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Ostvan attendit donc seul, mais il laissa son verre de côté. Les heures passèrent et ses pensées s’assombrirent. Finalement s’élevèrent dans le silence les cris d’un nouveau-né mêlés à ceux de l’accouchée, et Ostvan entendit les lamentations et les pleurs des femmes. Il se leva à grand-peine, comme si chaque mouvement le faisait souffrir. Il décrocha l’épée du mur et la posa sur la table. Puis il attendit, debout patiemment résigné, jusqu’à ce que la sage-femme sorte de la chambre, le nouveau-né dans les bras.
« C’est un garçon, dit-elle, impassible. Allez-vous le tuer maître ? »

 
Une civilisation médiévale, une caste prestigieuse dont les membres passent leur temps à confectionner un tapis avec les cheveux de leurs femmes et de leurs filles. Travail de fourmis nécessitant une vie d’efforts méticuleux. L’argent gagné par la vente du tapis permettra de subvenir aux besoins de l’unique héritier mâle autorisé pour le restant de ses jours. Suffisamment pour qu’il puisse se consacrer à son tour à la confection d’un tapis…
Cette société s’étend sur toute la planète et les tapis sont régulièrement collectés pour décorer le palais de l’Empereur immortel, par delà les étoiles…
Cet ordre des choses se poursuis depuis des millénaires quand arrivent des rumeurs bien curieuses, l’Empereur serait mort vaincu par des rebelles, il y aurait d’autres planètes qui produiraient des tapis de cheveux. 

Andreas Eschbach multiplie les points de vue dans ce récit, changeant de narrateur à chaque chapitre et s’éloignant de plus en plus du lieu de départ de l’intrigue afin d’en révéler les tenants et aboutissants d’une ampleur astronomiques.

Une intrigue démente et cruelle, un récit qui s’éloigne des épopées héroïques classiques, notamment celles de Jack Vance, où un être parti de rien de chamboule l’univers. Pas de héros donc au sein d’une trame sombre au dénouement implacable. Un excellent roman qui tord le cou aux poncifs du space opera et de fait rafraîchi le genre. 

Tout était tellement semblable : les grands ports délabrés, les villes misérables et puantes tapies tout autour, et les vieillards dans leurs tuniques sombres et râpées, qui ne voulaient pas comprendre, qui vous parlaient de l’Empereur, de son Empire et d’autres planètes sur lesquelles on faisait fermenter du vin ou cuire du pain pour la table du souverain, de planètes qui tissaient des vêtements pour lui, cultivaient des fleurs ou dressaient des oiseaux chantants pour ses jardins… Mais on n’avait rien trouvé de cela ; juste des milliers de mondes sur lesquels on tissait des tapis, rien que des tapis, un flot débordant et continu de tapis en cheveux humains qui s’écoulait depuis des millénaires à travers la galaxie…