L’Accroissement mathématique du plaisir de Catherine Dufour

Et voici enfin le recueil de nouvelles de Catherine Dufour,
au sommaire vingt nouvelles dont sept inédites. Un programme très varié allant
de la réécriture de mythe de manière jubilatoire à de jolis textes
mélancoliques.
Il mit des étiquettes sur le fleuve d’eau savonneuse qui
ballottait ses pensées (Psychose, Traumatisme) et quand il en vint à la
conclusion qu’il tournait au serial killer, il rigola pour la première fois
depuis des mois.
Le recueil s’ouvre Je ne suis pas une légende, une
réécriture, made in France, du roman de Matheson. A la différence de ce dernier
(faudra que le sorte de ma pile pour comparer tiens) , le protagoniste est un
type ordinaire tendance loser, l’anti-héros parfait. Quand l’humanité est
remplacée par des vampires et qu’il se retrouve seul au monde, il sombre. Un
roman jubilatoire qui dynamite joyeusement, et avec une pointe de cynisme, le
mythe du héros avec un grand H.
Il eut une fois, une seule, le courage d’aller voir. Dans
une cave. Après tout, nécrophile, c’était bien aussi pire que serial killer et
il mourait d’envie de toucher de la chair. Même froide. Il voulait trouver une femme.
Ou mieux, une petite fille. Pédonécrophile, ça c’était de l’aventure. Il se demanda,
en descendant marche après marche un escalier noir de salpêtre, s’il la violerait. Il n’avait jamais fait ça. Mais il avait essayé tous les trucs de tous les sex
shops, ceux qu’on enfile et ceux qui s’enfilent, et lui fallait autre chose.
Suis, Le sourire cruel des trois petits cochons, que de
passe t il quand les objets de vos rêves sont introduits dans le monde réel et
comment les stopper. Un texte très agréable avec une chute rigolote, encore
plus d’ailleurs à la lecture de la postface.
L’Immaculée conception, bouscule l’imagerie niaise qui
entoure la grossesse.
Les deux dont j’ai été témoin m’avaient donné un avant goût
(de gerbe et de sang) mais Catherine Dufour va encore plus loin. Jamais plus je
ne pourrai regarder une illustration avec une femme enceinte souriante sans
penser à cette nouvelle. Tout simplement excellent.
Vergiss mein nicht et La Lumière des Elfes sont des textes
mélancoliques très agréables. L’un sur les changements apportés par
l’urbanisation et l’industrialisation de notre environnement, l’autre sur la
nature du génie artistique.
Rhume des foins, Le jardin de Charlith, Mater
Clamorosum et Confession d’un mort (hommage à Poe pour ce dernier) continuent
dans la veine mélancolique, avec une petite pointe de fantastique. Tous sont
très agréables et se lisent tout seul.
Valaam narre une excursion en Russie pour faire main basse sur une icône qui ne se déroulera pas exactement comme prévu. Point de fantastique ou de SF mais une évocation de la Russie des années 90.
Le Cygne de Bukowski narre un voyage aux Etats-Unis, trajet
en voiture escorté par des champs de maïs à perte de vue, YMCA miteux. Ne
connaissant pas Bukowski, je pense être quelque peu passé à côté de ce texte.
Kurt Cobain contre Dr. No est sympathique, une manière
originale de faire la biographie du chanteur de Nirvana.
Une troll d’histoire, de pure fantasy avec des trolls
apprentis pirates et une sirène, ne pas laissé une grande impression, ça se
laisse lire sans plus. C’est à mon avis le point faible du recueil.
Dans La Perruque du juge et Le Poème au carré, c’est
respectivement Peter Pan et Alice aux Pays des Merveilles qui sont évoqués. Le
premier est jugé par un tribunal et condamné de manière assez jubilatoire
tandis que la seconde entame un nouveau voyage encore plus halluciné que les
précédents.
Le recueil se concluent sur d’excellent texte de SF : L’Accroissement mathématique du plaisir, La liste des souffrances autorisées, L’Amour au temps de l’hormonothérapie génique, Un soleil fauve sur l’oreiller et Mémoires mortes.
Un point de vue sombre sur notre futur et ses dérives
possibles mais surtout cinq excellents textes, parfois sombres ou simplement
ironique pour deux d’entre eux (La liste des souffrances et le soleil fauve),
indispensables !
Catherine Dufour signe ici un excellent recueil avec donc
une seule petite fausse note mais surtout beaucoup de superbes textes et ce
quelque soit le genre où elle s’essaye. J’en suis définitivement un
inconditionnel.
Merci M’dame.
Je pense aux tableaux de Settbon, que j’ai vus et qui sont perdus, et ça me coupe la respiration. Je pense aux autres qui sont perdus et que je n’ai même pas vus, et je n’arrive pas à seulement mesurer l’ampleur de ce qui me manque – des constellations, des univers entiers !
Combien de fois la beauté du monde a-t-elle tourné en eau au fond d’une cave ? Je n’en sais rien mais je sens derrière mon front un poids très noir, depuis ce soir où j’ai appris que la lumière des elfes qui nous avait été donnée ne brille plus nulle part.
Les extrêmes de Christopher Priest

