Le Royaume blessé de Laurent Kloetzer.

Il y a quelques années, j’ai lu l’excellent « La Voie
du cygne » de Laurent Kloetzer. J’avais beaucoup apprécié, la publication
du Royaume blessé l’année dernière a rappelé cet auteur à mon bon souvenir.
C’est à cette occasion que l’intégralité de ses œuvres a atterrie dans ma pile
à lire et je dois dire qu’à la lecture de ce roman je ne le regrette pas.
Le décor dans lequel se déroule, l’histoire d’Eylir
Ap’Callaghan est un monde imaginaire, largement inspiré du notre où s’opposent
les clans keltes à l’empire atlan. Les keltes, d’inspiration celtique, vivent
en plein moyen age tandis que les atlans sont en pleine renaissance avec une
pointe de révolution industrielle. A ces deux civilisations se greffent
d’autres nations mineures qui seront traversées rapidement.
A ce moment là, Eylir disparaît de l’histoire avec un grand
H et commence véritablement sa vie. Le narrateur, bien des années plus tard,
apprend son existence par un barde et fasciné commence une longue enquête
recueillant auprès des différents acteurs des contes sur la vie d’Eylir tout en
tentant de retrouvé sa trace.
« A Koronia, au service de Madame, j’étais sujet de
Rhadamanthe, seigneur puissant, pacifique et lumineux. Face à ce Roi blanc
s’était dressé le Roi rouge qui mène les armées, le jeune dieu flamboyant qui
bouleverse le monde. C’était vers lui que penchait mon cœur, peut-être que je
savais que rien ne survivrait de son épopée folle, peut-être aussi parce que
son œuvre était celle d’un seul homme, d’une seule voix.
Et grâce à Kyle, par ces nuits de fièvre à la Grange,
j’étais devenu membre de cette grande histoire. Occupe-toi du gamin…
En me disant ces mots, il m’avait confié le petit Eylir,
Eylir le jeune, frère du Roi rouge. Je tenais la main de l’enfant blond, il
m’avait accompagné jusque dans la retraite de ma pension, regardant toute chose
d’un air tranquille. Je rêvais et l’interrogeais en silence. Et toi, qu’es-tu
devenu dans le sillage d’un frère aussi illustre ? As-tu pris les armes à
ton tour ? Es-tu mort dans une de ses guerres ? Es-tu quelque part
dans le monde, marié et paisible, cultivant ton jardin ? Pourquoi Kyle
m’a-t-il parlé de toi ? Pourquoi à moi ? »
Profitant de fonctions dans l’empire atlan, lui permettant
de mener l’enquête, le narrateur remontera la piste d’Eylir, croisera nombre de
ses relations et le retrouvera.
Selon les conteurs, les histoires d’Eylir varieront de style
et d’ambiance, des nouvelles purement fantastiques surgissant ça et là sans qu’on
sache vraiment avant le dénouement si elles sont fantasmées ou non.
Le destin d’Eylir bien que moins glorieux que celui de son
frère est très captivant et tragique.
Quelques passages dans le domaine du fantastique sont
déroutants mais le récit reste globalement prenant et plein de rebondissements,
un superbe voyage dépaysant.
« Je réfléchissais à toute cette histoire et j’ai
demandé le plus naturellement du monde à la Dame Argine si elle
avait déjà reçu chez elle des compagnons d’Eylir Ap’Callaghan…
Je n’avais pas fini ma question qu’elle a lâché un lourd
plat de terre qui s’est brisé net sur le sol. Le vieil homme a ouvert les yeux
et m’a regardé, très attentif. Quant à Beth, elle a cessé d’essuyer la table,
atterrée. Argine s’est retournée vers moi, son regard brillait comme celui
d’une prophétesse, son visage était plein de colère, j’ai commencé à prendre
peur. Elle a parlé, très lentement, avec une tension énorme dans la voix.
« Personne ne prononce ce nom maudit dans ma maison.
