Institut médico-légal, balançant un cadavre sur leur épaule, s’amusant avec les fioles de formaldéhyde – tels les personnages d’un film d’horreur bon enfant. Désormais, tout était devenu inquiétant, sinistre, lourd de sens. Le spectacle d’agents de la C.I.A., silencieux, efficaces, lui traversa l’esprit comme une bande de chats noirs. Des agents de la C.I.A. Ou ces Hommes en noir auxquels croyaient les allumés des ovnis. Ou des Cybercops. Laisser l’étiquette d’identification… Des supermen invisibles avaient accompli ce forfait, et ils aimaient bien s’amuser.

 

Un bled du sud des USA, un flic pas franchement sympathique, Walter Jon Williams s’exerce ici au polar en y mêlant une bonne dose de hard science, le cocktail est réussi. On ne s’ennuie pas à suivre les pérégrinations de Loren et les surprises qui l’attendent. Une ambiance franchement réussie, un excellent moment.

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25 février 2009

Sept prisonniers de Mathieu Gabella et Patrick Tandiang

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Voici donc le dernier opus de la série 7 de Delcourt. Dans un futur hypothétique, une prison a été installée sur la lune, facilement accessible grâce aux ascenseurs spatiaux installés sur notre planète et son satellite. Lors d’une révolte, les prisonniers ont réussis à ce rendre maître des installations au sol de la prison, l’ONU n’a pas arrêté les livraisons de nourritures et de nouveaux pensionnaires pour autant… La prison se transforme en jungle.

Dans ce contexte, les prisonniers signalent une découverte exceptionnelle sur la Lune et demande à ouvrir des négociations avec le gouvernement. Ce dernier faisant la sourde oreille, un industriel sans scrupule décide d’exploiter la découverte à son compte, il sélectionne une équipe parmi les prisonniers du prochain chargement puis lui et un son complice intègrent la prison après avoir chacun commis un crime.

 

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Cette bande de crapule n’est pas reluisante et la confiance n’existe pas entre eux, Laroche Galouseau tient son monde d’une main de fer et n’hésite pas à sacrifier ses pions pour arriver à ses fins.

L’ambiance lorgne clairement du côté des séries B tant pour le contexte façon New York 1997 ou Absolom 2022, que pour les nombreux retournements de situation. Le seul point noir étant la fameuse découverte qui demande une bonne suspension d’incrédulité. Par contre son exploitation est intéressante…

Au niveau du trait, je regrette un manque de constance dans les visages des personnages, j’ai eu tendance à en confondre deux en quelques occasions.

Sans atteindre des sommets, Sept prisonniers est un très bon moment.

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La série étant terminée, je reviens sur chaque tome brièvement et par ordre de préférence :

 - Sept Missionnaires : sans contexte la meilleure, drôle, ironique avec un scénario exemplaire.

- Sept Yakuzas : un voyage dans la mafia japonaise efficace et une très bonne galerie de personnages.

- Sept Prisonniers : une série B bien maîtrisée avec un bel ensemble de crapules.

- Sept Voleurs : une histoire de fantasy assez plaisante même s’il y a beaucoup de personnages transparents.

- Sept psychopathes : pas très fan du trait mais certains des personnages sont excellents et le thème Seconde Guerre Mondiale est exploité sobrement.

- Sept guerrières : un scénario bof bof…

- Sept pirates : ben quand on fait une suite de L’île au trésor de Stevenson faudrait peut être voir à respecter les personnages, Silver est bien trop sympathique pour que cette histoire tienne la route.

Globalement la série 7 est plaisante, le contrat est rempli.

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20 février 2009

BD & Fantasy : Légendes des contrées oubliées de Chevalier et Ségur

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Trilogie datant de la fin des années 80, début 90, trois nains sont en quêtes du domaine d’Ewandor où réside leur nouveau roi. En chemin, le lîn Firfïn, une belle fripouille s’incruste dans leur groupe bien décidé à découvrir le pourquoi du comment de cette histoire abracadabrante. Devant aller dans les territoires hostiles du nord, ils recruteront le barbare akeï Morkaï, abruti particulièrement violent mais indomptable et fidèle au nain Noren.

