02 juillet 2008
Panique à l’université ! de Neal Stephenson

Ce qu’elle faisait également pendant ses cours d’anglais
pour débutant, étant donné qu’elle avait eu une licence ès lettre avec mention.
Elle avait commencé à se douter que quelque chose clochait
au milieu de l’été, quand le logiciel d’organisation des cursus l’avait
inscrite à ces cours en précisant qu’il s’agissait d’une obligation qu’elle
n’avait pas satisfaite au cours de sa première année. Dès son retour, à
l’automne, elle s’était adressée à un conseiller d’orientation.
« Ecoutez, je connais tout ça par cœur. Qu’est-ce que
je fiche parmi les débutants ? »
L’homme copia les codes imprimés par l’ordinateur puis
chercha la signification dans un énorme lexique.
« Ah ! N’avez-vous pas un parent né à
l’étranger ?
- Ma belle-mère est originaire du Pays de Galles.
- Ca explique tout. » Il pivota vers elle et adopta une
attitude corporelle destinée à traduire de la franchise et une grande ouverture
d’esprit. « Toutes les statistiques démontrent que les enfants d’immigrés
ont plus de difficultés à s’exprimer que les autres. »
Une université moderne, à l’architecture démesurée coincée
entre deux voies rapides. Un système administratif absurde, un système de
financement obscur, des enseignants déconnectés de la réalité, un personnel d’entretien
monomaniaque. Les étudiants ne sont pas épargnés, la majorité est grégaire avec
des coutumes criminelles : fraternité ineptes de drogués, groupes
politiques ou religieux à l’activisme ridicule, joueurs de jeu de rôle
pataugeant dans les égouts…
Telle est la Mégaversité Américaine,
dans ce décor Neal Stephenson règle son compte au système universitaire, de
manière parfois drôle mais le plus souvent cynique et cruelle, personne ne
trouve grâce à ses yeux, l’anarchie règne.
Ce faisant, il distille en chemin quelques concepts plus ou
moins farfelus ici ou là. Ces derniers prendront tous leur importance quand
l’université se dirigera résolument vers une apocalypse inéluctable.
Un ensemble joyeusement chaotique tant dans le contenu que la
narration mais toutes les pièces s’imbriquent dans les autres pour le grand
final qui accordera une belle part au ventilateur ornant la couverture du
roman.
Résolument déjanté, le premier roman de Neal Stephenson se
dévore rapidement et avec délectation.
Tu te trompes. Le Plex n’y est pour rien. La conduite des gens n’est pas dictée par le milieu où ils vivent. Ils sont responsables de leurs actes. Personne ne les a contraints à s’abrutir devant la télé au lieu de mettre leurs méninges à contribution à l’époque où ils allaient au lycée. C’est librement qu’ils ont décidés d’opter pour les cours les plus faciles et de boire de la bière plutôt que d’essayer d’étendre leurs connaissances. C’est sans raison valable qu’ils ont renié tous leurs idéaux pour devenir des salopards intolérants au lieu de garder l’esprit ouvert, et qu’ils ont finalement suivi leurs potes pour faire avec eux des trucs innommables. Non, nuire à son prochain n’est jamais fortuit.