Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

17 février 2008

Caliban de Tad Williams

Précédé de La Tempête de William Shakespeare.

hop

Prospero, duc de Milan a été spolié de son domaine par son frère Antonio avec l’appui d’Alonzo, roi de Naples. Abandonné avec sa fille, Miranda, en pleine mer dans un frêle esquif, ils échoueront sur un îlot. Sur place, Prospero se rang maître du difforme Caliban et de l’esprit Ariel.
Caliban deviendra le souffre douleur d’Ariel et le serviteur de ce petit monde. L’esprit pour sa part sera l’instrument de la vengeance de Prospero. Convoquant une tempête, il échouera le navire royal sur ses terres et grâce aux pouvoirs d’Ariel manipulera Alonzo et sa cour afin d’obtenir son retour en grâce.

La Tempête de Shakespeare narre les manipulations de Prospero et Ariel et accessoirement la déchéance de Caliban. Sorcier machiavélique, Prospero obtient quand même le beau rôle du fait de sa propension à la clémence, allant jusqu’à sauver Alonzo d’une mort certaine. 

Voilà votre frère couché là, et s’il était ce qu’il paraît être en ce moment, c’est-à-dire mort, il ne vaudrait pas mieux que la terre sur laquelle il est couché. Moi, avec cette épée obéissante, rien que trois pouces de lame, je le mets au lit pour jamais ; tandis que vous, de la même manière, vous faites cligner l’œil pour l’éternité à ce vieux rogaton, ce sire Prudence qu’ainsi nous n’aurons plus pour censurer notre conduite.
 
Tad Williams reprend le récit, vingt ans plus tard en s’emparant de Caliban assoiffé de vengeance. Prospero étant mort, c’est sur Miranda, la reine de Naples, que le monstre destine sa vengeance. De nuit il s’introduit dans la chambre de cette dernière… 

« Prospero est mort ! Qui aurait pu imaginer que mon bourreau, que cet homme de fer, vieillirait et mourrait comme n’importe quel quidam ? Et il n’y a rien qui puisse changer cela, pas même la puissance et l’amertume de ma haine. Il m’a bien eu. »
Sa main la serra davantage. « Mais par chance, toi, tu n’as pas triché. »

 
Commence alors avant l’exécution annoncée, le récit de Caliban. Du monstre grotesque et stupide, Tad Willliams, fait un être torturé et blessé, plus profond qu’il ne parait dans la pièce,  à qui la vie n’a offert qu’amertume et désillusion. Prospero apparaît comme plus cruel et méprisant, ne valorisant que les êtres de sa caste. Le récit se porte sur la vie de Caliban , celle en compagnie des deux naufragés, passe rapidement sur les évènements de La Tempête pour en compléter la conclusion avant de se clore lui-même. 

L’exercice auquel se livre Tad Williams est assez intéressant et l’histoire plus prenante que son cycle de l’Arcane de l’Epée, tant le remaniement du personnage de Caliban est soigné tout en conservant la cruauté sous jacente au texte initial.
Un bon moment de littérature, par un auteur de Fantasy (de Big Commercial Fantasy même) et de Science Fiction.

Je ne comprends toujours pas les intentions de Prospero à mon égard. Il m’a apprivoisé, ça, oui. Comme le chien dont il avait besoin pour garder son feu de camp. Mais s’il avait besoin d’un sale cabot, pourquoi m’apprendre à vous comprendre, et même à parler un peu ? Si un esclave lui suffisait, pourquoi me montrer les étoiles ? Etait-il curieux de connaître mes limites ? N’étais-je qu’une expérience de plus, comme ses recherches alchimiques qui le mobilisèrent tant à Milan qu’il ne vit rien des complots de son frère ?


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