24 décembre 2007
Rainbows End de Vernor Vinge

Le monde a changé, Robert. Aujourd’hui je peux trouver des réponses avec des méthodes qui auraient été impossibles il y a vingt ans. Cent milles personnes à travers le monde ont collaboré à ma recherche, par tout petits morceaux que personne ne pouvait reconnaître. Le plus gros risque, c’est que mes résultats soient tout simplement faux. La désinformation règne en maître, de nos jours. Même quand les mensonges ne sont pas délibérés, il y a toujours différents groupes de Fantasy qui essaient de déformer la réalité pour l’adapter à leur dernier jeu d’aventure. Mais en l’occurrence, si nous avons été induit en erreur, ce n’est pas une supercherie ordinaire. Il y a des détails et des corrélations qui proviennent de beaucoup trop de sources indépendantes.
Robert Gu a de la chance ! Son Alzheimer a pu être
guéri malgré plusieurs années de déchéance intellectuelle totale, il est aussi
compatible avec un traitement de la peau qui lui a rendu une apparence de jeune
homme. Tous n’ont pas eu cette chance, il devrait être heureux.
Mais le monde a profondément changé, les technologies de
l’information balbutiantes au tout début de sa maladie sont désormais arrivées
à maturité et se sont répandues à la
vitesse de l’éclair.
Les ordinateurs portables sont has been, toute
l’informatique est maintenant intégrée aux vêtements de chacun. Outre des
effets esthétiques, chacun est en permanence connecté au réseau et bénéficie
d’un affichage sur des lentilles de contact, une simple contraction musculaire permet de lancer
une recherche sur internet. Le virtuel et le réel ne font plus qu’un, tout est
modifiable à volonté : l’environnement, son apparence, celles des autres…
Robert a beau avoir
l’apparence d’un adolescent et la forme physique d’un homme de cinquante
quatre ans, il n’en reste pas moins un vieil homme de soixante quinze ans. Il
est sur la touche incapable de s’adapter. Intégré au lycée de Fairmont dans une
classe mêlant des vieillards rechapés à des adolescents peu doués, il va devoir apprendre
à évoluer dans ce nouveau monde. Pas facile quand on a été le plus grand poète
américain et que le traitement qui vous a sauvé vous prive aussi de votre génie
en la matière…
Ce nouveau monde
n’est pas idyllique, les tensions entre nations existent toujours, les
puissantes alliances de nations industrielles sont prospères mais le terrorisme
est entré dans une phase apocalyptique, les menaces nucléaires ou
bactériologiques sont devenues hebdomadaires tant les sectes et les
groupuscules prolifèrent.
Des éminences du renseignement européens, indous et japonais se sont alliées pour faire face à une nouvelle menace, quelqu’un serait en train de mettre au point une arme biologique de sujétion de masse… La menace viendrait des Etats-Unis, tentative hégémonique ou initiative d’un groupuscule terroriste ? Les agents secrets décident d’enquêter à l’insu de leurs alliés américains. Pour ne pas éveiller les soupçons, ils font appel à une mystérieuse officine de hacker de haut vol : le Lapin. Cette dernière devra permettre une intrusion et un audit au sein des laboratoires biologiques se trouvant sur le site de l’université de San Diego d’où semble provenir la menace…
Quel rapport avec Robert ? Il a retrouvé d’anciennes connaissances au lycée et se joint plus ou moins accidentellement à leur croisade pour empêcher une numérisation brutale de la bibliothèque universitaire de San Diego. La firme en charge du projet, en concurrence avec la Chine, doit agir vite pour rester en lice et a optée pour une méthode ultra rapide qui charcute les livres pour gagner du temps. On détruit des livres ! Il n’en faut pas plus pour qu’une bande de vieillards nostalgiques lui déclarent la guerre. Occasion rêvée pour le Lapin qui a besoin d’une diversion sur le même site. Robert constitue aussi un pion très intéressant dans la mesure où son fils et sa belle fille sont des cadres supérieurs du contre espionnage local. Que serait il capable de faire pour retrouver le talent artistique qui lui manque temps ? Jusqu’à quelle trahison ira-t-il ?
14 décembre 2007
Freakshow ! de Xavier Mauméjean