Personne. Sors de chez moi ! »
Comme je tentais stupidement de m’excuser, elle a
crié : « Sors de chez moi ! »
Je me suis empressé d’obéir, j’ai senti qu’elle allait me
tuer si je n’obtempérais pas. Hors de la maison, désemparé, je l’ai entendu
crier, et Beth qui essayait de la calmer. Le vieil homme me regardait depuis la porte, ses yeux
étaient froids, sans indulgence. Il avait de l’allure, même dans un siège
roulant.
Et j’ai compris, bien sûr. J’ai compris où je me trouvais,
avec qui je parlais. Il faut me croire, jusqu’à cet instant, je n’avais pas
fait le rapprochement. Je me maudis encore d’avoir été aussi aveugle, aussi
bête… Sur le coup, je me suis effondré. Comment me faire pardonner un coup
pareil ? C’était impossible… »
La Pyramide de feu d’Arthur Machen

« Inutile de vous ennuyer avec un exposé détaillé des épreuves qu’il m’a fallu traverser pour aboutir à cette conclusion ; quelques expériences simples m’ont inspiré un doute sur ce qui était alors mon point de vue et une suite de pensées découlant de circonstances relativement futiles m’ont entraîné très loin ; ma conception de l’univers a été balayée et je suis resté là dans un monde qui me paraissait aussi étrange et terrifiant que pouvaient paraître les vagues de l’océan Pacifique déferlant à perte de vue quand on les a pour la première fois aperçues, avec leur scintillement, d’un sommet du pays de Darien. Aujourd’hui je sais que les murs des sens qui semblaient si impénétrables, qui paraissaient s’élever au dessus des cieux et plonger leurs fondation dans les profondeurs et nous enfermer à jamais, n’étaient que les plus ténus et légers des voiles qui se dissolvent devant celui qui cherche à savoir, et se dissipent dans la brise du matin, près des sources. »
Source d’inspiration et correspondant d’Howard P. Lovecraft,
Arthur Machen décrit une Grande Bretagne victorienne où les elfes de
Shakespeare sont devenus d’hideuses créatures oubliées hantant les landes et
collines désertes. S’inspirant légèrement de Conan Doyle et Robert Louis
Stevenson, Machen détourne les mythes anglo saxon pour en faire des contes
d’horreur. Les trois nouvelles de ce recueil sont assez réussis et distille un
léger malaise (sans pour autant atteindre les sommets des nouvelles les plus
réussies de Lovecraft).
Quoi qu’il en soit les protagonistes de ces nouvelles me semblent plus variés que ceux de Lovecraft et le détournement d’une mythologie existante permet d’aborder l’œuvre plus facilement. L’isolement des contrées reculées est remarquablement transcrit de même que la montée en intensité.
Un auteur très intéressant et son roman Le Grand Dieu Pan est désormais sur ma liste de livre à acheter.
La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

« Le village, enfin le tas de dunes, est à trois cent
mètres sur la droite. Les puisards sont les seuls survivants que nous ayons croisés depuis ce matin et
ils étaient à ce point hébétés qu’ils n’ont pas compris qui nous étions, ni ce
que nous demandions : un peu d’eau non souillée, une chaise où s’asseoir,
un pan de mur encore droit où adosser nos plaies. Il faut les comprendre. Les
dégâts sont immenses : maisons détruites jusqu’aux meubles, vélichars, éoliennes…
Parfois tout a été embarqué. Quelques enfants aussi, les rares bêtes. Leur
récolte noyées de sable. Des mois à pelleter, à dégager, à reconstruire sous
les rafales en espérant finir avant le prochain massacre, dans deux ou trois
ans, et finir mieux, moins ébranlable ! »
Un monde où le vent souffle avec rage. Des sociétés se sont
adaptées à cet environnement, en tentant de se prémunir contre lui ou en
l’exploitant : cités se blottissant derrière des digues, haute tour bâtie
au dessus des éléments, enclaves abritées par le relief, nomades se propulsant
avec des éoliennes. Le monde d’Alain Damasio malgré son originalité fait preuve
d’une grande cohérence (on est loin de la Planète des Ouragans de Serge Brussolo) et la présence d’une faune
fantastique ne perturbe pas le récit.
