25 avril 2008
Jhereg de Steven Brust
Nous étions tous amis. Morralan portait Sceptre-noir, qui avait jadis tué mille hommes sur la muraille du tombeau de Baritt. Aliera portait Trouve-voie, dont on affirmait qu’il avait servi un pouvoir plus haut que l’Empire lui-même. Sethra portait Flamme-de-glace, qui renfermait en son sein toute la puissance du Mont Dzur. Quant à moi, je me portais plutôt bien, merci.
Vlad Taltos est un être atypique, un humain vivant parmi les
Dragaeran mais se singularisant en en s’attachant aux méthodes humaines
orientales. C’est en tant qu’assassin qu’il a trouvé sa place dans cette
société, associé à la
maison Jhereg.
Après une introduction un peu poussive mais habile dans la
présentation de l’univers, l’intrigue démarre. Un ponte de la Maison Jhereg charge
Vlad d’un assassinat urgent. Las, la situation dégénère rapidement quand il
s’avère que la cible est l’invité de Morralan, un noble Dragaeran de la Maison Dragon, très
à cheval sur l’honneur et le havre qu’il accorde à ses invités, et pour compliquer
le tout ami personnel de Vlad Taltos. Très vite cette mission à haut risque se complique encore plus en
présentant le risque d’une guerre civile…
Des dragaerans dont l’espérance de vie se compte en milliers
d’années, de la magie très répandue et puissante, résurrection et téléportation
font partie du quotidien : l’univers de Brust est original et bien
présenté par petite touche.
Personnellement, je n’ai pas accroché énormément à cet
ensemble même si Vlad Taltos est un héros original, loin de l’omnipotence qui
semble régner dans ce monde.
Un roman un peu lent au démarrage suivi d’une intrigue mené tambour battant. Une expérience pas désagréable mais sans plus.
20 avril 2008
Celui qui bave et qui glougloute de Roland C. Wagner

La peur est en train de nous pousser à rechercher l’aide d’insectes géants capables de traverser l’éther qui sépare les astres ; souhaitons que cela ne se retourne pas un jour contre nous.
Le génocide indien suivait son cours quand voilà que ces
derniers se voient doté d’armes à énergie et accompagnés de créatures à quatre
bras de plus en plus nombreuses. Les martiens sont venus à l’aide des peuples
natifs ! Les colons américains sont repoussés jusqu’à ce que des créatures
de Vénus viennent proposer une alliance avec le gouvernement US.
Rapidement le conflit dégénère…
Wells, Verne et Lovecraft au Far West ! La situation est rapidement et efficacement
mise en place, le récit avance à vive allure sans temps mort.
Roland C. Wagner aligne les personnages emblématiques de
l’Ouest américain et multiplie les clins d’œil avec humour en croisant et
détournant les genres.
Au final cette nouvelle est un très bon moment dont on peut
juste regretter la fin assez rapide.
Cela reste un défaut mineur pour ce texte jubilatoire et
mené à un rythme infernal.
19 avril 2008
Quinzinzinzili de Régis Messac

Encore une lecture dut à Nébal. Régis Messac (1893 – 1945) est un précurseur
français de la science fiction, marqué par la première guerre mondiale, il est
assez pessimiste quant à l’avenir.
Quinzinzinzili a été écrit en 1935 et décrit rapidement la
fin du monde suite à une seconde guerre mondiale apocalyptique :
l’humanité est rayée de la carte suite à une modification temporaire de la
composition de l’air.
Gérard Dumaurier est un dilettante cultivé en charge de
l’éducation des deux enfants d’un parvenu anglo-saxon. L’un des deux enfants
étant atteint de tuberculose, Dumaurier doit s’installer quelque temps en
altitude avec les enfants.
Quand la catastrophe se propage en France, ce petit monde
participait à une visite d’un ensemble de grotte avec un petit groupe
assimilable aux scouts.
