Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

05 septembre 2007

Les salauds ont la vie dure d’André Héléna

A

« Déjà qu’en temps normal Lyon, c’est la ville la plus moche et la plus sinistre que je connaisse, alors maintenant, sous la botte allemande, elle battait tous les records. Sinistre qu’elle était, la ville, enfoncée dans le cafard, comme dans la ouate sale de ses brouillards, hantée d’ombres furtives qui suivaient les trottoirs, la tête basse, vêtues de sombre, avec des gueules hargneuses, allant on ne sais où, faire on ne sais quoi, avec des airs de mystère qui leur allaient comme des pantoufles à un chat. » 

Je ne connais pas les romans noirs ma seule expérience en la matière étant l’adaptation cinématographique du roman de James Ellroy : L.A. Confidential. C’est une chronique de la salle 101 qui m’a fait franchir le pas.
Le style d’Héléna est assez particulier, les dialogues de truands des années quarante laissent la place à des descriptions, des impressions plus subtiles ou son amour pour Paris et sa région natale : le Languedoc Roussillon. 

Maurice, truand parisien est contraint de quitter Paris précipitamment suite à un crime passionnel. Violent, buveur, coureur de jupons, accroché à son code d’honneur et a priori pas patriote pour un sou, Maurice n’est pas spécialement sympathique. L’époque ne l’est pas non plus, l’action devant se dérouler au cours du dernier trimestre de 1943.
L’évocation de l’Occupation à Paris, Lyon, Perpignan et Montpellier au cours des tribulations de Maurice est saisissante. Les difficultés d’approvisionnement, de logement, les contrôles, la crainte du STO ou de la déportation tout est dépeint très naturellement au fil de la narration.
Pourchassé Maurice basculera dans la Résistance à la suite d’un concours de circonstances, la ferveur patriotique, elle, ne viendra que tardivement. 

« D’ailleurs, ici, les Allemands, ils étaient extraordinairement discrets. Ils vivaient dans le quartier des villas chics qu’ils avaient entouré d’un réseau de barbelés. Un quartier sinistre, d’ailleurs, poignant de la tristesse des choses luxueuses brusquement abandonnées. L’herbe poussait dans les pavés, les fenêtres, aveuglées de carton, n’avaient plus de regard, les portes étaient défoncées, mal entretenues, se gondolaient dans le vent humide du large.
Ils avaient pas besoin d’y coller des chevaux de frise, les boches, personne n’avait envie de s’y aventurer, dans leur royaume du désespoir. »

 

Le premier roman de ce diptyque est très accrocheur, une fois dedans, j’ai eu du mal à le lâcher. La narration d’André Héléna sans fard, décrit toutes les couches de la société durant cette période, des résistants ou collaborateurs en passant par les simples paumés. Les salauds ont la vie dure est un excellent roman, mêlant action, une pointe d’humour et une peinture des mœurs sans complaisance. 

« On vivait une époque où il n’était question que de se défendre. Se défendre contre le froid, contre la faim, contre la maladie et contre la mort.Il fallait mener une lutte constante pour sa ration de pain, de topinambours et de rutabagas, pour avoir une place dans le car qui allait partir, ou dans le train, pour toucher ses cent grammes d’huile et ses tickets de textiles. Une vie qui était devenue pire qu’aux temps primitifs, compliqués de lois, d’ordonnances et de décrets absurdes, plus vexants et plus empoisonnants les uns que les autres. L’Europe entière était devenue un immense champ clos dans lequel la moitié du monde s’efforçait d’emmerder l’autre moitié. Il n’y avait évidemment pas de quoi se marrer. »

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