01 avril 2008
Ombres sur le Nil d’Edward Whittemore

Si vous avez fait un aussi long voyage pour venir jusqu’à
moi, c’est parce que vous souhaitiez que je travaille pour vous. Mais où cela,
je me le demande ?
Au Moyen-Orient.
Ah oui, j’en ai entendu parler. Une région aussi sèche que
celle-ci, parait-il, mais bien plus présente dans les livres d’histoire. Et où
au Moyen-Orient, je me le demande ?
Au Caire.
Ah oui, j’en ai aussi entendu parler. Cela se trouve dans
l’antique terre des pharaons, un endroit que l’on dit peuplé de pyramides, de momies et de secrets perdus. Connue dans
le monde entier pour son grand fleuve de vie, mais aussi pour ses quartiers
chauds qui semblent toujours pousser sur les berges des fleuves de vie. Mais je
ne connais pas Le Caire. Je n’y suis jamais allé. Cela signifie que vous avez
besoin d’un étranger pour fouiner un peu partout en quête de quelque chose,
soit dans ces quartiers chauds, soit dans une ou deux pyramides. Mais en quête
de quoi, je me le demande ? D’un secret perdu, peut-être ? D’un
pharaon errant ? D’une momie qui refuse de vous conduire à son
chef ?... Qu’est-ce que vous pouvez bien souhaiter me voir trouver ?
Une personne. Un homme.
Juin 1942, comme annoncé dans Le Codex du Sinaï, Stern meurt
suite au lancer d’une grenade dans le bar où il se trouve. Dans un mouvement
héroïque, il se sacrifie pour sauver son interlocuteur. Qui était il
exactement ?
Whittemore consacre donc son troisième roman à son
personnage le plus idéaliste, hanté, torturé, poignant, humain.
Rommel cumule les victoires en Lybie, les services secrets
alliés sont sur les dents. Une expédition se rend dans les fins fonds d’un
désert américain, au sein d’une réserve hopi.
Joe O’Sullivan Beare est contacté et recruté pour mener une
enquête au Caire, sur un homme. Stern. Dans une ville où plane encore la
légende de Strongbow et Ménélik Ziwar.
Perdu sur place, Joe va devoir reconstituer, la trame
complexe qui constitue la vie de Stern via ses connaissances.
Stern, la légende du Moyen-Orient, à la poursuite d’un idéal
impossible, le parfait agent double. Pour qui travaille t il ? Que sait il ? Où est
il ?
Dans une ville où la tension est à son comble, pris entre
deux services secrets, les Porteurs d’Eau et le Monastère qui ne coopèrent pas
pleinement, Joe va croiser quelques personnalités extra ordinaires, comme
Whittemore en a le secret, avant de rencontrer Stern pour la conclusion
dramatique de cette d’histoire.
Quant aux Allemands, il est impossible de voir en eux autre
chose que les Barbares de notre époque, les hordes mongoles de notre temps. Et,
malheureusement, les Barbares ont un rôle à remplir dans l’histoire, car
lorsqu’ils arrivent à nos portes, ils nous dispensent de porter un jugement sur
nous-mêmes. L’espace d’un bref instant, notre sauvagerie innée est rejetée par-delà
les murailles de la cité et nous pouvons nous réjouir en toute complaisance, de
notre vertu civique retirer de la suffisance.
Mais des Barbares raffinés ? Des hommes et des femmes
qui écoutent Mozart entre deux atrocités ?
N’allons pas croire qu’il s’agit là d’une innovation de
notre sensibilité moderne. La bête a toujours été tapie en chacun de nous, car
elle est née il y a un million d’années. La plupart d’entre nous se facilitent
la vie en vitupérant contre les monstrueux Barbares à nos portes, qui ne
cessent jamais de nous menacer, mais pour ce qui me concerne, je me félicite de
ne jamais avoir occupé une position de pouvoir. Mes peurs et mes obsessions me
rendraient extrêmement dangereux, et je le sais parfaitement.
Ahmad sourit.
En d’autres termes, le Ciel nous préserve des rêveurs, en
particulier des artistes ratés, ce sont les pires. Il semble que tous les
tyrans soient des artistes ratés, d’une espèce ou d’une autre… D’un autre côté,
c’est notre cas à tous ou quasiment, au fond de notre cœur.
Nouvelle galerie de personnage, moins délirantes que les
précédentes et entièrement tournée vers Stern : Liffy, Ahmad, David Cohen,
les Sœurs, le Major, le Colonel, Bletchley, Maud.
Tous narrateurs et acteurs d’une tragédie annoncée dont on
ne découvrira les tenants et aboutissants qu’à la fin.
Un roman d’espionnage et uchronie atypique, plus accessible que les deux romans précédents tout en étant indissociable. Avec Ombres sur le Nil, une page se tourne, Stern est mort. Son idéal de nation multi confessionnel disparaît avec lui.
Un magnifique roman qui revisite avec brio une page sombre de l’histoire dans l’ombre du
Sphinx.
Eh bien, fit-il, c’est difficile à formuler, car la vie de
Stern est bien plus complexe que celle du commun des mortels. Mais toute vie
est une tapisserie secrète qui se tisse et s’édifie au cours des ans, avec des
âmes et des efforts en guide de fils et de couleurs. Et peut-être trouve-t-on
sous la surface des petits nœuds de sens tout emmêlés, qui relient les fils et
les couleurs, mais ces petits nœuds n’ont au fond aucune importance, seul
compte le dessin, la tapisserie dans son ensemble. Alors ce qui m’attriste à
propos de Stern, c’est que jamais je ne pourrai ne serait-ce qu’entrevoir le
dessin de sa vie. Avoir un aperçu de la tapisserie dans son ensemble…
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