Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

27 septembre 2007

La Planète Géante de Jack Vance

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« Il y avait de la place pour d’autres minorités… et de la place en quantité illimitée. Tous ont donc émigré : les sociétés misanthropes, les cultes, les primitivistes, les communistes, les monastères, voire de simple particuliers. Quelquefois, ils ont bâti des villes, quelquefois ils ont vécus isolés… à quinze cents, trois mille, dix mille kilomètres de leur plus proche voisin. Les gisements de minerais utiles sont inexistants sur la Planète Géante ; la civilisation technologique n’avait aucune chance de démarrer, et la Terre a refusé d’autoriser l’exportation d’armes modernes vers la Planète Géante.  Si bien que celle-ci s’est développée en un amas de petites nations et de localités séparées par de vastes étendues. »
 

La Planète Géante a été écrite en 1951 et se situe pleinement dans la production de cette époque. Quoi qu’il en soit cette traduction revue et complétée est la bienvenue, procurant au texte une saveur qu’elle n’avait pas auparavant suite à la suppression de la sexualité des personnages (thème pourtant assez présent dans les romans de Vance) et de quelques détails exotiques tel le cannibalisme de certaines tribus nomades. Il convient donc de lire La Planète Géante de la même façon que l’on regarderait le film La Planète Interdite : en effectuant un petit saut en arrière dans le temps.

Comme souvent avec Vance l’action démarre rapidement : le vaisseau menant une commission d’enquête de la Terre sur la Planète Géante s’écrase suite à une mutinerie.
Les membres de la commission venait enquêter sur des importations illicites d’armes et de métal à l’instigation d’un royaume subitement très expansionniste. Enquête d’autant plus urgente que la contrebande est financée par la vente d’esclaves à tous les tordus de l’univers qui se sont taillés des mini domaines en dehors de l’influence du pouvoir central terrien.

Suite au crash Claude Glystra et ses compagnons se retrouvent en territoire plus ou moins hostile, pourchassés par les Beaujolains bien décidés à les capturer. Cela donne donc lieu à un périple dépaysant où les terriens seront confrontés à toutes sortes de sociétés des plus sophistiqués au plus primitives, des plus pacifiques aux plus cruelles, avec une mention spéciale pour la très pittoresque, baroque et aristocratique ville de  Kirstendale.

De l’aventure, du dépaysement, des trahisons et une résolution ironique et amusante. Un roman assez classique de Jack Vance mais qui se laisse lire sans déplaisir mais sans atteindre non plus l’émerveillement d’un Emphyrio ou la magie de Lyonesse.
 

Il ramassa un caillou qu’il tourna entre ses doigts. «  Un caillou rond, du quartz… un morceau de la Planète Géante, lavé par l’eau de la Planète Géante, du lac Pellitante, poli par le sable d’un rivage de la Planète Géante… » Il le soupesa dans sa paume avec la vague idée de le garder. Toute sa vie, ce simple caillou saurait recréer à ses yeux cet instant précis, quand la paix, la solitude et l’étrangeté l’entouraient, tandis que la nuit tombait sur  la Planète Géante.

 
PS personnel : Yann si tu lis ces lignes et que tu n’a pas encore lu l’ancienne traduction du texte que je t’ai donné il y a quelques temps, abstiens toi ! Je te prêterai cette traduction : elle vraiment bien meilleure.

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24 septembre 2007

Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad

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« La curiosité, la fascination, la peur et le mépris se nouaient dans son estomac lorsque Sara Westerfeld descendit de l’automobile arrêtée devant l’entrée du Complexe central d’Hibernation de Long Island. Un temple, se dit-elle éblouie par la blancheur du gigantesque édifice dédié à la mort. Un temple égyptien ou aztèque où les prêtres rendent un culte au dieu de la laideur et prient pour se concilier les idoles à tête de serpent dans l’espoir de conjurer le dieu sans visage auquel ils continuent à rendre hommage dans la peur. Dieu de la mort sans visage, comme un grand édifice blanc sans fenêtres ; et à l’intérieur des momies froides, dormant dans leur sarcophage d’hélium liquide, attendent d’être ressuscitées. »

Premier contact avec la prose de Norman Spinrad, wouf ça décoiffe ! Un style percutant dans des Etats-Unis post hippies imaginés en 1968 et pourtant proche de nous d’une manière terrifiante. Une Amérique engluée dans son bipartisme, offrant toutefois aux afro-américains un état, le Mississipi, cloaque de pauvreté sur lequel règne de manière désabusée la CJS (Commission pour la Justice Sociale) face à ses propres échecs. Une Amérique où les drogues dites douces auraient été dépénalisées.