Teresa Ann Simons est agent du FBI, son époux aussi. Appelé sur une affaire de forcené au Texas où il enquêtait, il devient la dernière victime du fou meurtrier. Pour faire son deuil, Teresa bénéficie d’un congé pour se remettre. Au cours de celui-ci, elle apprend qu’un autre forcené a sévit le jour même de la mort de son mari à Bulverton, en Angleterre.
Fascinée par ce fait, elle se rend sur place et commence à reconstituer les faits. Elle apprend ainsi que l’assassin, Grove, a utilisé des services de réalité virtuelle, les extrêmes, le jour même de son périple mortel.
Les extrêmes ne lui sont pas inconnus, vu que le FBI utilise des reconstitutions de massacre « commerciale » pour entraîner son personnel. C’est à partir de là que tout dérape, Teresa est submergée par les possibilités offertes et tentent de trouver la limite de ses réalités virtuelles. A force de s’y immerger, elle en vient à confondre souvenirs réels et expériences tirées des extrêmes.
Sa dépression la fait elle hallucinée ou a-t-elle des
souvenirs d’un extrême qu’elle n’a pas encore testé ? Est elle responsable de
l’efficacité meurtrière de Grove ? A quoi sont dues les incohérences dans
son parcours ? Pourquoi as-t-on retrouvé dans la voiture de Grove un double
de ses armes ? Pourquoi cela est il arrivé le même jour que le massacre du Texas ? Y a t il un lien entre les deux évènements ?
Christopher Priest joue ici avec le concept de réalité et la pertinence des souvenirs. Les ExEx sont plus vrais que nature, on y fait plus attention aux détails au point de se demander quel est le véritable monde. Sa plume est toujours aussi efficace et on est rapidement aussi perdu que Teresa. Le thème semble assez sinistre mais il y a suffisamment d’alternance avec des expériences plus légères pour que le tout passe bien. Un très bon roman, légèrement moins brillant que La Séparation mais qui mérite tout de même le détour.
13 septembre : Soirée test Agricola
C'est donc hier que quelques courageux se sont réunis tardivement pour tester Agricola. Les conditions n'étaient pas optimales, Frédéric nous ayant épuisé la nuit précédente avec son tout premier rhume qui l'empêchait de dormir.
Yann, Jérôme et Nicolas faisaient office de joyeux pionniers. L'oasis et le cocktail framboise banane coulaient à flot pour ce drame pastoral.
Premier constat.
A cinq le matériel est employé au maximum et il n'est plus question d'avoir un joli plateau pour stocker la réserves de pions. Les cartes supplémentaires sont assez méchantes, les plaies d'Egypte (blocage des naissances pendant deux tours par exemple) pouvant pleuvoir dans ce qui me semblait à la base un jeu paisible.
Malgré le nombre d'action supplémentaires disponibles, il est difficile de réunir des ressources quand on est aussi nombreux, la pénurie est constante.
Au cours de cette partie Nicolas, Yann et moi même nous somme nettement détaché du peloton. Malheureusement pour eux, leur économie basée sur le pain ne leur a pas donné suffisamment de souplesse dans leur gestion pour tenir le rythme. En fin de partie leur stock de céréales a été réduit à la portion congru pour Yann et à néant pour Nicolas. Sophie est revenue dans la partie de manière assez spectaculaire en étant la première a se doter d'une nouvelle personne et ce malgré le fait qu'elle a longtemps jouée en dernier.
Pour ma part, un savoir faire me permettait d'encaisser un point de nourriture à chaque fois que quelqu'un cuisait du pain, ce qui a du arriver six fois dans la partie, a bien marqué les esprits et m'a fait gagné beaucoup de tours.
L'ordre d'arrivée est finalement le suivant :
Premier moi même avec 33 points (deux cases de cour inutilisées)
Second Yann avec 31 points (une case de cour inutilisée)
Troisième Sophie avec 29 points (cinq cases de cour inutilisées)
Quatrième Jérôme avec 22 points (cinq cases de cour inutilisées)
et bon dernier Nicolas avec 21 points (deux cases de cour inutilisées)
Un score assez serré et la confirmation qu'il est très difficile d'identifier le joueur le plus avancé avant le décompte final, je croyais personnellement que Nicolas terminerait dans le trio de tête.
Avec un peu plus d'expérience les parties seront sans doute plus acharnées.
Cela dit il me semble difficile d'organiser une nouvelle réunion à cinq avant la fin de l'année du fait des disponibilités de chacun.
Bah avec Sophie nous continuerons de multiplier les parties à deux, c'est plus convivial que d'être planté devant la télé ou chacun sur son écran.
Tout ceci nous avait toutefois amené à une heure du matin. La fatigue de la semaine a frappée et c'est seulement Yann, Jérôme et moi même qui avons continués avec une catharsis qui s'annonçait violente sur Mission Planète Rouge.

