31 août 2007

Le Royaume blessé de Laurent Kloetzer.

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Il y a quelques années, j’ai lu l’excellent « La Voie du cygne » de Laurent Kloetzer. J’avais beaucoup apprécié, la publication du Royaume blessé l’année dernière a rappelé cet auteur à mon bon souvenir. C’est à cette occasion que l’intégralité de ses œuvres a atterrie dans ma pile à lire et je dois dire qu’à la lecture de ce roman je ne le regrette pas.

Le décor dans lequel se déroule, l’histoire d’Eylir Ap’Callaghan est un monde imaginaire, largement inspiré du notre où s’opposent les clans keltes à l’empire atlan. Les keltes, d’inspiration celtique, vivent en plein moyen age tandis que les atlans sont en pleine renaissance avec une pointe de révolution industrielle. A ces deux civilisations se greffent d’autres nations mineures qui seront traversées rapidement.

Eylir est le demi frère cadet d’Allender Ap’Callaghan, conquérant précoce (clairement inspiré d’Alexandre le Grand). Orphelin de père, Eylir sera élevé dans l’ombre de son frère et traîné sur nombre de champ de bataille avant que sa mère ne le soustrait à la folie de son frère.
A ce moment là, Eylir disparaît de l’histoire avec un grand H et commence véritablement sa vie. Le narrateur, bien des années plus tard, apprend son existence par un barde et fasciné commence une longue enquête recueillant auprès des différents acteurs des contes sur la vie d’Eylir tout en tentant de retrouvé sa trace. 

« A Koronia, au service de Madame, j’étais sujet de Rhadamanthe, seigneur puissant, pacifique et lumineux. Face à ce Roi blanc s’était dressé le Roi rouge qui mène les armées, le jeune dieu flamboyant qui bouleverse le monde. C’était vers lui que penchait mon cœur, peut-être que je savais que rien ne survivrait de son épopée folle, peut-être aussi parce que son œuvre était celle d’un seul homme, d’une seule voix.
Et grâce à Kyle, par ces nuits de fièvre à la Grange, j’étais devenu membre de cette grande histoire.
Occupe-toi du gamin…
En me disant ces mots, il m’avait confié le petit Eylir, Eylir le jeune, frère du Roi rouge. Je tenais la main de l’enfant blond, il m’avait accompagné jusque dans la retraite de ma pension, regardant toute chose d’un air tranquille. Je rêvais et l’interrogeais en silence. Et toi, qu’es-tu devenu dans le sillage d’un frère aussi illustre ? As-tu pris les armes à ton tour ? Es-tu mort dans une de ses guerres ? Es-tu quelque part dans le monde, marié et paisible, cultivant ton jardin ? Pourquoi Kyle m’a-t-il parlé de toi ? Pourquoi à moi ? »
 

Profitant de fonctions dans l’empire atlan, lui permettant de mener l’enquête, le narrateur remontera la piste d’Eylir, croisera nombre de ses relations et le retrouvera.
Selon les conteurs, les histoires d’Eylir varieront de style et d’ambiance, des nouvelles purement fantastiques surgissant ça et là sans qu’on sache vraiment avant le dénouement si elles sont fantasmées ou non.
Le destin d’Eylir bien que moins glorieux que celui de son frère est très captivant et tragique.
Quelques passages dans le domaine du fantastique sont déroutants mais le récit reste globalement prenant et plein de rebondissements, un superbe voyage dépaysant. 

« Je réfléchissais à toute cette histoire et j’ai demandé le plus naturellement du monde à la Dame Argine  si elle avait déjà reçu chez elle des compagnons d’Eylir Ap’Callaghan…
Je n’avais pas fini ma question qu’elle a lâché un lourd plat de terre qui s’est brisé net sur le sol. Le vieil homme a ouvert les yeux et m’a regardé, très attentif. Quant à Beth, elle a cessé d’essuyer la table, atterrée. Argine s’est retournée vers moi, son regard brillait comme celui d’une prophétesse, son visage était plein de colère, j’ai commencé à prendre peur. Elle a parlé, très lentement, avec une tension énorme dans la voix.
« Personne ne prononce ce nom maudit dans ma maison. Personne. Sors de chez moi ! »
Comme je tentais stupidement de m’excuser, elle a crié : « Sors de chez moi ! »
Je me suis empressé d’obéir, j’ai senti qu’elle allait me tuer si je n’obtempérais pas. Hors de la maison, désemparé, je l’ai entendu crier, et Beth qui essayait de  la calmer. Le vieil homme me regardait depuis la porte, ses yeux étaient froids, sans indulgence. Il avait de l’allure, même dans un siège roulant.
Et j’ai compris, bien sûr. J’ai compris où je me trouvais, avec qui je parlais. Il faut me croire, jusqu’à cet instant, je n’avais pas fait le rapprochement. Je me maudis encore d’avoir été aussi aveugle, aussi bête… Sur le coup, je me suis effondré. Comment me faire pardonner un coup pareil ? C’était impossible… »