Fin de la première saison du Club Van Helsing !
Xavier Mauméjean un des deux co initiateur de cette
collection réunit le petit monde du Club pour une petite fête qui tourne à la
tuerie générale quand un commando s’invite pour l’apéritif. Cette première
partie, un peu plate et attendue, se traîne sur les soixante premières pages
environ puis l’intrigue démarre réellement avec les pourquoi, les comment et la
riposte nécessaire.
Délaissant l’équipement conventionnel, la jeune femme ouvrit
une large pochette en maillage de plomb. Elle en extirpa une faucille et un
marteau. Naguère emblèmes du socialisme triomphant, les outils étaient
redoutables entre les mains de Tatiana, spécialement conçus pour le corps à
corps, forgés dans l’uranium de Tchernobyl. Leurs propriétés carcinogènes
étaient renforcées par un pelliculage d’argent, fatal aux créatures. L’ex agent
du FSB comptait bien leur faire payer l’attaque du Bedlam Asylum, en fracassant
des crânes et moissonnant des têtes.
Il se peut que la première partie du roman, sorte de synthèse de ces prédécesseurs, relève de l’exercice aride et nécessaire pour cette intrigue au final bien ficelé pose les bases de la prochaine saison du Club, il n’en reste pas moins que je l’ai trouvé assez caricaturale par rapport à la suite assez excellente.
Xavier Mauméjean, fait fi de la règle d’un chasseur un
montre et utilisant l’alibi de Barnum et multiplie les créatures, plus
recherchées que le commando vampire loup-garou du début. La seconde partie est
vraiment plaisante jusqu’à une chute qui appelle la suite…
Freakshow ! est donc un livre en demi teinte avec un
départ abrupte avant de rattraper le tir élégamment, c’est un peu dommage car
l’intrigue en elle-même n’est pas déplaisante et les pistes lancées pour les
romans suivants intéressantes.
Anvers n’est pas Amsterdam, et aucun chanteur n’en a vanté les mérites. Peut-être parce qu’il n’y a rien à en dire, que les cris et les coups servent de fond musical à la ville. On pourrait prétendre que c’est une belle cité pour faire plaisir aux habitants, comme on ment à une mère quand sa fillette est difforme. « Elle a quelque chose », affirmerait-on, sauf qu’il n’y a rien de sacré à Anvers, à moins d’admettre que le morbide est honorable. Si c’est le cas, Anvers mérite tout notre respect.
12 décembre 2007
Mickey Monster de Bretin & Bonzon

La tête me tournait ! Je connaissais l’ivresse
suprême, le monde devenait Mickey et Mickey était devenu le Monde !
Un infirme s’invite à une réunion du Club Van Helsing afin
de narrer sa bien curieuse aventure… Inventeur et représentant de la Machine à
Mickey, Roger Mac Orman, s’égara en forêt, à la recherche d’un raccourci qu’il
ne trouva jamais, un soir de tempête.
Une rencontre percutante avec quelque chose venue
d’ailleurs, la décision douteuse de l’embarquer dans son coffre et voilà un
blob lâché en ville…
Bretin & Bonzon cumule les poncifs du genre avec efficacité :
protagoniste stupide, bestiole vicieuse, Amérique triomphante.
Pas de grosse surprise dans ce récit qui annonce sa
conclusion assez longtemps à l’avance mais l’escalade dans le chaos est
jubilatoire. Moins subtil que Délires d’Orphée ou Question de mort, Mickey
Monster reste une bonne distraction.
Il était un soir comme Londres n’en avait plus connu depuis les nuits anciennes. Une nuit semblable à celles où Jack l’Eventreur s’émerveillait de voir monter d’entre les entrailles chaudes de ses victimes des vapeurs rosâtres, mariant au brouillard leur parfum suave.
07 décembre 2007
Délires d’Orphée de Catherine Dufour