Tous pleinement expérimenté, nous avons du toutefois limiter notre soif de sang du fait de la dimension plus stratégique du jeu à trois joueurs.
Yann a toutefois eu un tour à vide de mon fait, nous jouions tout deux l'agent secret et j'ai eu la chance de la préséance : toutes les fusées ont décollées avant son tour. Même avec le voyagiste, il n'a pu revenir dans la partie car sur Mars, il a été la principale victime des vols de majorité.

Deux agents secrets, une vamp et deux militaires en tout, la partie a été très calme avec seulement trois pions d'éliminer (dont deux des miens).
Au final seul Jérôme a réalisé ses objectifs et remporté une victoire écrasante, nette et sans bavure avec plus de 60 points contre une trentaine pour Yann et une quarantaine pour moi même.
Une excellente soirée que j'espère pouvoir renouveler d'ici la fin de l'année et ce malgré les contraintes qui s'accumulent sur cette période.
Merci à tous pour cette soirée réussie.
Ganesha, Mémoires de l’homme –éléphant de Xavier Mauméjean

Quelqu’un a dit que, si un dieu disparaît, on le retrouve à
Londres. J’ai moi-même rompu des liens imposés par la naissance pour venir y
échouer, comme le ferait un navire dans la mer des Sargasses, contraint tout
d’abord par la molle captivité, puis retenu par cette seconde nature qu’est
l’habitude. Je ne suis pas le seul à avoir fait ce choix et, du temps où je
pouvais sortir la nuit, il m’arrivait parfois de croiser Protée. Jadis, ce
petit dieu grec pouvait changer de forme à volonté. Son insatiable curiosité le
poussait à espionner ses pairs qui, excédés, finirent par réclamer justice à
Zeus. Le souverain de l’Olympe accueillit les doléances puis rendit sa justice.
Il transforma Protée en sable mouvant, lui interdisant ainsi de se solidifier.
D’une certaine façon, sa condition devint l’inverse de la mienne, si
désespérément matérielle, mais nos esprits pensaient à l’unisson. Tout comme
moi en venant à Londres, Protée en adopta les usages, et tira profit de son
état. Il devint marchand de sable, collectionnant les yeux des dormeurs afin
d’observer leurs songes. Ainsi, Protée continue-t-il d’exercer son vice, mais
ne m’a jamais tourmenté. Rends-moi service, Sandman, arrache les yeux de ceux
qui m’étudient ou m’espionnent.
Dans ce roman, Xavier Mauméjean, s’empare de Joseph Merrick, plus connu sous le nom d’Elephant Man et pose le postulat suivant : Et si Merrick était l’incarnation du dieu hindou Ganesha ? Ces difformités étant le résultat de son caractère divin.
Dans cet optique, il nous entraîne dans le journal intime de Merrick, son quotidien nous est dévoilé de même que son influence sur Londres qui croît suite à son aide dans la résolution d’une série de crime.
Mauméjean rend bien l’Angleterre victorienne et le quartier londonien de Whitechapel. Dans cette misère urbaine, les déments criminels abondent et la sagacité du dieu éléphant sauve quelques vies au fil de quatre saisons. Chacune d’entre elles est d’ailleurs introduite par une illustration assez subtile.
Cerise sur le cadeau, on évite une énième adaptation autour de Jack L’Eventreur, les intrigues sont d’ailleurs bien différentes.
Le style est très fluide et se lit très agréablement. Aux
enquêtes se mêlent les réflexions de Merrick sur le monde qui l’entoure,
lui-même, son passé de phénomène de foire.
Une belle allégorie sur la fin d’une époque avec l’arrivée du monde moderne et scientifique, la fin des mythes. Un récit tout aussi brillant que La Vénus Anatomique, mais beaucoup plus accessible, que l'on dévore rapidement.
Mauméjean entre finalement dans mon panthéon personnel et
l’on se retrouvera bientôt pour parler de Liliputia.
Quand je serai mort, je veux que l’on m’enferme dans une
bouteille géante. Dans ma bonbonne remplie d’alcool, les pores enfin saturés
d’ivresse je flotterai, pour la postérité. Plus tard, lorsque le dernier étudiant
aura assisté à l’ultime leçon d’anatomie, on balancera le flacon à la Tamise. Roulant sur les vagues, je confierai mon message à l’océan et finirai échoué sur une
plage, attendant mon libérateur.
Je n’exaucerai pas ses vœux.
Les années fléaux de Norman Spinrad