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20 août 2007

La Pyramide de feu d’Arthur Machen

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« Inutile de vous ennuyer avec un exposé détaillé des épreuves qu’il m’a fallu traverser pour aboutir à cette conclusion ; quelques expériences simples m’ont inspiré un doute sur ce qui était alors mon point de vue et une suite de pensées découlant de circonstances relativement futiles m’ont entraîné très loin ; ma conception de l’univers a été balayée et je suis resté là dans un monde qui me paraissait aussi étrange et terrifiant que pouvaient paraître les vagues de l’océan Pacifique déferlant à perte de vue quand on les a pour la première fois aperçues, avec leur scintillement, d’un sommet du pays de Darien. Aujourd’hui je sais que les murs des sens qui semblaient si impénétrables, qui paraissaient s’élever au dessus des cieux et plonger leurs fondation dans les profondeurs et nous enfermer à jamais, n’étaient que les plus ténus et légers des voiles qui se dissolvent devant celui qui cherche à savoir, et se dissipent dans la brise du matin, près des sources. »

 
Source d’inspiration et correspondant d’Howard P. Lovecraft, Arthur Machen décrit une Grande Bretagne victorienne où les elfes de Shakespeare sont devenus d’hideuses créatures oubliées hantant les landes et collines désertes. S’inspirant légèrement de Conan Doyle et Robert Louis Stevenson, Machen détourne les mythes anglo saxon pour en faire des contes d’horreur. Les trois nouvelles de ce recueil sont assez réussis et distille un léger malaise (sans pour autant atteindre les sommets des nouvelles les plus réussies de Lovecraft).

Quoi qu’il en soit les protagonistes de ces nouvelles me semblent plus variés que ceux de Lovecraft et le détournement d’une mythologie existante permet d’aborder l’œuvre plus facilement. L’isolement des contrées reculées est remarquablement transcrit de même que la montée en intensité.

Un auteur très intéressant et son roman Le Grand Dieu Pan est désormais sur ma liste de livre à acheter.

Posté par efelle à 21:27 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
16 août 2007

La Horde du Contrevent d’Alain Damasio

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« Le village, enfin le tas de dunes, est à trois cent mètres sur  la droite.  Les puisards sont les seuls survivants que nous ayons croisés depuis ce matin et ils étaient à ce point hébétés qu’ils n’ont pas compris qui nous étions, ni ce que nous demandions : un peu d’eau non souillée, une chaise où s’asseoir, un pan de mur encore droit où adosser nos plaies. Il faut les comprendre. Les dégâts sont immenses : maisons détruites jusqu’aux meubles, vélichars, éoliennes… Parfois tout a été embarqué. Quelques enfants aussi, les rares bêtes. Leur récolte noyées de sable. Des mois à pelleter, à dégager, à reconstruire sous les rafales en espérant finir avant le prochain massacre, dans deux ou trois ans, et finir mieux, moins ébranlable ! » 

Un monde où le vent souffle avec rage. Des sociétés se sont adaptées à cet environnement, en tentant de se prémunir contre lui ou en l’exploitant : cités se blottissant derrière des digues, haute tour bâtie au dessus des éléments, enclaves abritées par le relief, nomades se propulsant avec des éoliennes. Le monde d’Alain Damasio malgré son originalité fait preuve d’une grande cohérence (on est loin de la Planète des Ouragans de Serge Brussolo) et la présence d’une faune fantastique ne perturbe pas le récit.
Au sein de cet société, un ordre hermétique lance régulièrement un groupe d’individus, formés et sélectionnés depuis l’enfance pour remonter à la source du vent : la Horde.
C’est une partie du périple de cette dernière qui est conté. 

Le style de ce roman est assez déroutant au début, chaque membre de la Horde est affublé d’un sigle (résumé sur un marque page dans l’édition poche), sa présence en début de paragraphe signalant l’identité du narrateur. Le vocabulaire inventé et la ponctuation détournée pour décrire le vent surprennent aussi. Par contre en maniant en virtuose, l’ellipse et le flash back, le récit est très dynamique et pas répétitif.