Dans ce pays pas totalement fantasmé, une émission télévisée emporte tous les suffrages :  Bug Jack Barron. Reality show justicier façon TF1, le prime time et l’influence et l’audience en plus. Barron d’un simple appel peut briser la carrière de n’importe quel politicien ou fonctionnaire. Prudent et cynique l’animal prend toutefois garde de ne jamais se frotter trop agressivement aux puissants, jusqu’au jour où une émission dérape suite à la défaillance d’un sénateur appelé pour sauver les meubles de la Fondation pour l’immortalité humaine. Le dit sénateur, candidat potentiel à la présidence se révèle incapable de repousser une accusation de ségrégation raciale proférée à l’encontre de  la Fondation appartenant à son soutien financier : Benedict Howards.
La blessure ne serait pas mortelle si Howards n’était depuis peu le détenteur du secret de l’immortalité et bien décidé à garder le monopole sur sa découverte pour contrôler le pays.

Le milliardaire prend ombrage du coup de canif et le bras de fer avec Jack Barron, géant des médias commence. Peut on lutter contre quelqu’un qui manipule sans vergogne cent millions de téléspectateurs ? Peut on lutter contre quelqu’un qui tel le diable agite la possibilité de l’immortalité et possède cinquante milliards de dollars ? 

« Tu veux que je te dise, tu es cinglé, Jack ! fit Gelardi le plus sérieusement du monde. Tu passes ton temps à me répéter qu’il ne faut pas tirer la queue des tigres, et qu’est-ce que tu fais maintenant, tu fais piquer une crise à Howards et au lieu de lui passer la main dans le dos tu l’envoies chier. Et comme si on n’avait pas assez d’emmerdements pour le moment, tu voudrais faire une émission entièrement dirigée contre lui. Tu t’es bourré la gueule avec quelque chose de plus fort que les Acapulco Golds, ou quoi ?

- Ecoute, Vince. En deux mots, nous avons des ennuis. Howards est convaincu que je lui en veux à mort, et je n’ai rien pu faire pour le persuader du contraire. Il m’a prévenu qu’il était parti pour avoir ma peau, et tu sais comme moi qu’en y mettant du temps il y parviendra. A ce stade, sachant qu’il n’écouterait pas la douce voix de la raison, je lui ai dit d’aller se faire foutre et je l’ai menacé à mon tour. Je lui ai dit que ce qui s’est passé cette semaine c’était de la plaisanterie à côté de ce qui l’attend s’il continue à vouloir me chercher des crosses. C’est pourquoi on lui colle la prochaine émission dans les fesses, histoire de lui montrer que n’étaient pas des paroles en l’air et que même un type de la stature de Howards n’a rien à gagner à faire vraiment suer Jack Barron. La prochaine fois il se tiendra à carreau. Il croit que son projet de loi passera comme une lettre à  la poste. Je veux lui prouver que je peux tout remettre en question si seulement il me donne assez de raisons de courir le risque. Nous lui montrerons nos griffes, et il rentrera les siennes. »

Tout commence comme la simple confrontation entre deux ego hypertrophiés puis dégénère dans un conflit où toutes les manipulations sont possibles et où le bluff à plus d’importance que le reste.

Le style sexe, drogue et rock’n roll de Norman Spinrad est très surprenant au premier abord mais sers parfaitement la narration pour illustrer les état d’âmes, du pourtant très cynique, Jack Barron.
Pouvoir des médias, manipulations politiques, corruptions, ségrégation larvée, les réflexions sur cette Amérique sclérosées sont nombreuses, fines et très actuelles. Il n’en reste pas moins que la traduction de1971 commence un peu à vieillir et que le personnage de Sara m’a semblé un peu caricatural mais que cela ne vous arrête pas, Jack Barron et l’éternité est un magnifique roman tiroir mêlant de nombreux thèmes dans un style échevelé.

