23 février 2008
La Porte d’ivoire de Robert Holdstock
Suivi de La Femme des neiges
Pour la première fois de ma vie, j’avais éprouvé la sensation qui, j’en étais convaincu, avait initialement attiré la curiosité de mon père. Les rencontres avec d’étranges silhouettes avaient constitué une large part de mes années d’enfance ; mais jamais cette impression d’être attiré, retourné, examiné, approché, étudié et enfin expulsé dans la réalité de la neige.Huxley n’avait jamais véritablement partagé avec autrui ce qu’il connaissait du royaume sauvage par delà les lisières. Il nous avait tous tenu dans l’ignorance de la vérité, et cette pensée fugitive a éveillé ma colère un instant.
Derniers voyages au sein des bois de Ryhope, La Porte
d’Ivoire met en scène Christian Huxley et narre ses premières aventures dans la
forêt des mythagos avant le retour de son frère, Steven.
Nouvelle découverte du phénomène toujours agréablement narré suivi par contre d’un net ralentissement de l’intérêt ensuite même si l’histoire est toujours impeccablement construite.
Christian a assisté adolescent au suicide de sa mère et
cette scène liée à la forêt va le pourchasser et généré un mythe. George Huxley
de son côté est dépeint comme très cruel et passionné ce qui détonne quelque
peu avec les précédents romans. Quoi qu’il en soit les changements de Christian
ne sont pas présentés dans cette histoire, ce qui est très bien. Robert
Holdstock donne toutefois quelques clés pour appréhender la horde de mythagos
qu’il attache à sa personne dans le premier roman.
La nouvelle La Femme des neiges qui clôture ce cycle, explicite plus les ambiguïtés de George Huxley
dans une version mythagos de L’étrange cas du Docteur Jeckyll et de Mister
Hyde.
Ces deux textes au final ne sont pas indispensables malgré
les éclairages qu’ils apportent, Holdstock a peut être un trop tiré sur la
corde avec sa superbe idée initiale.
Le meilleur du cycle se trouve dans La forêt des Mythagos et
Le Passe Broussaille qui se suffisent parfaitement.
Au portail, qui s’ouvrait sur un sentier, puis sur un champ, la neige était tassée à l’endroit où la visiteuse en avait fait l’escalade et était tombée, ou avait atterri sur ses pieds tant bien que mal. Au-delà du portail, les traces continuaient vers le bois d’hiver, et Huxley demeura un moment immobile, à contempler les grands arbres noirs et leur dense garniture de houx vert brillant. Même en hiver, il était impossible de pénétrer dans le bois des Ryhope. Même en hiver, on ne parvenait pas à percer du regard ses profondeurs à plus de cinquante mètres. Même en hiver, le bois savait exercer sa magie, dissoudre les perceptions en un instant, en faisant tourner le visiteur en rond et en brouillant ses points de repère.