Malheureusement pour les nains, la présence de Firfïn va attirer l’attention de son malfrat de frère tandis que la violence de Morkaï les contraindra à fuir en avant sans leur équipement et montures.

Pire Ewandor est une puissance et les nains se trouvent sur l'échiquier qui oppose ce dernier au sinistre Sîn. Hûrl, le bras armé de ce dernier est bientôt sur leurs traces.

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Le groupe éclatera, certains des personnages tombés dans les griffes de Sîn, seront retournés par ce dernier. Les autres seront les jouets d’Ewandor et de ses alliés.

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La source de cette histoire est une ancienne tragédie entre les puissances qui trouvera son dénouement sur le territoire nain.

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Dans ce récit, non manichéen, de simples mortels sont confrontés à des entités qui les dépassent et à leur conflit destructeur. Une fresque crépusculaire où tout tombe en ruine, la fin d’un monde… Bien manié, le récit prend de l’ampleur au fil des pages sans perdre de vue pour autant les motivations de la poignée de mortels initiaux. Un très bon moment.

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A noter que G E Ranne et Stéphane Bura ont écrit une encyclopédie de cet univers accompagné d’un jeu de rôle. L’encyclopédie, qui occupe les deux tiers du recueil, se présente sous la forme d’un récit de voyage d’un érudit, se lit très bien et justifie l’achat du recueil.
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19 février 2009

BD & Fantasy : La quête de l’oiseau du temps de Loisel et Letendre

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Série emblématique des années 80, elle mélange un scénario apparemment assez basique avec des personnages soignés et une conclusion surprenante. La sorcière Mara a découvert dans le grimoire des dieux, le moyen d’empêcher le retour du dieu maléfique Ramor, enfermé par ses pairs dans une conque. La libération de ce dernier doit intervenir dans neuf jours, aussi Mara charge t elle sa fille Pélisse d’embaucher le vieux chevalier Bragon. Ils devront mettre la main sur la conque et surtout sur l’oiseau du temps qui permettra à la sorcière d’obtenir le temps nécessaire au scellement du dieu maudit. 

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Bragon et Pélisse se mettent donc en route, rapidement leur chemin croisera celui de Bulrog. Ancien élève de Bragon, ce dernier passera progressivement du stade d’antagoniste à celui de protagoniste, un destin tragique magnifiquement narré. Arrivera aussi très rapidement, le mystérieux inconnu, maladroit et gaffeur mais ayant sauvé la mise du groupe en début d’aventure.

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Les obstacles sur leur chemin seront nombreux : peuple vénérant Ramor, prince sorcier n’ayant pas confiance en Ramor, l’étrange Fol maître du fleuve Dol et d’anciennes connaissances pas franchement amicales ou tout simplement le caractère orageux de Bragon et Pélisse.

 

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Tragédies, conflits, mesquineries, humour et grands sentiments. Les personnages sont très travaillés et évoluent beaucoup au cours de ces neuf jours d’aventures. Narrée sous forme de conte La quête de l’oiseau du temps est captivante. Au niveau du trait, au-delà des créatures étranges mise en scène, je trouve le trait de Loisel un peu inégal dans le premier tome, défaut mineur qui disparaît rapidement.

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La quête de l’oiseau du temps est un classique de la bande dessinée et son scénario est exemplaire. Aucun des personnages n’est négligé, tous ont une évolution et des choix à faire qui les changeront radicalement. Un classique à lire et relire avec bonheur.

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Micro rencontre ludique : mercredi 18 février

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A l'occasion de la présence de Yann chez nous, hier soir, nous nous sommes lancés dans une partie de Carcassonne à la préhistoire.  Nous n'avions pas pratiqué ce jeu depuis un moment et nous avons quelque peu manqué de mordant. Yann a donc réussi à prendre sa revanche, talonné par Sophie tandis que j'étais complètement dans les choux...