« La vendetta, Bennie, juste entre toi et moi et que le meilleur gagne. Tu as attaqué le premier, maintenant c’est mon tour, Howards, méfie-toi des ruelles obscures parce que je serai là à t’attendre au tournant. »

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19 septembre 2007

Darwinia de Robert Charles Wilson

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« L’adolescent posait la main sur l’Europe, recouvrant des indications dépassées. Terra incognita. Les publications de Hearst, emboîtant le pas au regain religieux national, appelaient parfois ironiquement le nouveau continent « la Darwinie », pour donner à entendre que le miracle avait jeté le discrédit sur l’histoire naturelle.
Il n’en était rien, Guilford en avait l’intime conviction, bien qu’il n’osât en parler. Pour lui, il ne s’agissait pas d’un miracle, juste d’un mystère. Inexplicable, mais peut être pas intrinsèquement tel.
Cette masse de terre, ces profondeurs océanes, ces montagnes, ces déserts glacés, tout cela changé en une nuit… C’était effrayant, surtout lorsqu’on évoquait les contrées inconnues que sa main dissimulait. On se sentait tellement fragile.
Un mystère. Qui, comme tous les mystères, attendait une question. Plusieurs, même. Des questions en forme de clés, fouillant une serrure obstinée.
Les yeux clos, le garçon retirait la main du globe terrestre. Il imaginait une immensité retournée à l’indétermination, légendée dans une langue inconnue.
Des mystères à l’infini.
Mais comment interroger un continent ? »

 
1912. En une nuit l’Europe est effacée de la surface du globe, ses habitants, ses nations et toutes les manifestations humaines disparaissent pour laisser place à une jungle sauvage à la faune et la flore inconnue.
La géopolitique et les croyances sont bouleversées. L’empire britannique est à terre et les autres nations européennes ne sont plus qu’un souvenir, les Etats-Unis d’Amérique deviennent de fait la première puissance mondiale.
Guillford Law a quatorze ans au moments des faits, fasciné par le phénomène, il participera huit plus tard, en tant que photographe, à une expédition scientifique en Darwinie.

De Londres, simple ville frontière aux Alpes en passant par les chutes du Rhin, l’expédition s’annonce périlleuse. Que ce soit la faune hostile ou les ressortissants expatriés des anciennes nations européennes, devenus colons, farouchement nationalistes et opposés à la politique de colonisation américaine.

Robert Charles Wilson par l’intermédiaire de quelques protagonistes dispersés à la surface du globe nous dresse un portrait saisissant d’une humanité confronté à un phénomène qui  la dépasse. Que ce soit pour le passionné Guilford Law au cours de son voyage infernal, pour sa femme Catherine et sa fille Lily quelque peu perdues à Londres ou Elias Vale spirite américain victime d’une étrange possession.
Renouveau religieux, dépression, tensions internationales, tout est présenté très clairement sans perdre de vue l’humanité des personnages ce qui semble constitué le style de Robert Charles Wilson.

Le récit est très agréable et alterne les points de vue d’une manière très efficace qui permet d’avoir en permanence une vue d’ensemble de la situation. Quant  à l’explication du phénomène, elle se situe au sein de la science fiction la plus vertigineuse d’où le classement de ce titre.
Un roman très efficace et profondément humain, Guilford Law est vraisemblablement un des personnages les plus attachants parmi les différents protagonistes des romans de Wilson.

« Je pense à l’Europe, reprit Randall. Une Europe si corrompue qu’elle a été rejetée dans le creuset de la Création pour y être refondue. Aussi extirpons-nous les graines de l’européanisme partout où nous les trouvons, quoi que cela puisse signifier. Hypocrisie pure et simple, évidemment. Marotte politique. Vous voulez voir l’Europe ? » Il engloba d’un geste la demeure à colonnades blanches des Sanders-Moss. « La voilà ! La cour de Versailles. Ou l’équivalent. »

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11 septembre 2007

BIOS de Robert Charles Wilson

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« Ce qui faisait entre autres de la planète une vaste et nouvelle pharmacopée. L'essentiel du financement de l'exploitation de Yambuku provenait d'ailleurs des collectifs pharmaceutiques chapeautés par le Trust des Travaux. Cela n'allait pas sans poser de problèmes : il fallait ainsi justifier auprès des comptables du Trust tout ce qui sortait de Yambuku. Nulle trace, ici, pour la science pure, on le faisait clairement comprendre aux employés d'origine kuiper. Hayes était particulièrement apprécié des Trusts, présumait-il, précisément parce qu'il n'était pas reparti chez lui pour y publier aussitôt une dizaine d'articles dans des revues scientifiques indépendantes ; un comportement qui, pour les Trusts, revenait à offrir à qui en voulait ce pour quoi ils avaient payé. »

Dans un futur lointain, la Terre est dominée par des Trusts eux même au main des Familles, aristocrates héréditaires, gouvernant la majeure partie de l'humanité d'une main de fer.
Tourné uniquement vers le profit, ces entités laisse croupir la main d'oeuvre non qualifiée dans des conditions misérables. L'espace a néanmoins été colonisé, des gouvernements indépendants se sont constitués sur Mars et dans des habitats spatiaux.