Piégé sous terre, ils survivront à l’apocalypse. Quelques
temps plus tard, la surface redevient habitable et le monde s’offre aux
derniers hommes. Un adulte et une dizaine d’enfants de nationalités différentes
dont une fille.
Ma civilisation - l’ancienne, veux-je dire – j’en vivais,
j’en usais, j’en profitais sans la connaître. Je prenais le train, et je savais
trouver le guichet où il fallait aller pour prendre mon billet, mais c’est tout
ce que je savais. Je serais bien incapable de construire une locomotive, ni de
dire au juste comment elle fonctionne, ni même d’en conduire une, si par hasard
j’en retrouvais une en état de marche. Idem pour l’auto, quoique je sache
conduire, il est vrai ; mais je serais incapable d’effectuer la réparation
la plus élémentaire. Les hommes de mon temps poussaient des leviers et
tournaient des commutateurs, mais ne savaient rien de ce qu’il y avait au bout
des leviers ou derrière les commutateurs. Maintenant, toute la machinerie a
sauté en l’air. Anéanties, mes machines. Et l’homme de l’âge des machines est
tout ce qu’il y a de plus ignorant des machines. Est-ce moi qui pourrais
reconstituer la plus simple des mécaniques qui faisaient jadis marcher ma
civilisation ? Non, quoique j’ai su scander des vers de Virgile et traduit
Shakespeare en vers français…
Déprimé, catatonique, Dumaurier ne s’occupera pas des
enfants pendant un temps et ces derniers construiront alors leur propre
société, pétrie de superstitions et d’ignorance.
Déformant la prière latine du notre père, ils se créeront un
dieu : Quinzinzinzili (Qui es in coelis). Responsable de toute la magie du
monde jusqu’à la flamme jaillissant d’un briquet.
Désespéré et désabusé, Dumaurier sera le témoin cynique de
l’évolution de cette nouvelle société.
Lanroubin s’est redressé et pousse un long cri furieux. Un
cri de vainqueur qui résonne sous la grotte.
Il peut être fier, ce galopin à la crinière en torche. Ah
oui, c’est un exploit mémorable. Cette arme grossière et primitive, ce bloc de
quartz, je vois que ce sera l’ancêtre d’une longue série d’armes : haches,
massues, boomerangs… et puis les arcs, les flèches, et plus tard les
catapultes, et enfin les canons, les tanks, les bombes. Lanroubin vient de réinventer la guerre. Il ne lui a pas
fallu longtemps. L’âge d’or a été court.
C’est un génie, ce Lanroubin. Désormais l’influence de
Manibal est en déclin. La science a triomphé de la force.
Ah, ah, ah, ah !
Roman amer, acide et très efficace. Une excellente interrogation
sur la nature de notre civilisation et ses bases. Le récit est écrit à la manière d’un journal à moins qu’il
ne s’agisse d’un cahier remis à un fou dans sa cellule comme cela est insinué
au début du roman.
A lire !
Oh, et puis…
Qu’est-ce que ça peut me faire ?
M’en fous. Quinzinzinzili !
Quinzinzinzili !
18 avril 2008
London Bone de Michael Moorcock

Voici donc la dernière production des éditions Les 3
Souhaits soit le site ActuSF. Bien vendu par la Salle 101 et Nébal, sans
oublier l’extrait mis en ligne sur le forum d’ActuSF. Bref j’ai craqué et
acheté ce petit recueil de quatre nouvelles, histoire de voir ce que
Moorcock faisant en dehors de ces cycles de fantasy.
Le recueil s’ouvre avec Le Cardinal dans la Glace, une
expédition sur une planète lointaine découvre un cardinal catholique enchâssé
dans un glacier au fond d’une crevasse. On n’aura aucune explication sur le
phénomène mais les réactions suscités sont bien traités et le choix d’une
narration épistolaire remarquablement efficace.