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Difficile de savoir si la chance influe beaucoup dans Carcassonne, autant le tirage de tuile est aléatoire que les possibilités d'utilisation sont nombreuses tant pour marquer des points que bloquer son adversaire. A force, on finit par connaître les configurations improbables à éviter ou à imposer à un adversaire. Le jeu est fluide et agréable, la soirée s'est déroulée agréablement...

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17 février 2009

BD & Fantasy : L’épée de cristal de Goupil et Crisse

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Histoire de changer un peu d’Hellboy et disposant d’un peu de temps, je me lance dans une relecture des séries de Fantasy en ma possession.

Je commence donc par L’épée de cristal de Goupil et Crisse, série datant du début des années 90. Au niveau du dessin le style de Crisse est agréable malgré une fâcheuse tendance à représenter les personnages féminins dans des vêtements, certes sexy, mais quelque peu en décalage avec l’univers. Le mythe de l’armure qui ne cache rien des charmes de la guerrière à encore de beaux jours, de même que celui de la magicienne sexy opposée au vieux mage.

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L’histoire démarre de façon classique et l’on se croirait dans un roman du couple Eddings. Le pays de la Corne Céleste est protégé du domaine des anthonomes, sur lequel règne le Néant, par un pentacle qu’il  faut régénérer tous les sept cents ans. L’Aneith, la gardienne actuelle du pentacle, arrive au terme de son existence. Pour démarrer un nouveau cycle, elle envoie Zorya, sa fille adoptive, réunir les maîtres des cinq sens pour accomplir un rituel au terme duquel elle deviendra la nouvelle gardienne.

Zorya est initié à tout ceci par le vieux sage Brisbane qui lui remet Beryl, lame déchue à qui il manque la pureté pour redevenir la mythique épée de cristal. A priori, restaurer la lame est impossible mais cela n’empêche pas le Néant d’être troublé par le fait de la savoir à nouveau manier.

Dans leurs pérégrinations les accompagneront Téome, le pupille de Brisbane ainsi que les jumeaux holguins Moha et sa sœur (peu vêtue, restons fidèle au poncif) Mokla.

 Le Néant de son côté dépêchera Argas, son propre pupille peu brillant.

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Une trame tout ce qu’il y a de plus classique mais qui se distingue rapidement par sa propension à mal tourner : alors qu’Argas est visiblement incompétent le maître de l’odorat est assassiné et Mokla gravement blessée dès le premier tome.

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Par la suite le jeu de massacre ne s’atténuera pas, le Néant entrant en scène mais s’amusant plus à semer le désespoir qu’à éliminer les protagonistes dont le nombre se réduit malgré tout. L'ambiance ne vire toutefois pas au cauchemar, l'humour ayant toujours sa place et la détermination de l'héroïne étant inflexible.

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Finalement Zorya réussira à restaurer Beryl et se lancera vers l’affrontement final pour un dénouement inattendu.

 

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La série se lit bien, mêlant drame et humour, le Néant est un « grand méchant » très théâtral mais dont le comportement est justifié. Les grands maîtres ne sont ni unis ni franchement recommandables. Le ton général est celui d’un monde en pleine déliquescence, la victoire du Néant semblant au final acquise tant les protagonistes même les plus secondaires ayant des comportements quelque peu douteux (Mokla et sa pratique vengeresse du vaudou).

 

Une bonne lecture, les poncifs dans le chara design des personnages étant corrigés par un solide scénario.
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16 février 2009

L’île au trésor de Robert Louis Stevenson

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Et voilà, suite au texte de Pierre Pelot, j’ai ressorti celui de Stevenson dans son édition illustré de 1981. 