Recueil composé d’une nouvelle et de deux novella,
initialement parues en 1988 où Spinrad étale son horreur de l’administration
Reagan et ses craintes quant au devenir de l’Amérique.Chaque texte est préfacé et replacé dans son contexte par
l’auteur.
Commençons par Chair à pavé où une garde du corps, ex
zonarde, traque le sans abri qui s’est emparé du chien de son employeur jusque
dans les tréfonds les plus sinistres d’un New York futuriste sordide. Un texte
très efficace et prenant qui n’empêche pas de s’interroger si on ne suit pas
une pente menant à cette société apocalyptique.
Vient ensuite Chroniques de l’Age du Fléau, une évocation du
SIDA, de son évolution dans une Amérique puritaine et l’attitude des grands
groupes pharmaceutiques. Un tour d’horizon d’un monde frustré à travers le
regard d’une poignée de personnages. Une critique impitoyable de la
bondieuserie de certains…
Le dernier texte, La vie continue, est plus réjouissant. Il
met en scène un Norman Spinrad, en exil à Paris pour échapper à une
administration américaine totalitaire. Fondateur d’un journal contestataire,
épine gênante pour les USA, il sera approché par un agent d’Hollywood chargé de
le neutraliser en douceur pour le compte de la CIA. Louvoiement entre agents russes et américains, sexe et rock n roll, amertume de l’exilé, un
texte jubilatoire dont le ton plus léger tranche avec les deux précédents.
La plume de Norman Spinrad est toujours aussi acide et percutante, ces textes n’ont pas pris une ride. A lire.
Cette crédille qui nous ronge de Roland C. Wagner

Cette crédille qui nous ronge marque un tournant dans
l’estime que j’accordais à Roland C. Wagner car là il a réussi à
m’enthousiasmer avec une novella qui a pas mal d’accents vancien tout en
conservant son ton francophone.
Cette planète est assez atypique car le règne animal terrestre
ne compte aucun carnassier, point de prédateurs pour les nombreux herbivores,
du moins jusqu’à l’arrivée de l’homme.
Les colons d’origines ethniques diverses se caractérisent
par un fort penchant pour le régime végétarien. Ce qui n’est pas sans causer
des problèmes avec les omnivores et une faction radicale de carnivores.
Au moment où Quartz B, sauveur employé en tant que garde du
corps auprès de l’ambassadeur terrien venu arbitrer ce conflit, émerge de son
sommeil cryogénique de 15 ans il découvre avec stupeur que la crise est sur le
point d’atteindre son paroxysme et que son employeur est mort dans un accident
depuis deux mois.
Trimballé sur un monde qu’il ne connaît pas, où le langage à quelque peu dévié du fait de l’isolement (un navire met quinze ans pour aller d’ Océan à la planète mère), entre des officines obscures et des gouvernants sournois, Quartz B sera chargé de régler ce conflit.
Pour couronner le tout, il découvre à son réveil qu’il a été
amputé d’un bras et qu’on lui a greffé une prothèse cybernétique dernier cri,
inaccessible aux communs des colons.
En à peine cent trente pages, Roland C. Wagner plante
efficacement son décor et mène son intrigue tambour battant. L’ensemble est
jubilatoire et attachant, une grande réussite.
Roland C. Wagner m’a finalement convaincu, à mon prochain passage à Scylla (pour la séance dédicace de Catherine Dufour) j’achèterai les deux tomes des Futurs Mystères de Paris que j’ai déjà évoqué précédemment.