Vient ensuite L’Os de Londres, un spéculateur en places de
spectacles, à moitié escroc se voit présenter l’affaire de sa vie : écouler
un stock d’os pétrifiés et gravés trouvés lors de fouilles dans Londres.
L’engouement est immédiat et la pénurie entretenue avec maestria jusqu’au
moment où ces sinistres entrepreneurs seront dépassés par les évènements. On ne
fait pas commerce du passé d’une ville en toute impunité. Un narrateur sans
scrupules et un enchaînement d’évènements délirants et jubilatoires. Un
excellent moment.
Suivi de Un samedi soir tranquille à l’amicale des pêcheurs
& chasseurs surréalistes.
Dieu, annoncé par la Mort, descend rendre une visite aux
membres d’un club très atypique.
Délirant à tous les niveaux et très amusant avec ce portrait
d’un dieu ultra libéral et cynique à l’extrême.
Quand j’ai démarré dans ce job, il y avait toutes sortes d’autres divinités, et beaucoup d’entre elles m’étaient supérieures dans presque tous les domaines. Plus séduisantes, plus éloquentes, plus faciles à vivre, avec une vraie élégance dans leurs actes de création. Même les Celtes et les dieux nordiques avaient un certain style. Mais moi, j’avais l’ambition. Petit à petit, j’ai repris tous leurs commerces, jusqu’au jour où il n’y eut plus que moi. Après tout, je suis le symbole vivant de la violence affairiste, ne tolérant aucune concurrence et favorisant ma famille et mes amis. A quoi vous attendiez vous ? A ce que je m’identifie à quelque prolo du Timor oriental qui parvient à peine à faire la différence entre lui-même et un arbre ? Ou avec un pauvre bougre du Sierra Leone ? Vous vous êtes foutus dans cette merde tout seuls, à vous de vous en sortir.
Enfin le recueil est clos par Le Jardin d’agrément de Felipe
Sagittarius. Dans un univers alternatif un enquêteur est chargé de résoudre le
mystère causé par la mort d’un individu inconnu dans le jardin de Bismarck. Au
cours de cette enquête on croisera quelques autres figures historiques :
Einstein, Hitler, Staline…
Pas très convainquant cette fois ci, j’ai eu l’impression de
me retrouver dans un délire du même
genre qu’une des aventures d’Erekosë.
Au final, je reste pleinement satisfait de cette lecture. Les trois premières nouvelles valant largement le détour, ma préférée étant L’Os de Londres. Un recueil qui a le mérite de me réconcilier avec Moorcock.
17 avril 2008
Louisiana Breakdown de Lucius Shepard

Extrait de la préface
de l’auteur et accessoirement quatrième
de couverture :
Aussi, si d’aventure vous allez faire une balade dans le
sud-ouest de la Louisiane et que vous tombez sur une station-service délabrée où
quelques vieux portant bretelles écoutent du base-ball à la radio en crachant
leur jus de chique dans un pot, que vous passez ensuite devant une gargote et
que vous apercevez après cela une fenêtre décorée de symboles occultes, un
conseil : méfiez-vous et levez le camp au plus vite. Car si ce n’est sans
pas doute pas Graal, c’est manifestement un endroit tout aussi bizarre, un de
ces endroits où il est préférable de ne pas s’attarder. Ignorer ce conseil,
c’est au mieux courir le risque de réaliser combien il demeure fort peu de
magie dans ce monde, et combien elle est employée à des fins misérables. Au
pire, c’est tomber amoureux. Et il ne faut surtout pas tomber amoureux dans un
pareil lieu. Croyez-moi sur parole et lisez donc ce qui est arrivé à Jack Mustaine…
Jack Mustaine tombe en passe à proximité de la bourgade de
Graal. Etrange lieu où le panneau indicateur figure une image d’Epinal. Quel
est donc ce dessin une coupe ou deux visages se faisant faces. Découvrir le
deuxième, c’est ne plus voir le premier, s’égarer.