Je me souviens de lui comme si c’était hier : je le vois encore s’avancer à pas pesants vers la porte, suivi d’un homme qui portait son coffre de marin sur une brouette. C’était un grand et vigoureux gaillard à la peau de couleur noisette ; sa queue enduite de goudron retombait sur le col de son habit bleu couvert de taches ; ses mains rugueuses couturées de cicatrices, avaient des ongles noirs et cassés ; la balafre en travers de sa joue était d’un blanc livide et sale. Il promena son regard autour de la crique tout en sifflotant, puis, d’une voix aiguë, cassée par l’âge, qu’il semblait avoir exercée en manoeuvrant le cabestan, il entonna cette vieille chanson de matelot que nous devions entendre si souvent par la suite.
 

Que dire ? L’histoire est connue et les personnages magnifiquement campés. Ils prennent vie les uns après les autres. Bien évidement, Silver est le plus travaillé de tous, on ressent tant la fascination que le dégoût que Jim Hawkins ressent pour lui à chaque retournement de veste.

Brute malfaisante, meneur d’homme, d’une intelligence aigue, le roman doit beaucoup à cet antagoniste hors norme.

Du point de vue de l’histoire, c’est vraiment l’aventure avec un grand A. Les rebondissements sont nombreux et ses pirates, abrutis d’alcool, n’ont rien d’enfants de cœur. La vie n’a que peu de valeur et les cadavres s’accumulent rapidement.

Une magnifique épopée haute en couleur qui se dévore comme un rien. Un grand classique. 

Si la conduite des hommes avait été inquiétante dans le canot, elle devint franchement menaçante quand ils furent remontés à bord. Ils traînaient ça et là sur le pont en grommelant entre eux. Ils recevaient d’un air furieux l’ordre le plus insignifiant, pour l’exécuter ensuite avec négligence et à contrecoeur. Même les marins honnêtes avaient dû se laisser gagner par la contagion, car il n’y avait pas un seul homme à bord qui valût mieux qu’un autre. De toute évidence, la mutinerie était suspendue au-dessus de nous comme une nuée d’orage.

Nous n’étions pas les seuls à percevoir le danger. Long John se dépensait sans compter, allant de groupe en groupe, prodiguant les bons conseils, offrant le meilleur exemple. Il se surpassait en bonne volonté et en gentillesse ; il était tout sourire pour tout le monde. Dès qu’on donnait un ordre, il sautait sur sa béquille, et répondait : « Bien commandant ! » du ton le plus jovial. Enfin, quand il n’y avait plus rien d’autre à faire, il entonnait une chanson après l’autre, comme pour cacher le mécontentement général.

De tous les éléments sinistres de ce sinistre après midi, l’anxiété manifeste de Long John était ce qu’il y avait de pire.

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15 février 2009

L’île au trésor de Pierre Pelot

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En pleine saison des ouragans, le Capitaine est apparu, comme si les vents déchaînés l’avaient jeté avec toutes sortes d’autres débris et épaves sur un des rivages de l’île. C’était pas loin d’être un fameux ouragan, lui aussi, d’une certaine façon. Deux huracanes pour le prix d’un.

Je crois que je me souviendrai toujours de son apparition comme si c’était il y a un instant seulement. A jamais gravée dans ma mémoire.

Dans les années 2010 – 2020, le réchauffement climatique va provoquer une brusque montée des eaux, déstabilisant nombre d’états,la Grande Surprise. Au cours de cette période troublée, des mercenaires et pirates vont se rendre indispensable à nombre de dictatures et de révolutions sans jamais perdre de vue leur propre intérêt. Le plus renommé d’entre eux était Flint.

 

Des années plus tard dans une île des Nouvelles Caraïbes, un certain capitaine Billy Bones débarque au Barraco où vit le jeune Jim Hawkins. Commence alors une aventure qui mènera le jeune homme aux confins de l’Amazone à la recherche du butin de Flint.

