22 novembre 2007
Temps de Stephen Baxter

« Bien sûr, Emma savait que Reid Malenfant – son astronaute
raté d’ex-mari, et son patron actuel – achetait des moteurs de navette spatiale
et les mettait à feu dans le désert californien. Elle croyait que ça faisait
partie d’un plan compliqué de traitement des déchets.
Elle ignorait qu’il avait l’intention d’utiliser les fusées
pour se rendre dans les astéroïdes.
Pas avant que Cornélius Taine ne lui en parle.
De cela, et de bien d’autres choses encore. »
Cornélius Taine est un mathématicien, brillant mais obsédé par la catastrophe de Carter : la fin de l’humanité. Très proche d’après des calculs statistiques alambiqués, douteux mais difficilement réfutables.
La rencontre de Taine et Malenfant sera explosive, ensemble
ils oeuvreront pour ce qu’ils pensent être le bien de l’humanité, la fin
justifiant les moyens. Même modifier génétiquement des calmars afin d’en faire
des astronautes, puis d’en faire des concurrents de l’humanité pour la conquête
du système solaire !
« Nous perdons vingt-cinq milliards de tonnes de terres
arables par an, l’équivalent de six déserts des années 30. Les nappes
phréatiques – comme celle qui se trouve sous notre ceinture céréalière –
s’épuisent. Nos plantes modernes génétiquement uniformes ne se révèlent pas
très résistantes aux maladies. Et ainsi de suite. Nous sommes face à des
problèmes qui échappent de plus en plus à notre contrôle, de manière
exponentielle.
Je vais vous le dire autrement. Imaginez un nénuphar dont la
taille double tous les jours. Il couvrira votre mare dans trente jours. Pour
l’instant, il a l’air inoffensif. Vous pensez peut –être que n’aurez pas besoin
d’agir avant qu’il ne recouvre la moitié de la mare. Mais quand cela
se produira-t-il ? Le vingt-neuvième jour.
Mesdames et messieurs, le vingt-neuvième jour est arrivé. »
Temps est sans nul doute un roman de hard science, toutefois
la forme du roman de Baxter, alternant les points de vue et insérant des
extraits d’articles de journaux, de points de vue de personnes lambda ou
d’excités sur Internet, en rende la lecture aisée. Ici point d’explications scientifiques
qui laissent le lecteur sur le bord du chemin.
Par contre les personnages sont de vrais déserts affectifs,
quasi autistes, tenant plus de la caricature du savant fou jouant aux apprentis
sorciers. Difficile de s’accrocher à de tels individus.
Même si l’idée du roman m’a rappelé quelques romans d’Arthur
C Clarke et une nouvelle d’Isaac Asimov, son traitement, plein de rigueur
scientifique (sa bibliographie est présentée en postface), la rende
intéressante.
Baxter s’intéresse au devenir de l’univers, son roman est
sombre et apocalyptique, mais n’accorde que peu de place à l’humain, sauf pour en dresser un portrait détestable, contrairement
à Greg Egan ou Robert Charles Wilson.
Ses personnages deviennent rapidement antipathiques et les
calmars de l’espace, intervenants secondaires, sont rapidement beaucoup plus
sympathiques.
Pas désagréable mais pas totalement convainquant non plus,
le roman se suffit parfaitement à lui-même et ne m’a pas donné envie de lire la
suite qui vient de paraître.
11 novembre 2007
Le Voyage de Haviland Tuf de George R.R. Martin