Etrange ville où le sheriff arrive avant la dépanneuse et
tente de vous racketter avant d’être remis au pas par le notable local, Joe
Dill.
Joe Dill, un type qui a une obsession bien particulière
concernant le Vietnam, fait figure de norme à Graal où la quasi-totalité de la
population se prétend médium.
Dans ce lieu indolent, Jack va faire figure de chien au
milieu d’un jeu de quilles…
Plusieurs fiches ne portaient pas de titre. Intrigué,
Mustaine lit une pièce dans la machine et composa BB-174 : « La
Frangine de l’Enfer », par Victime. Ses doigts tapotèrent avec
impatience le plastique jusqu’à la fin de la chanson Zydeco. Puis le juke-box ronronna, cliqueta, le disque tomba sur la
platine et un type se mit à haleter d’une voix glutineuse sur des accords de
guitare scandés sans aucun rythme.
Au bout de quelques mesures, quelqu’un débrancha la prise du
juke-box. Ses lampes s’éteignirent ; la platine ralentit et la chanson se
perdit dans un grognement sourd. Plusieurs danseurs lancèrent des regards
clairement antipathiques à Mustaine, qui se sentit encore plus en dehors de son
élément.
Si en fuyant son passé, Jack échoue à Graal… Vida, dont l’histoire commence à 6h66, se débat pour échapper aux forces qui l’oppressent. Elue Reine du Solstice, hantée par un sorcier vaudou qui souhaite la ramener près de lui. Hallucination, fantasme ou présence surnaturelle ? La population de la ville semble protéger un secret…
Le récit alternera les points de vue de Jack et de Vida. Rationnel, irrationnel les deux se valent.
Envoûtant, très immersif, Louisana Breakdown est un voyage
non pas dans le fantastique mais dans l’étrange. Un superbe roman porteur d’une
ambiance bien particulière et assez déroutant.
15 avril 2008
House Harkonnen de Brian Herbet et Kevin J. Anderson

Second épisode de la trilogie se passant avant le Dune de
Frank Herbert.
L’essentiel de l’action tournera autour de la Maison Atréide ainsi que marginalement autour de celles des Harkonnen dans une ambiance de
tragédie grecque.
Malheureusement, l’intrigue est laborieuse et les anecdotes
révélées dans le tome précédent assénées à de multiples reprises. Côté
grotesque on n’est pas en reste avec un Bene Gesserit toute puissant et le
centre de formation de Ginaz totalement anachronique. D’ailleurs tout ce qui se
passe dans ce dernier lieu ne présente guère d’intérêt.
Une intrigue poussive et prévisible qui s’accélère toutefois
vers la fin, pas mal d’éléments caricaturaux. Pas grand-chose de positif à l’exception
d’une ou deux répliques bien placées…
Je n’en attendais rien d’exceptionnel et la magie du cycle
de Whittemore a sans doute créé un contraste mais là j’ai vraiment eu du mal à
continuer ma lecture.
Un gros livre dont je me serais bien passé.
05 avril 2008
Les murailles de Jéricho d’Edward Whittemore

Stern est mort et avec lui son idéal d’un Moyen Orient en paix… Les murailles de Jéricho couvrent la création d’Israël au conflit libanais des années 80. Les joyeux délires du Codex du Sinaï et de Jérusalem au Poker sont terminés, place à l’amertume dans la droite ligne d’Ombres sur le Nil.
Quoi qu’il en soit Whittemore porte encore en lui un rêve,
un espoir fou. Et de la même manière qu’un juif, un musulman et un chrétien se
sont retrouvés autour d’une table dans Jérusalem au Poker, trois sages
vieillards chacun représentant une confession seront les témoins des
évènements qui déchireront la région depuis un jardin de Jéricho.
Le lien avec Ombres sur le Nil est assez ténu, Anna avec
l’aide de Bletchley, devenu Bell, fuit l’Egypte pour
la Palestine. C’est là
bas qu’elle fera la connaissance de Tajar, un ancien agent de Bletchley et
accessoirement le premier directeur du Mossad.