Aux confins de la sphère humaine se trouve Isis, une planète disposant d'une biodiversité comparable à celle de la Terre si ce n'est qu'elle est mortelle. Dans le passé d'Isis, la compétition des organismes mono cellulaires a été plus longue et plus intense que sur la Terre, les micro organismes sont agressifs et dotés de moyens de défense très élaborés. Intéressé par les débouchés pharmaceutiques potentiels, les Trusts ont financés l'étude d'Isis. Une station orbitale y a été installé ainsi que des stations d'études scientifiques au sol, véritables forteresses assiégées par les virus autochtones.

« Autour de la station, on avait brûlé ou assaisonné d'herbicides longue durée une large bande de terrain pour la débarrasser de sa végétation. Le coeur et les quatre anneaux coaxiaux de Yambuku étaient enchâssés dans ce désert noir telle une perle tombée à terre. La zone de combustion empêchait les plantes autochtones de grimper sur les murs en agrégat compressé de la station, d'obstruer ses sorties et d'affaiblir ses joints. Elle évoquait aussi à Hayes l'espace vide entre une forteresse et son mur d'enceinte. Un champ de tir.
Mais ce no man's land n'était d'aucune efficacité contre les micro-organismes aériens, cause probable des défaillances à répétition des joints, et déjà les mauvaises herbes tentaient de nouvelles avancées, comme si la forêt étendait à tâtons ses doigts verts. »

Zoé Fisher est la dernière avancée scientifique des Trusts, génétiquement créée, modifiée à coup de nanotechnologie, elle doit pouvoir évoluer  sur Isis avec un équipement allégé. Sabotée par un médecin afin qu'elle puisse ressentir des émotions, Zoé est envoyée sur Isis avec son cortège de cauchemars et d'émotions naissantes.
Sur place, jouet des intrigues byzantines des Familles et de la veulerie des cadres des Trusts, elle devra commencer son exploration d'Isis au moment où tout commencera à tourner à la catastrophe.

« Imaginez Isis comme une tueuse. Elle veut entrer. Elle nous veut, nous. Jusqu'à présent, elle a tâtonné dans la serrure avec un trousseau de clés – des composés chimiques – en cherchant celle qui correspondait. Un effort terriblement long et frustrant, ce qui nous a amenés à nous croire plus ou moins en sécurité. Mais voilà qu'elle a trouvé la bonne clé. La tueuse a la clé, et tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de l'utiliser, d'ouvrir patiemment une porte après l'autre, parce qu'il est trop tard pour changer la serrure. » Il résuma son point de vue : Bref, on est baisé.

Dans ce court roman, Robert Charles Wilson, alterne les points de vue et les lieux, Zoé n'étant qu'un protagoniste parmi d'autres, ce qui donne au texte un grand dynamisme. Anticipation sociale, « film catastrophe », découverte d'entité véritablement extra terrestre, Wilson réussit à mêler tout ces thèmes de manière très efficace. Son livre se lit rapidement avec plaisir et se conclut de manière surprenante. Pas révolutionnaire, ni aussi remuant que Spin ou les Chronolithes, BIOS reste un bon roman qui passe agréablement le temps.

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08 septembre 2007

Le festival des macchabées d’André Héléna

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« Ils avaient cet air vache de brutes obstinées, prêtes à tout et méfiantes, ayant toujours l’impression qu’on se fout d’eux, avec un regard traqué, qui tournait autour de la pièce et se posait sur tout le monde sans voir personne. Mais le simple effleurement de ces regards glacés suffisait à serrer les tripes à chaque mec. » 

Suite directe « Des Salauds ont la vie », ce roman est bien nommé : les morts pleuvent.
L’histoire repart quelques mois après la fin du volume précédent mais le style a quelque peu changé : l’action est omniprésente avec moult rebondissements pas toujours très vraisemblables. Héléna semble en être aussi conscient avec les réflexions suivantes de Maurice :

"C'était à croire que le Bon Dieu se foutait de nous et nous prenait pour des ludions. Il nous plongeait tout à tour et nous faisais remonter. Un jeu du chat et de la souris, une vraie douche écossaise. Quelque jour, le système se détraquerait et alors on se mouillerait pour de bon. "

« C’est à croire, du reste, qu’il y avait un bon Dieu pour nous et qu’il nous avait délégué son ange gardien le plus dégourdi, parce qu’il y a peu de mecs, faut bien le dire, qui auraient eu assez de pot pour passer à travers tous les trucs à travers lesquels on était passés, notamment la fusillade de Lyon, pour ne citer que ça. »


Ce livre n’en reste pas moins agréable à lire grâce à sa troisième partie qui renoue avec les ambiances du premier tome et offre une histoire plus intéressante avec une esquisse de la France de la libération.