Du roman de Stevenson, Pierre Pelot n’a gardé qu’une trame vague, ne gardant que les personnages les plus emblématiques (Billy Bones, Silver, Ben Gun) après les avoir accommodés à sa sauce et quelques moment clés. On retrouve donc une partie de l’ambiance initiale sans pour autant suivre la même histoire. Les moyens du XXIeme siècle invalidant les problématiques du XVIIIeme. La transformation est réussie et l’univers dépeint par petites touches tient la route, même s’il n’est que le décors de cette aventure en quasi huis clos (l’intrigue se déroulant principalement en trois lieux : le Barraco, l’Hispagniola et le tepui servant d’île au trésor).

L’endroit n’était pas différent de dizaines, de centaines d’autres que nous avions traversés depuis notre départ de Mokem. Plus vaste, peut-être. Plus étendu. Davantage de surface de ciel gris suspendu au-dessus de nos têtes à la verticale de l’eau jaunâtre. Qui ressemblait davantage à un immense lac planté de bosquets imbriqués les uns dans les autres qu’à un fleuve. Les rides du courant, des courants, glissaient couraient et fripaient la surface. Les arbres étaient immenses, leur frondaison d’une épaisseur sans nom, hachée et zébrée de trouées plus ou moins importantes au travers desquelles on pouvait voir couler l’argent liquide du ciel et de la pluie. Où que porte le regard, c’était la même sorte de front de troncs plus ou moins serrés, de gueules de tunnels plus ou moins basses, plus ou moins visibles dans le fatras des lianes et des feuilles que traversait de loin en loin la tache colorée d’un oiseau. Je suppose que, sans l’aide d’instruments de navigation efficaces, il aurait été parfaitement impossible de se déplacer à l’œil et au pif dans ce dédale… sinon pour s’y perdre en moins de temps qu’il n’aurait fallu pour le dire.

Plus qu’une transposition, les scènes reprises de Stevenson vont plus l’effet de clin d’œil, les causes n’en étant généralement pas les mêmes. Quoi qu’il en soit, le roman de Pelot est très bien écrit et se lit tout seul avec plaisir. La seule fausse note à mon goût est la résolution quelque peu rapide de la fin, tenant quasiment du Deus Ex Machina.

Savant croisement entre anticipation et aventure,  il n’est donc pas totalement convainquant sur la seconde, malgré la moiteur de cette jungle impénétrable, il manque peut être quelques péripéties pour constituer une aventure avec un grand A. Distrayant, ne trahissant pas l’ambiguïté de Silver et assez dépaysant, ce roman constitue un bon moment.

Il m’a donné envie de me replonger plus de vingt après ma première lecture dans le roman de Stevenson.

Billy Bones a été le premier homme que j’ai vu mourir, comme ça. J’étais là devant lui à attendre qu’il dise encore quelque chose, un mot, qu’il fasse encore quelque chose, un geste, et ses doigts se sont détendus, ils sont restés ouverts et la dernière seconde est passée. Les suivantes, autour de lui, sans lui…

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13 février 2009

Hellboy : Le cercueil enchaîné de Mike Mignola

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Recueil d’histoire courtes s’insérant avant les deux premiers tomes, sauf  Le cercueil enchaîné et Les loups de Saint Auguste qui s’insèrent juste après Les germes de la destruction et Presque Colosse qui complète Au nom du Diable en reprenant les intrigues non résolues de cette aventure.

Dans l’ensemble, ces histoires sont de bonnes factures, Hellboy est confronté à l’échec, au doute ou à des situations rigolotes, comme dans Le Cadavre. La seule fausse note est la très courte nouvelle Bottes de Fer qui ressemble plus aux teasers se trouvant à la fin du premier tome qu’à une véritable aventure.

Les ambiances sont encore une fois variées d’une histoire à l’autre et le mélange des genres est évité. Un recueil très plaisant.

