09 juin 2007
Les îles du Soleil d’Ian R MacLeod

« Je contemple la frise en verre coloré de saint Georges. Ses mains gantées de fer, jointes pour la prière, sont maculées de sang de dragon, je le remarque enfin. Puisqu’on m’a laissé seul, peut-être est-ce ce qu’on attend ; une tentative de suicide. Peut-être est-ce pourquoi on m’a donné les cachets. Peut-être me surveille-t-on pour vérifier que je fais les choses correctement. Mais ne m’aurait-on pas plutôt tué ? Me préfère-t-on mort, vivant, ou empaillé et encadré tel un horrible trophée de chasse, lors de la présentation à John Arthur ? »
la
récession. Les conditions idéales pour l’arrivée au pouvoir
d’un dictateur populiste et xénophobe : John Arthur.
Geoffrey Brook, le narrateur, est un personnage
tourmenté : enseignant à Oxford, il a conscience de n’occuper ce poste que
parce qu’il a connu John Arthur avant la première guerre mondiale. Homosexuel,
il vit dans la terreur d’être mis à jour tout en continuant à nouer des relations.
Atteint d’un cancer, il revient sur son passé et celui de l’empire britannique.
Invité à des commémorations par le dictateur en personne, il décidera d’agir.
Avec un style moins soutenu que pour l’Age des Lumières,
MacLeod nous décrit une fresque sombre à travers la nostalgie des jours heureux
de Geoffrey Brook qui finie par introduire la narration d’évènements clés du
passé par ce narrateur historien.
Discrimination, déportation dans les îles écossaises,
sentiment de revanche au sein du peuple, joug des Chevaliers de saint
Georges : on a l’impression d’être dans l’Allemagne nazie si ce n’est que
cette dernière n’existe pas et qu’un agitateur du nom d’Hitler croupi dans les
geôles du Kaiser Guillaume. En alternant présent, flash-back et narration
succincte d’évènements historiques, le récit est dynamique et l’on comprend
parfaitement la résolution que ce forge Brooke, il n’a plus rien à perdre après
tout.
Plus récit nostalgique que thriller haletant à la Fatherland, l’ambiance n’en est que plus sombre. Une plongée sans concession dans les mécanismes de la montée et l’effondrement du totalitarisme, l’opportunisme, la lâcheté au quotidien… Un excellent texte.
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