A pas de chat, le chasseur grimpa les escaliers raides
jusqu’au deuxième étage. Le couloir était étroit, glacial, envahi par une
puanteur de chou bouilli et un murmure télévisuel. Porte 25, Senoufo
s’approcha, effleura, écouta. Vantail mince et serrure approximative de pauvre.
Aucun bruit. Aucune chaleur. Un fort vent coulis. Et une odeur…
Senoufo recula de trois pas dans le couloir : il
préférait le chou bouilli.
Un objet a été volé chez Van Helsing en personne, une carapace de tortue. Le maître veut la récupérer et fait appel à Senoufo Amchis, Chasseur occasionnel du club, harponneur et marin, échoué à terre, ayant besoin d’argent pour se remettre à flot.
L’enquête sera rapidement menée avec beaucoup de facilité grâce à un improbable indicateur puis s’attardera sur la récupération quelque peu problématique de l’objet.
Le chasseur dépeint par Catherine Dufour est atypique, posé, nostalgique, hantée par la mer jusque dans son vocabulaire. Ce mélange du Moby Dick d’Hermann Melville avec des mythes grecs oniriques confère une ambiance très particulière au récit mais aussi très agréable. Le monstre s’efface un peu et laisse une plus grande place aux protagonistes dépeint très efficacement, dans cette histoire très sombre.
Une ambiance douce amère et un excellent texte qui éclipse les précédents.
05 décembre 2007
Question de mort de Johan Heliot

Une lumière violente l’éblouit au moment où il releva le store. Il cligna plusieurs fois des paupières dans l’espoir de chasser les insectes flamboyants qui couraient sur ses globes oculaires. Qu’est-ce que tout ce bordel pouvait bien signifier ? Tâtonnant, il reflua vers la chambre et le fusil à canon scié qu’il gardait à portée de sa main, glissé sous la table de chevet – sa meilleure garantie contre les emmerdements, plus efficace en tout cas qu’une police d’assurance hors de prix, sans même parler d’une couverture maladie…
Nouvel épisode dans ma sélection sur le Club Van Helsing,
Question de Mort change d’ambiance par rapport à Mastication. Terminé le grand
guignol et la violence outrancière. Place à une narration plus posée et une
horreur plus proche des psychopathes de roman des années 90 dans une ambiance
de film de catégorie B et de série télé. Place aussi à la subtilité avec un
usage très habile des mythes du Sphinx.
Des enlèvements, un émission cruelle et gore diffusée sur
internet, il n’en faut pas plus pour le chasseur atypique de Johan Heliot se
lance dans une traque technologique et rationnelle pour déjouer un monstre
dément épris de logique.
Extrêmement bien mené, amusant pour ses clins d’œil, deux cent pages de plus et on obtenait un best seller à la Thomas Harris !
03 décembre 2007
( I can’t get no ) Mastication de Jean-Luc Bizien

Il arrive que l’œil capture une silhouette, celle d’un monstre
sur un mur de béton, que l’oreille entende un hurlement surgissant d’une
impasse. On se dit que c’est la fatigue, le stress de la vie moderne, et l’esprit
reprend le dessus, pour retourner à la routine rassurante. En général, c’est ce
qu’il faut faire, parce que la vie est banale, qu’elle n’a rien d’extraordinaire.
Mais parfois il y a un monstre dans le béton, et l’horreur se déchaîne dans l’impasse.
Alors on ne peut compter que sur le Club Van Helsing.
Collection créée et dirigée par Guillaume Lebeau et Xavier
Mauméjean, le Club Van Helsing est une série ayant un auteur différent pour
chaque volume, avec le même cahier des charges en commun : un monstre, un
chasseur.
Le bon temps du vieux Van Helsing est révolu depuis des lustres. On ne course plus les bestiaux dans les cimetières. Finies, les chasses au fin fond de la taïga, avec les porteurs et l’escorte. Terminées, les longues traques, les incursions dans les cryptes, les exhumations à la lueur des torches… Tout ça, c’est du décorum. De la frime pour les romantiques et les écrivains en mal d’inspiration.
Avec Mastication, Jean-Luc Bizien joue avec les mythes du
loup garou et du vampire. Il a collaboré au jeu de rôle, In Nomine Satanis –
Magna Veritas et l’on retrouve bien la dérision et la violence grand guignol de
ce jeu dans son texte.
Vuk, est un chasseur employé par Van Helsing pour traquer
les vampires parisiens. Manque de chance, son chemin croisera celui d’une bande de
loups garou dissidents et voilà notre antipathique chasseur soumis à un odieux
chantage, à l’instigation du chef de la meute dominante.
De l’humour digne de l’Iznogoud de Goscinny, de la dérision
pour tout ce qui concerne le mouvement gothique et de la violence grand
guignolesque. Un cocktail efficace, délassant et rigolo sans chercher plus
loin. Contrat respecté !
J’ai d’abord cru que les Nosferatus étaient de retour. Mais
je n’ai pas entendu de bagnoles ou de motos. Or n’importe quel chasseur vous le
dira, les vampires aiment les moteurs. Ils apprécient le vroum-vroum et le
clinquant. Qui s’étonnera que les morts vivants aiment rouler à tombeau ouvert ?
01 décembre 2007
Le dernier rayon du soleil de Guy Gavriel Kay

