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J’ai mis un bon moment pour me remettre de L’ombre du bourreau,  tant le style de Gene Wolfe était particulier du fait de la personnalité de son narrateur. Assez déroutant, ce livre m’a bien plu au final et j’ai l’intégrale du cycle dans ma pile à lire.

Le Chevalier ne fait pas exception à L’ombre du bourreau et Gene Wolfe adopte à nouveau un style très particulier tenant à la nature même de son narrateur : un adolescent américain mystérieusement transporté dans un univers médiéval fantastique où se mêle chevalerie arthurienne et mythologie scandinave. Univers très original et particulièrement réussi.
Le principal protagoniste a été renommé Able et nous ne serons quasiment rien de sa vie antérieure si ce n’est qu’il a un frère auquel il destine ce manuscrit.
En tant que narrateur Able n’est pas très fiable, il élude certains passages et s’étend sur d’autres apparemment moins important, n’a de cesse de faire des références à des évènements ultérieurs et admet même avoir menti sans toutefois préciser où …
Revenons à l’histoire en elle-même, Able est transporté dans les sept mondes après avoir pris une branche sur un arbre rare : l’orépine. Transporté en Aelfrie, il est soumis à un traitement dont il ne gardera aucun souvenir puis relâché en Mythgarthr par les AElfes au sein du royaume de Célidon.
Adolescent perdu, Able rencontrera la déesse Parka puis sera recueilli par Berthold, un pauvre hère qui le prend pour son jeune frère disparu. A partir de là débuteront une série de rencontres qui transformeront Able tant psychologiquement que physiquement. Doté rapidement d’un corps adulte, Able va s’identifier à un idéal de chevalerie et agir en conséquence. Able reste toutefois un jeune adolescent aux réactions assez immatures et surprenantes : il multiplie les serments au fil de ses rencontres sans se soucier de la façon de les honorer ou de ce qu’ils impliquent, visiblement manipulé par diverses factions d’AElfes il poursuis ses pérégrinations sans se poser de question…

 

Il subsiste un dernier détail dont je vais t’entretenir aussi. Je n’étais qu’un gamin. Toug m’avait pris pour un homme, quand bien même j’avais essayé de le détromper. Son père (à l’instar d’Ulfa) me prenait pour un homme, plus jeune que lui, mais un homme : des deux, j’étais de loin le plus robuste. Or, il ne fallait y voir que l’œuvre de Disiri, et je restais, en vérité, un gosse. J’étais souvent au bord des larmes. Comme cette fois-là, où je m’approchais des hors-la-loi en cherchant du regard des hommes cachés derrière des rochers, ou dans les arbres tels les Aelfes. J’ai failli pleurer une autre fois, et je t’en parlerai plus tard. Quand on est un gamin et qu’on est dans une situation difficile, on ne peut pas l’admettre, parce que tout s’écroulerait.
Je m’en gardai bien. Je continuai d’avancer vers la vaste grotte, à pas lents, en me disant :
Ma foi, s’ils me tuent, ils me tuent, et on en parlera plus.
Mais Disiri occupait l’essentiel de mes pensées. Ca n’a jamais varié le moins du monde, que ce soit en Jotun, à la Bataille de la Rivière ou ailleurs. Je l’aimais, et je la voulais si fort que ça me déchirait les entrailles.
Faute de comprendre ce simple fait, peu importe ce que tu comprendras d’autre : ça n’équivaudra à rien. Les hors-la-loi se dressaient entre nous, je devais écarter et piétiner tout ce qui nous séparait, et il en irait ainsi jusqu’au bout.
 

Avec Le Chevalier, Gene Wolfe se démarque de la fantasy classique et offre ici un texte très particulier mais aussi intelligent et très maîtrisé. Son héros, Able est très attachant par sa candeur et ses idéaux étrangers au monde qu’il parcoure. L’absence de réponse à nombre de questions posé dans ce roman peu déstabiliser mais toutes les réponses sont apportés dans le deuxième volume de ce diptyque, Le Mage, que je dévore actuellement.