Un peu moins bien écrit, des ficelles narratives un peu grossières et pas mal de deus ex machina. Un livre vite lu, qui ne marquera le lecteur que par son extrême violence, dont on pourra se passer contrairement au très bon roman précédent.

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05 septembre 2007

Les salauds ont la vie dure d’André Héléna

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« Déjà qu’en temps normal Lyon, c’est la ville la plus moche et la plus sinistre que je connaisse, alors maintenant, sous la botte allemande, elle battait tous les records. Sinistre qu’elle était, la ville, enfoncée dans le cafard, comme dans la ouate sale de ses brouillards, hantée d’ombres furtives qui suivaient les trottoirs, la tête basse, vêtues de sombre, avec des gueules hargneuses, allant on ne sais où, faire on ne sais quoi, avec des airs de mystère qui leur allaient comme des pantoufles à un chat. » 

Je ne connais pas les romans noirs ma seule expérience en la matière étant l’adaptation cinématographique du roman de James Ellroy : L.A. Confidential. C’est une chronique de la salle 101 qui m’a fait franchir le pas.
Le style d’Héléna est assez particulier, les dialogues de truands des années quarante laissent la place à des descriptions, des impressions plus subtiles ou son amour pour Paris et sa région natale : le Languedoc Roussillon. 

Maurice, truand parisien est contraint de quitter Paris précipitamment suite à un crime passionnel. Violent, buveur, coureur de jupons, accroché à son code d’honneur et a priori pas patriote pour un sou, Maurice n’est pas spécialement sympathique. L’époque ne l’est pas non plus, l’action devant se dérouler au cours du dernier trimestre de 1943.
L’évocation de l’Occupation à Paris, Lyon, Perpignan et Montpellier au cours des tribulations de Maurice est saisissante. Les difficultés d’approvisionnement, de logement, les contrôles, la crainte du STO ou de la déportation tout est dépeint très naturellement au fil de la narration.
Pourchassé Maurice basculera dans la Résistance à la suite d’un concours de circonstances, la ferveur patriotique, elle, ne viendra que tardivement. 

« D’ailleurs, ici, les Allemands, ils étaient extraordinairement discrets. Ils vivaient dans le quartier des villas chics qu’ils avaient entouré d’un réseau de barbelés. Un quartier sinistre, d’ailleurs, poignant de la tristesse des choses luxueuses brusquement abandonnées. L’herbe poussait dans les pavés, les fenêtres, aveuglées de carton, n’avaient plus de regard, les portes étaient défoncées, mal entretenues, se gondolaient dans le vent humide du large.
Ils avaient pas besoin d’y coller des chevaux de frise, les boches, personne n’avait envie de s’y aventurer, dans leur royaume du désespoir. »

 

Le premier roman de ce diptyque est très accrocheur, une fois dedans, j’ai eu du mal à le lâcher. La narration d’André Héléna sans fard, décrit toutes les couches de la société durant cette période, des résistants ou collaborateurs en passant par les simples paumés. Les salauds ont la vie dure est un excellent roman, mêlant action, une pointe d’humour et une peinture des mœurs sans complaisance. 

« On vivait une époque où il n’était question que de se défendre. Se défendre contre le froid, contre la faim, contre la maladie et contre la mort.Il fallait mener une lutte constante pour sa ration de pain, de topinambours et de rutabagas, pour avoir une place dans le car qui allait partir, ou dans le train, pour toucher ses cent grammes d’huile et ses tickets de textiles. Une vie qui était devenue pire qu’aux temps primitifs, compliqués de lois, d’ordonnances et de décrets absurdes, plus vexants et plus empoisonnants les uns que les autres. L’Europe entière était devenue un immense champ clos dans lequel la moitié du monde s’efforçait d’emmerder l’autre moitié. Il n’y avait évidemment pas de quoi se marrer. »

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