Aussi bien en Al-Rassan qu’en Amnuz et en Soriyye, les
terres ancestrales d’Orient, l’on disait parmi les Asharites que le monde
humain pouvait être divisé en trois groupes : les vivants, les morts, et
ceux qui se trouvaient en mer.
Ibn Bakir était éveillé depuis l’aube, et il remerciait dans
ses prières les dernières étoiles nocturnes de pouvoir être enfin compté parmi
les membres du bienheureux premier groupe.
Dans ce lointain et païen septentrion, au milieu de ce
marché de l’île de Rabady battue par les vents, il avait hâte de commencer à
échanger son cuir, ses étoffes, ses épices et ses lames bien aiguisées contre
des fourrures, de l’ambre, du sel, et de lourds tonneaux de morue séchée, qu’il
vendrait en Ferrières sur le chemin du retour : il voulait prendre au plus
vite congé de ces barbares Erling qui puaient le poisson, la bière et la
graisse d’ours, qui pouvaient vous massacrer pour une querelle sur des prix, et
qui – ces sauvages ! – brûlaient leurs chefs sur des bateaux, parmi leurs
possessions terrestres.
Guy Gavriel Kay exploite à nouveau son monde alternatif pour narrer une page d’histoire romancée à sa façon. L’intrigue s’inspire ici du règne du roi anglais Alfred le Grand (les sources sont indiqués dans les remerciements) au IXeme siècle et de la fin de l’occupation danoise, pardon erling...
Il était roi d’un peuple incertain, dispersé et inculte,
dans une contrée assiégée et marquée par
l’hiver, et il voulait davantage. Il voulait davantage pour eux, ses Anglcyns,
dans cette île. Avec trois générations de paix, il le croyait possible. Depuis
vingt-cinq ans, il prenait des décisions contre son cœur et son âme avec cette
idée en tête. Le temps viendrait bientôt où il en répondrait devant Jad.
Et il ne croyait pas qu’ils se verraient accorder trois
générations.Pas dans ces terres du nord, ce champ d’ossements guerriers. Il vivait
son existence et luttait contre les obstacles, y compris ses fièvres, au défi
de cette pensée amère, comme si de par sa seule volonté il pouvait en être
autrement ; il songeait au dieu dans Son chariot à l’envers du monde,
combattant le mal chaque nuit pour ramener le soleil dans le monde de Sa
création.
Plutôt qu’une longue fresque comme dans « Les Lions d’Al-Rassan », l’action se déroule sur quelque mois, mais les protagonistes sont nombreux, multipliant les points de vue. L’intrigue devient ainsi plus complexe et n’est pas manichéenne. On trouvera bien un sale type qui n’a pas grand-chose pour lui mais c’est la seule exception. Les personnages Erling sont, certes brutaux, mais aussi complexes et tout aussi intéressants que le roi Aëldred et ses proches, ou les cyngaëls voleurs de bétail. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le personnage de Bern Thorkellson tant pour ses aventures que son évolution.
Le fantastique à une part dans cette histoire via la présence très légère d’une partie des mythes celtiques, sans pour autant allourdir la narration à tiroir de Guy Gavriel Kay. Les personnages sont bien campés et approfondis tandis que leurs destins et leurs histoires personnelles s’entremêleront jusqu’à une confrontation finale aussi forte que celle des Lions d’Al-Rassan.
Une histoire riche et des personnages bien travaillés, Guy Gavriel Kay, réussi à nouveau son adaptation personnelle de l’histoire et il devient rapidement difficile de poser ce roman. Un très bon moment et l’éclairage d’une période peu connue de l’histoire qui m’a incité à me documenter.
C’étaient des hommes de Jormsvik, cependant. Ils firent mouvement avec une rapidité qu’il n’aurait pas crue possible avant de se joindre à eux. On leva le camp et, lorsque les rames furent en place dans les deux derniers bateaux – avec un équipage réduit, mais on n’y pouvait rien – et qu’ils s’éloignèrent sur l’eau, le soleil n’avait guère viré plus loin vers l’occident. C’était leur vie, le sel et le dur labeur, les proues à tête de dragon. "Un Erling à cheval sur la mer…"