Au sein de cet société, un ordre hermétique lance
régulièrement un groupe d’individus, formés et sélectionnés depuis l’enfance
pour remonter à la source du vent : la Horde.
C’est une partie du périple de cette dernière qui est conté.
Le style de ce roman est assez déroutant au début, chaque membre de la Horde est affublé d’un sigle (résumé sur un marque page dans l’édition poche), sa présence en début de paragraphe signalant l’identité du narrateur. Le vocabulaire inventé et la ponctuation détournée pour décrire le vent surprennent aussi. Par contre en maniant en virtuose, l’ellipse et le flash back, le récit est très dynamique et pas répétitif.
La Horde refuse l’emploi de moyen de transport par philosophie. Seule un groupe endurci par le trajet à pied depuis l’Extrême Aval aura une chance de franchir les obstacles, naturels ou humains barrant la route de l’Extrême Amont (illustrée par la numérotation à rebours des pages). L’odyssée axée sur le dépassement, très variée (du contrevent à la joute verbale), rebondie régulièrement, les personnages évoluent et se révèlent peu à peu, de la subtile Oroshi au très fruste Golgoth.
« Mon père m’a viré à cinq ans pour me lâcher sur
Aberlaas. Mais il a quand même eu le temps de m’apprendre une chose : le
respect de mon nom. Devant mon nom, y a qu’un seul objectif que je
tolère ; c’est « neuvième ». J’aurais pu te saigner d’un jet,
petite gueule, mais je vieillis. Et j’espère que toi aussi tu vieilliras assez
pour te souvenir de mon nom. Et si dans deux mois, un aqual me suce et que tu
retrouves mon sac de peau sur une plage, avec la carte de ma vie tatouée
derrière, tu la prendras et tu la cloueras au mur de ta putain de cabine !
Peut être que ça te donnera une idée, même vague, de ce qu’est le courage. »
Conte philosophique et aventure fantastique, la Horde du Contrevent est un très beau roman, bien écrit et tout aussi bien mené. Si vous n’avez pas peur d’être emporté par un furvent ou changé un chrone, n’hésitez pas !
Harry Potter and the Deathly Hallows

Comme les années précédentes, il n’y avait pas besoin de
commander le dernier Harry Potter malgré le battage médiatique qui suggérait
des possibilités de pénurie. J’ai trouvé mon exemplaire à mon retour de
vacances à l’hypermarché du coin à côté d’une promotion pour des raviolis.
Plus sérieusement.
Harry Potter and the Deathly Hallows est donc le dernier
épisode de la série mais aussi le plus sombre. Les morts s’accumulent et le
désespoir se propage énormément.
« He had
never thought to ask Dumbledore about his past. No doubt it would have felt
strange, impertinent even, but after all, it had been common knowledge that
Dumbledore had taken part in that legendary duel with Grindelwald, and Harry
had not thought to ask Dumbledore what that had been like, nor about any of his
other famous achievements. No, they had always discussed Harry, Harry’s past,
Harry’s future, Harry’s plans…»
La narration est bien maîtrisée l’exception d’une ou deux ficelles un peu grosses, des éléments des six épisodes précédents sont repris et la relecture de ces derniers peut s’avérer utile. Les différents personnages sont présentés sous des jours nouveaux ce qui diminue très fortement l’aspect manichéen de ce conte.
L’introduction des « Deathly Hallows » est un des
éléments les mieux amenés du roman et contribue fortement à l’intensité
dramatique. La sortie du cadre de Hogwarts permet de renouveler l’intérêt et
donne un meilleur aperçu de cet univers.
Harry Potter reste un très bon divertissement, quelque peu surmédiatisé, mais pas idiot. L’écriture de Rowling plus mature au fil des tomes et de l’évolution des protagonistes est agréable. Reste donc quelques astuces narratives un peu grossières mais qui ne gâchent pas l’ensemble ni les scènes les plus poignantes.