Au cours de la naissance de l’état d’Israël, elle
rencontrera et épousera Yossi. Un soldat juif élevé en Irak.
Las, Yossi, créature du désert sans cesse en mouvement ne
peut se contenter d’une vie simple.
Il divorcera d’Anna avec qui il a eu un fils :
Assaf. Sous l’impulsion de Tajar, Yossi
se formera aux métiers de l’espionnage et sera déclaré mort au cours du conflit
du Sinaï en 1956.
Il commencera alors une nouvelle vie en Argentine sous
l’identité d’Halim, un jeune membre de la diaspora syrienne. Quelques années
plus tard, il ira en Syrie pour y devenir un des atouts les plus précieux
du Mossad : le Coureur.
Espionnage donc mais aussi douleurs des conflits car même
les armées victorieuses ont des morts. Assaf, blessé et traumatisé au cours de
la guerre des Six Jours trouvera la paix au contact de Youssef, un jeune enseignant arabe
de Jéricho qui a perdu son frère cadet, membre d’une obscure cellule de
l’OLP.
Deux décennies à peine après l’Holocauste, songeait Tajar,
et une nation de deux millions de Juifs, vainc des nations totalisant
quatre-vingt millions d’ennemis, et le monde entier applaudit comme si
l’Histoire venait soudain d’effacer le mal de l’Holocauste, soulageant un peu
la conscience de tous, et nous-mêmes, nous applaudissons ce que nous sommes
devenus, le nouveau Juif en nous, fier, jeune et fort, dont la devise est :
Plus jamais ça.
Eh bien, ma foi, je dois être d’un autre temps et d’un autre
lieu, car il y a quelque chose au fond de moi qui n’aime rien de tout cela. Les
Arabes voulaient la guerre et nous n’avions pas le choix, mais le résultat me
fait peur. Nous avons perdu notre équilibre et notre sens des proportions. La
guerre n’est pas notre fort en tant que peuple, et nos héros ne devraient pas
être des généraux. Ces dieux-là sont pour les autres, pour les étrangers. Et
les Arabes ne sont pas davantage des nazis, pas plus qu’Israël n’est en Europe,
et personne ne devrait prétendre que nous réglons les comptes de l’Histoire.
Israël est ici, et nous ne faisons ni partie de l’Europe, ni de l’Occident.
Nous faisons partie des nombreux peuples de l’antique Moyen-Orient, nous sommes
un peuple revenu au bercail après une longue errance, et nos voisins sont
arabes et l’ont toujours été. Certes, ils ne sont pas obligés de nous accepter,
mais, si nous voulons vivre ici, nous devons les accepter. Comment peut-on
imaginer que nous pouvons refaire le monde en six jours et nous reposer pendant
le septième ? Cela me terrifie. Une telle présomption ne peut qu’engendrer
l’arrogance, l’hubris des Grecs anciens, l’insupportable fierté d’où découle
toute tragédie humaine…
Tous ces personnages et quelques autres vont traverser les évènements fondateurs du
conflit au Moyen-Orient. Halim, idéaliste israélien, endossera donc le rôle
pendant plusieurs décennies d’un idéaliste arabe, incorruptible se tenant
éloigner des intrigues politiques. Son influence grandissante, deviendra une
légende qui le conduira avant la guerre dans un jardin de Jéricho. Un court
temps de paix avant que la région ne bascule définitivement dans l’horreur et
la folie au début des années soixante-dix.
Des idéalistes japonais massacrant des pèlerins portoricains en Israël ? Pour
venger les torts subis par des Arabes de Palestine du fait des Arabes de
Jordanie ? Dans l’espoir de devenir des étoiles dans le ciel ?
