Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

22 mars 2008

Jérusalem au Poker d’Edward Whittemore

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Nous sommes ensablés dans le lieu et le moment, mais pas lui. Nous nous efforçons de croire, mais lui, il croit, et ça fait toute  la différence. Nous sommes assis à Jérusalem, mais lui, il est vraiment là-haut, au sommet de cette montagne qu’est la Ville sainte. Et vous n’allez pas me dire avachi comme vous l’êtes dans votre fauteuil, que vous ou moi avons une hauteur de vue supérieure à la sienne, pas vrai ? Ballon ou pas ? Trafic d’armes ou pas ? Poker ici ou poker là-bas, est-ce que ça a une quelconque importance ? Alors qu’on se réchauffe le ventre avec du pétrole en ce soir de Noël ? Non jamais vous ne me diriez une chose pareille, j’en ai la certitude. J’ai raison, oui ou non ?
Oui.
Exact. Alors hadj Harun a vu ce qu’il a vu, il a appris ce qu’il a appris, un point c’est tout.

 
De retour parmi le quatuor de Jérusalem… Les témoins du massacre de Smyrne se sont éloignés les uns des autres, traumatisés. Jérusalem au poker narre la réconciliation de Joe, Stern, Maud, Thérèse, les épreuves qu’ils ont traversés pour surmonter l’horreur et la paix que certains d’entre eux trouveront.

Jérusalem au poker est aussi l’occasion de présenter de nouveau protagoniste, liés aux précédents parfois de manière extraordinaire. Quel lien peut il y avoir entre un juif hongrois, un métis soudanais et un noble albanais ? Le mythe de Strongbow hante toujours le moyen orient à travers les histoires qu’il a engendré et les amis qu’il s’est fait.

Joe O’Sullivan croise un soir de décembre, Cairo Martyr et Munk Szondi. S’engage entre eux une partie amicale de poker qui durera douze ans et au cours de laquelle ils plumeront, sous le regard bienveillant d’hadj Harun, tous les malandrins et aventuriers qui hantent Jérusalem.
Réconciliation, apaisement et nouvelle galerie de personnages…

Nubar Wallenstein, fils du dément Catherine Wallenstein et de Maud, petit fils de Sophia la Main Noire, tente de découvrir la pierre philosophale en réunissant les écrits réels ou apocryphes de Paracelse. A force de respirer des vapeurs de mercure et de souffre, il sombrera dans une forme de démence, originale pour sa famille et créera une organisation d’espionnage. Au fur et à mesure de son délire, il s’intéressera aux divers complots juifs imaginaires qui fleurissent dans les années 20, que ça grand-mère démontera consciencieusement, fondera le Bataillon Sacré Albano Afghan. Qui deviendra plus tard Absolument Afghan afin de se dédouaner d’un crime. Il harcelera les passants de Venise pour s’innocenter en vain avant de se faire voler un palais entier.

Cairo Martyr, métis d’origine soudanaise portant sur lui un singe irrévérencieux, bien décidé à venger les siècles d’esclavage subit par les africains. Vengeance qui commence par le commerce de poudre de momies aux vertus aphrodisiaques supposées, pied de nez aux anciens égyptiens qui se prenaient pour des dieux…

Munk Szondi, juif hongrois, devenu sioniste après sa rencontre avec un rabbin japonais

Un chef indien en espadrille nommé Ours Sirotant…

Rappelle-toi que je suis devenu sioniste grâce à un ex-baron japonais. Et si j’ai rencontré le rabbin Lotmann, c’est parce que j’avais jadis parlé cavalerie et tactique avec son frère jumeau, le baron Kikuchi, héros de la guerre russo-japonaise.

 

Tout se petit monde lié de manière inextricable, évoluera en même que la région en pleine mutation. Ce roman apparaît comme une transition, un apaisement après la sauvagerie concluant Le Codex du Sinai et avant le début de la seconde guerre mondiale. On rit beaucoup des situations saugrenues ou de l’ironie brutale de Whittemore avant les passages plus profonds.

Bizarre, songea Joe, qu’on utilise toujours les mêmes mots pour aider son prochain. Quelqu’un vous les lance alors que vous êtes en train de sombrer, pour vous aider à surnager et, douze ans plus tard, c’est vous qui les lui répétez. On les dit et on les répète, ça ne s’arrête jamais. Mais il y a des moments où on ne peut faire autrement que de fuir, non, on ne peut pas, on fuit soi-même, on n’a pas le choix, il faut bien survivre dans le nuit et le froid. Tout le monde finit par devenir une victime, tout le monde cherche un jour à survivre.

Qu’est ce que Jérusalem, hadj Harun répond : « Des rêves… ».
Des rêves et des cauchemars, du mysticisme dans la Ville sainte, beaucoup d’humour, de dérision, des aventures extraordinaires et des protagonistes exceptionnels. Jérusalem au poker est un récit doux amer qui adouci le traumatisme final du Codex du Sinaï, sans toutefois verser dans le happy end. Nombres de personnages ne se remettront jamais des épreuves qu’ils ont endurées.

Ce roman est le complément nécessaire au Codex du Sinaï, avec lui une page se tourne…

Un très beau texte, surprenant et déstabilisant, plein de charmes et profondément humain. 

Je suis un homme des tourbières, qui vis à ras de terre, et cette montagne est trop haute pour moi. Je suis incapable de l’escalader, d’en atteindre le sommet. Je n’ai pas de cause qui me pousserait à y parvenir. Vous avez une cause, vous, mais moi, je n’étais ici qu’en visite, et ma visite s’achève, il est temps que je parte.

Posté par efelle à 19:44 - Fantastique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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