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11 février 2009

Le soleil noir de la puissance 1796 – 1807 de Dominique de Villepin

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Le consulat aurait du adopter comme devise : « Unité, Egalité, Propriété » tant le respect religieux pour l’égalité civile va de pair avec une défense de la possession privée, le seul vecteur d’ordre et de distinction pouvant permettre de bâtir une élite héréditaire sur les décombres de l’ancienne. Comme la souveraineté du peuple, cet autre pilier fondateur de la France nouvelle souffre pourtant d’une ambiguïté initiale, résultant des conditions dans lesquelles les biens nationaux ont été mis en vente. Il s’agit ni plus ni moins de théoriser les bienfaits de l’hérédité de transmission à partir de sa violation, via la dépossession sans contrepartie des biens des émigrés et du clergé. Comme Brumaire pour Bonaparte, la nouvelle société s’appuie sur un coup d’Etat fondateur et souffre d’un déficit augural de légitimité, créant un fort sentiment de précarité chez les nouveaux possédants. C’est pourquoi l’inviolabilité de la nouvelle propriété n’a cessé d’être officiellement proclamée. 

Du début de sa fulgurante ascension jusqu’aux victoires militaires et diplomatiques équivoques d’Eylau et Tilsit, de Villepin retrace le parcours de Bonaparte en portant un soin particulier à décrire la situation politique du moment, à travers les écrits des écrivains et politiciens de l’époque.

Fin de la Terreur, Directoire, Consulat puis Empire, le bourbier politique est minutieusement décrit ainsi que l’opportunisme politique de Napoléon et le flair qui lui permet d’arriver au pouvoir. La description du personnage semble objective tant lors du coup d’Etat fondateur maladroit que les succès du Consulat. La dérive totalitaire et la fuite en avant militaire est bien mise en évidence de même que le changement d’attitude de l’Empereur.

Je ne connaissais cette période que de manière fragmentaire et ce livre a le mérite de tout remettre dans l’ordre. La thèse de Villepin est soutenue avec adresse et les lourdeurs de style ne sont à déplorer qu’en début de l’ouvrage (appelé Rousseau, Jean Jacques et Robespierre, Maximilien pour éviter des répétitions dans la même paragraphe ça me dérange un peu).

Le soin apporté à la situation politique et diplomatique permet de bien comprendre les enjeux militaires ainsi que des inimitiés mortelles qui suivront.

Ce premier volume ne porte donc que sur les succès de Bonaparte, la chute faisant l’objet d’un livre séparé.

Une lecture un peu difficile au début tant les citations sont nombreuses mais au fil des succès du personnage, Villepin trouve son rythme et la seconde moitié passe très bien et l’ensemble constitue au final une bonne synthèse. 

La dialectique infernale entre la gloire et la chute piège déjà l’Empereur. Il n’y a pas d’entente possible entre l’Europe et l’Empire comme il n’existe pas de synthèse durable entre l’hérédité et la passion égalitaire. Usurpateur de la Révolution pour les républicains et de l’Ancien Régime pour les royalistes, le « parvenu couronné » vit en permanence sur le fil du rasoir, obligé à un dangereux numéro d’équilibriste qui le précipitera dans le vide à la première fausse manœuvre. Toute pause, toute concession risque d’agiter les ambitions et de l’obliger à lâcher du lest. Justifiée par la peur, la dictature ne peut logiquement survivre qu’en suscitant de nouvelles peurs. Ayant soigné les maux intérieurs, elle doit en conséquence faire dériver l’angoisse vers les champs de bataille, puiser dans la guerre cette légitimité de relais qui lui donnera les moyens d’accroître son emprise de fer. L’insécurité consulaire trouve ainsi son prolongement naturel dans la conquête. Elle présente l’avantage de donner un second souffle à l’épopée de la Grande Nation en exportant le virus révolutionnaire, tout juste contenu en France, dans l’ensemble du continent ; elle maintient l’armée en activité, ranime l’ambition des généraux et leur évite de succomber à la tentation du complot. Sauf qu’en élargissant son cadre, de la France à l’Europe, le jeu devient encore plus complexe, donc dangereux. Il lui faut maintenant gérer la psychologie des peuples, les rivalités entre les puissances, connaître les forces et les faiblesses de chaque Etat, trouver le juste milieu entre force et séduction tout en veillant à conserver le soutien de son peuple. Le défi semble d’emblée impossible à relever.

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