Un acte dément, grotesque, avec un masque de dignité humaine
plaqué sur le visage de la folie. Même en tenant compte du triste penchant qu’a l’homme
à se bercer d’illusions, sans parler de l’habileté du KGB en matière de
manipulation, le rôle de la noirceur et de la démence dans les affaires
humaines semblait parfois tout-puissant à Tajar.
Tandis que certains trouveront la paix dans cette région,
Halim se trouvera de plus en plus démuni quand Israël interviendra à son tour
dans l’horreur libanaise. Délaissé par son camp et devenu un agent syrien de
premier plan, il constatera avec désarroi la déliquescence de ce pays.
Quant au Coureur, il s’efforçait tout simplement de survivre
au fond de lui-même, étonné de par la distance qui le séparait désormais de son
moi d’antan. Il se rappelait Yossi comme il se serait rappelé un ami d’enfance.
Il connaissait la vie de cet homme dans ses moindres détails, mais c’était
comme un souvenir issu d’un autre monde. Les espoirs de Yossi, les craintes de
Yossi… ce n’étaient plus les siens. Halim savait ce qu’était un déguisement, et
le visage émacié qu’il découvrait dans son miroir, avec ses cheveux blancs et
ses yeux enfoncés, dans leurs orbites, ne signifiait pas grand-chose pour lui.
C’étaient les changements intérieurs qui le laissaient abasourdi à mesure que
Yossi s’estompait dans le passé.
Pour survivre, semblait-il au Coureur, on n’avait besoin de
faire que des petits pas. Mais les changements dont il était le témoin avaient
un caractère définitif proprement attristant.
Les murailles de Jéricho (personnellement j’aurai préféré la traduction littérale de Jerico Mosaic plus en rapport avec le texte) est un roman d’espionnage et un passage en revue d’une page d'histoire. C’est aussi beaucoup plus. Tous les personnages sont profondément humains à la recherche de la paix tant politique qu’intérieure. Certains la trouveront, d’autres feront face à une tragédie. Quoi qu’il en soit on regrette que le rêve de Stern ne ce soit jamais concrétisé ailleurs que dans un jardin de Jéricho…
Un excellent roman et une très belle conclusion au Quatuor de Jérusalem.
01 avril 2008
Ombres sur le Nil d’Edward Whittemore

Si vous avez fait un aussi long voyage pour venir jusqu’à
moi, c’est parce que vous souhaitiez que je travaille pour vous. Mais où cela,
je me le demande ?
Au Moyen-Orient.
Ah oui, j’en ai entendu parler. Une région aussi sèche que
celle-ci, parait-il, mais bien plus présente dans les livres d’histoire. Et où
au Moyen-Orient, je me le demande ?
Au Caire.
Ah oui, j’en ai aussi entendu parler. Cela se trouve dans
l’antique terre des pharaons, un endroit que l’on dit peuplé de pyramides, de momies et de secrets perdus. Connue dans
le monde entier pour son grand fleuve de vie, mais aussi pour ses quartiers
chauds qui semblent toujours pousser sur les berges des fleuves de vie. Mais je
ne connais pas Le Caire. Je n’y suis jamais allé. Cela signifie que vous avez
besoin d’un étranger pour fouiner un peu partout en quête de quelque chose,
soit dans ces quartiers chauds, soit dans une ou deux pyramides. Mais en quête
de quoi, je me le demande ? D’un secret perdu, peut-être ? D’un
pharaon errant ? D’une momie qui refuse de vous conduire à son
chef ?... Qu’est-ce que vous pouvez bien souhaiter me voir trouver ?
Une personne. Un homme.
Juin 1942, comme annoncé dans Le Codex du Sinaï, Stern meurt
suite au lancer d’une grenade dans le bar où il se trouve. Dans un mouvement
héroïque, il se sacrifie pour sauver son interlocuteur. Qui était il
exactement ?
Whittemore consacre donc son troisième roman à son
personnage le plus idéaliste, hanté, torturé, poignant, humain.