« Il s’agit d’un négociant indépendant, d’un genre
particulier. Pas vraiment prospère. Et qui se retrouve coincé sur ShanDellor en
attente d’une cargaison depuis maintenant une demi-année standard. Il doit être
sur les dents – suffisamment, je dirais, pour sauter sur cette occasion. Il
possède un petit vaisseau poussif avec un grand nom ridicule. Pas luxueux, mais
qui nous emportera là-bas, et c’est tout ce qui compte. Il n’y aura pas à
s’inquiéter de l’équipage, l’homme est seul à bord. Et il… pour tout dire, il
est grand, mais doux, dedans comme dehors. Il élève des chats, à ce que j’ai
entendu dire. N’aime pas trop les gens. Boit beaucoup de bière, mange trop. Je
doute même qu’il porte une arme. Les rapports disent qu’il vivote, qu’il
vagabonde d’une planète à l’autre pour vendre d’absurdes babioles et des petits
bibelots minables dans son pauvre vaisseau miteux. Wackerfuss le tient pour une
mauviette. Mais même s’il a tort, que peut faire un homme seul ? Qu’il
s’avise seulement d’émettre une menace de dénonciation, l’employée et moi, on
en fera de la pâtée pour ses chats. »
Tel est donc Haviland Tuf… Embauché, pour une expédition archéologique de récupération d’un ancien vaisseau de guerre cataclysmique, par une bande hétéroclite comptant autant de sociopathes que de naïfs stupides. Datant de l’age d’or de l’humanité, l’Arche est un ancien vaisseau de guerre biologique d’une taille monstrueuse, l’engin peut changer la face de n’importe quel planète, vestige d’une guerre sanglante ayant opposée l’humanité à une race extra terrestre. Vu la nature des employeurs de Tuf, la récupération va vite tourner au jeu de massacre auquel seul Haviland survivra. Commence alors pour lui une nouvelle carrière : celle d’ingénieur écologique itinérant.
Impassible, misanthrope, ultra protecteur envers ses chats, obèse mais végétarien, intelligent et surtout honnête, contrairement au Cugel de Jack Vance, Haviland Tuf est véritablement le seul honnête homme dans un univers malhonnête. Il ne ment que par omission et encore rarement. Disposant d’un vaisseau qui attire nombre de convoitise et détenteur d’un pouvoir dont la seule mention corrompt les hommes les plus intègres, Haviland sillonnera la galaxie en proposant ses services.
Un space opera très honnête, distrayant et jubilatoire. En tant que personnage, Haviland Tuf, vaut le détour à lui seul.
Le chat ne répondit pas. »
06 novembre 2007
Leçons du monde fluctuant de Jérôme Noirez

« Le cocher arrêta la voiture devant le porche de
l’église qui était jonché de saletés. De porche à porcherie il n’y a qu’un
petit pas syllabique, que l’esprit de Charles s’empressa de franchir. Ses
jambes en revanche étaient d’une humeur plus fainéante. »
Charles Dodgson, révérend, mathématicien, enseignant et
photographe bègue a choqué la société victorienne par son obsession consistant
à photographier des petites filles.
Hanté par le souvenir d’Alice il est envoyé aux confins de l’empire britannique
sur l’île de Novascholastica.
Novascholastica, terre à l’ambiance africaine où les colons
morts échappent à l’emprise des amphigouristes britanniques et vont se perdre
dans le monde des morts des autochtones.
Jab Renwick, noir précepteur, sorte d’inquisiteur victorien,
est envoyé sur place en même temps que Dodgson afin de mettre un terme à cette
situation.
Kematia, jeune empewo morte de Novascholastica, explore le
Lankolong, le monde des morts de son peuple et y découvre de biens étranges
phénomènes.
C’était une carapace de tortue marine, vide de tout contenu.
Et pour cause : l’animal proprement dit se tenait à
quelques pas de là, assis sur une borne, les pattes croisées, dans une posture
ridiculement anthropomorphique. »
Jérôme Noirez s’empare de Lewis Carroll, Charles Dodgson de
son vrai nom, pour l’embarquer dans une
aventure qui le transformera complètement. Mêlant habilement, un empire
britannique victorien fantasmé qui étant son autorité par delà la mort et un conte africain dans un récit où tout finit
par virer à l’absurde. Un récit parfaitement maîtrisé, très agréable et
finalement moins manichéen que le début ne le laissait présager.
Le Charles Dodgson de Noirez est saisissant et pathétique. Pauvre
individu rêveur broyé par la
société. L’histoire de Kematia est poignante.
Un superbe roman où il est beaucoup question d’obscurantisme mais pas forcément là où on le supposerait.
A lire ne serait ce que pour un certain lapin blanc
opiomane !
« Il n’y avait que dans le refuge de ses rêves qu’il ne connaissait pas la peur. »