La Horde refuse l’emploi de moyen de transport par philosophie. Seule un groupe endurci par le trajet à pied depuis l’Extrême Aval aura une chance de franchir les obstacles, naturels ou humains  barrant la route de l’Extrême Amont (illustrée par la numérotation à rebours des pages). L’odyssée axée sur le dépassement, très variée (du contrevent à la joute verbale), rebondie régulièrement, les personnages évoluent et se révèlent peu à peu, de la subtile Oroshi au très fruste Golgoth.

« Mon père m’a viré à cinq ans pour me lâcher sur Aberlaas. Mais il a quand même eu le temps de m’apprendre une chose : le respect de mon nom. Devant mon nom, y a qu’un seul objectif que je tolère ; c’est « neuvième ». J’aurais pu te saigner d’un jet, petite gueule, mais je vieillis. Et j’espère que toi aussi tu vieilliras assez pour te souvenir de mon nom. Et si dans deux mois, un aqual me suce et que tu retrouves mon sac de peau sur une plage, avec la carte de ma vie tatouée derrière, tu la prendras et tu la cloueras au mur de ta putain de cabine ! Peut être que ça te donnera une idée, même vague, de ce qu’est le courage. » 

Conte philosophique et aventure fantastique, la Horde du Contrevent est un très beau roman, bien écrit et tout aussi bien mené. Si vous n’avez pas peur d’être emporté par un furvent ou changé un chrone, n’hésitez pas ! 

« Aucun de nos codes, pris isolément, n’a d’importance. Importe par contre suprêmement la logique qui a présidé à leur articulation et qui toute entière les imprègne. Cette logique est celle du dépassement de la fatigue et de l’abrasion. Elle tient à la nature même du vent, qui est corroi. De discipline, nous n’avons que celle qu’impose le contre. Face au flux, pas de relâchement possible. Pas de jeu dans les rangs qui ne pénalise tout le Bloc. En frontal, le Fer n’est pas un code hiérarchique : c’est une nécessité. Au près serré, nous élargissons le triangle pour couvrir les flancs. Code puéril ? Discipline rigide ? Respect du vent plutôt. Les Fréoles ne respectent pas le vent : ils s’en servent, ils l’exploitent. Ils le canalisent et le recyclent. Pour eux, le vent est matière première, un ami docile et maniable. Pour nous, il est l’ennemi qui s’affronte. Ce qui nous tient debout. Nous redresse. Et nous fait. »

Posté par efelle à 21:24 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
02 août 2007

Harry Potter and the Deathly Hallows

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Comme les années précédentes, il n’y avait pas besoin de commander le dernier Harry Potter malgré le battage médiatique qui suggérait des possibilités de pénurie. J’ai trouvé mon exemplaire à mon retour de vacances à l’hypermarché du coin à côté d’une promotion pour des raviolis.

Plus sérieusement.
 
Harry Potter and the Deathly Hallows est donc le dernier épisode de la série mais aussi le plus sombre. Les morts s’accumulent et le désespoir se propage énormément.

« He had never thought to ask Dumbledore about his past. No doubt it would have felt strange, impertinent even, but after all, it had been common knowledge that Dumbledore had taken part in that legendary duel with Grindelwald, and Harry had not thought to ask Dumbledore what that had been like, nor about any of his other famous achievements. No, they had always discussed Harry, Harry’s past, Harry’s future, Harry’s plans…»

 Harry, dont Rowling n’a pas fait un saint, est un peu moins arrogant, sujet au doute mais toujours aussi centré sur sa petite personne.

La narration est bien maîtrisée l’exception d’une ou deux ficelles un peu grosses, des éléments des six épisodes précédents sont repris et la relecture de ces derniers peut s’avérer utile. Les différents personnages sont présentés sous des jours nouveaux ce qui diminue très fortement l’aspect manichéen de ce conte.

L’introduction des « Deathly Hallows » est un des éléments les mieux amenés du roman et contribue fortement à l’intensité dramatique. La sortie du cadre de Hogwarts permet de renouveler l’intérêt et donne un meilleur aperçu de cet univers.

Harry Potter reste un très bon divertissement, quelque peu surmédiatisé, mais pas idiot. L’écriture de Rowling plus mature au fil des tomes et de l’évolution des protagonistes est agréable. Reste donc quelques astuces narratives un peu grossières mais qui ne gâchent pas l’ensemble ni les scènes les plus poignantes.

 

 

Posté par efelle à 20:34 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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