Rommel cumule les victoires en Lybie, les services secrets
alliés sont sur les dents. Une expédition se rend dans les fins fonds d’un
désert américain, au sein d’une réserve hopi.
Joe O’Sullivan Beare est contacté et recruté pour mener une
enquête au Caire, sur un homme. Stern. Dans une ville où plane encore la
légende de Strongbow et Ménélik Ziwar.
Perdu sur place, Joe va devoir reconstituer, la trame
complexe qui constitue la vie de Stern via ses connaissances.
Stern, la légende du Moyen-Orient, à la poursuite d’un idéal
impossible, le parfait agent double. Pour qui travaille t il ? Que sait il ? Où est
il ?
Dans une ville où la tension est à son comble, pris entre
deux services secrets, les Porteurs d’Eau et le Monastère qui ne coopèrent pas
pleinement, Joe va croiser quelques personnalités extra ordinaires, comme
Whittemore en a le secret, avant de rencontrer Stern pour la conclusion
dramatique de cette d’histoire.
Quant aux Allemands, il est impossible de voir en eux autre
chose que les Barbares de notre époque, les hordes mongoles de notre temps. Et,
malheureusement, les Barbares ont un rôle à remplir dans l’histoire, car
lorsqu’ils arrivent à nos portes, ils nous dispensent de porter un jugement sur
nous-mêmes. L’espace d’un bref instant, notre sauvagerie innée est rejetée par-delà
les murailles de la cité et nous pouvons nous réjouir en toute complaisance, de
notre vertu civique retirer de la suffisance.
Mais des Barbares raffinés ? Des hommes et des femmes
qui écoutent Mozart entre deux atrocités ?
N’allons pas croire qu’il s’agit là d’une innovation de
notre sensibilité moderne. La bête a toujours été tapie en chacun de nous, car
elle est née il y a un million d’années. La plupart d’entre nous se facilitent
la vie en vitupérant contre les monstrueux Barbares à nos portes, qui ne
cessent jamais de nous menacer, mais pour ce qui me concerne, je me félicite de
ne jamais avoir occupé une position de pouvoir. Mes peurs et mes obsessions me
rendraient extrêmement dangereux, et je le sais parfaitement.
Ahmad sourit.
En d’autres termes, le Ciel nous préserve des rêveurs, en
particulier des artistes ratés, ce sont les pires. Il semble que tous les
tyrans soient des artistes ratés, d’une espèce ou d’une autre… D’un autre côté,
c’est notre cas à tous ou quasiment, au fond de notre cœur.
Nouvelle galerie de personnage, moins délirantes que les
précédentes et entièrement tournée vers Stern : Liffy, Ahmad, David Cohen,
les Sœurs, le Major, le Colonel, Bletchley, Maud.
Tous narrateurs et acteurs d’une tragédie annoncée dont on
ne découvrira les tenants et aboutissants qu’à la fin.
Un roman d’espionnage et uchronie atypique, plus accessible que les deux romans précédents tout en étant indissociable. Avec Ombres sur le Nil, une page se tourne, Stern est mort. Son idéal de nation multi confessionnel disparaît avec lui.
Un magnifique roman qui revisite avec brio une page sombre de l’histoire dans l’ombre du
Sphinx.
Eh bien, fit-il, c’est difficile à formuler, car la vie de
Stern est bien plus complexe que celle du commun des mortels. Mais toute vie
est une tapisserie secrète qui se tisse et s’édifie au cours des ans, avec des
âmes et des efforts en guide de fils et de couleurs. Et peut-être trouve-t-on
sous la surface des petits nœuds de sens tout emmêlés, qui relient les fils et
les couleurs, mais ces petits nœuds n’ont au fond aucune importance, seul
compte le dessin, la tapisserie dans son ensemble. Alors ce qui m’attriste à
propos de Stern, c’est que jamais je ne pourrai ne serait-ce qu’entrevoir le
dessin de sa vie. Avoir un aperçu de la tapisserie dans son ensemble…