Les lectures d'Efelle

Science fiction, fantasy, fantastiques et quelques oeuvres diverses et variées

27 mai 2007

L’enjomineur – 1793 de Pierre Bordage

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Emile tiraillé entre ses inquiétudes pour Perette et la mission qui lui a été confiée à sombré dans l’errance tandis que Cornuaud croupie à la conciergerie non pour ses meurtres mais ironiquement pour une attitude contre-révolutionnaire.
La condamnation de Louis XIV et sa décapitation marque le début de la Terreur. La division déchire la France et la guerre civile éclate… Emile finira par renouer avec le monde invisible et arrivera à Paris, perdu au milieu des factions qui s’entre déchirent tel un chien dans un jeu de quilles. Son chemin finira par croiser brièvement celui de Cornuaud, dont les maigres relations parmi les royalistes lui permettent de sauver sa tête pour devenir un agent du Comité de sûreté générale. La rencontre sera brève et les chemins du héraut du monde invisible et de l’assassin ensorcelé semble ne plus devoir se croiser.
Les contractions de la Terreur n’épargnent personne et la secte de Mithra connaîtra aussi quelques déboires quand ses appuis révolutionnaires se retourneront contre elles.

Pierre Bordage continue donc la narration de ces deux histoires qui s’entrecroisent sans se confondre et sa fresque révolutionnaire à Paris et en Vendée. La place accordée aux personnages secondaires devient un peu plus importante (Antoine Schwarz,la comédienne Armande) et permet d’étayer l’intrigue principale en multipliant les points de vue.
Si Emile reste un esprit ouvert et naïf, Cornuaud évolue quelque peu en démontrant qu’il possède encore une once d’humanité entre deux carnages.
Moins sanglant que 1792, 1793 reste très sombre en mettant en évidence les excès et les absurdités de la Terreur.

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21 mai 2007

L’enjomineur – 1792 de Pierre Bordage

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A travers cette trilogie de « l’enjomineur », Pierre Bordage retrace l’histoire de la révolution française à Nantes, dans la région de Luçon en Vendée et à Paris. Dans ce premier tome les principaux protagonistes sont présentés : Emile, orphelin élevé par un prêtre des Lumières et réputé pour être le fils d’une fée et Cornuaud truand sanguinaire et maudit.

Si l’auteur s’attache à la trame historique, il y mêle subtilement et efficacement des éléments de fantasy : le merveilleux existe et la sorcellerie fonctionne. Emile, esprit des Lumières mais attaché à sa terre sera confronté au folklore vendéen : petit peuple, druide ou rebouteuse, fée tandis que Cornuaud sera victime d’un sombre envoûtement. 

« Dans quelques semaines, dans quelques jours, les chemins, les champs et les forêts cesseraient d’être sûrs, plus aucun principe ne se dresserait entre les soudards des deux camps et les populations sans défense. La violence hystérique avec laquelle les villageois de La Réorthe avait accueilli leur prêtre jureur augurait d’une guerre sans merci. L’Abbé Rambaud avait l’habitude de dire que les guerres religieuses et  les guerres civiles comptaient parmi les plus féroces, les plus cruelles de toute l’histoire humaine. Or le conflit qui s’annonçait serait à la fois religieux et civil, pétri d’une haine attisée par les agents des deux bords. L’affrontement servait les intérêts politiques et financiers des partis opposés, comme si cette terre autrefois paisible était devenu l’objet de toutes les tensions, comme si on n’avait pas d’autre choix que de la défendre ou de l’écraser. »

Comme le titre l’indique l’intrigue débute en 1792, Emile, ouvrier agricole mais cultivé vois la révolte prendre forme dans les campagnes vendéennes où les paysans ne supportent pas que les révolutionnaires s’immiscent dans leur liberté de culte, attisée par le clergé et la noblesse locale les esprits s’échauffent. Confronté à la violence envers des êtres qui lui sont chers, il n’aura plus d’autres choix que de se tourner vers les créatures étranges qui ne cessent de le hanter et auxquels il ne croit pas…

De son côté, Cornuaud, ex truand nantais, embarqué sur un navire du commerce triangulaire pour se faire oublier de la pègre locale, est envoûté (enjominé) par une sorcière suite au viol d’une fillette africaine lors de la traversée vers les Antilles. De retour en France, il sera consumé par un démon vengeur le poussant à massacrer les blancs, fossoyeurs du continent africain. Tout en cherchant à se défaire de ce maléfice, il intégrera un club révolutionnaire qui lui permettra de trouver refuge à Paris après quelques excès meurtriers. Là, il participera à la prise des Tuileries et aux évènements qui suivront toujours guidé par un soucis de délivrance plutôt qu’une quelconque ferveur révolutionnaire.

Enfin dans l’ombre, un culte de Mithra secret et sanguinaire attise l’hystérie collective parisienne et déjoue les tentatives de démantèlement des forces de police moribondes. 

La fresque révolutionnaire de Pierre Bordage est sans concession, il renvoie dos à dos monarchiste et révolutionnaire sans prendre parti. Les excès des deux camps sont narrés sans fioritures et les intermèdes fantastiques vécu par Emile sont rafraîchissants par rapport aux récits de massacres récurrents de ces heures sombres de la révolution.
En mêlant fantasy et réalité historique, grands évènements et intrigues secondaires, Pierre Bordage réussi ici un sans faute, tant les motivations humanistes voire naïves d’Emile que la sombre détermination de Cornuaud sont passionnantes à suivre…
A suivre donc dans 1793 et 1794.

A noter aussi les agréables illustrations intérieures qui ornent chaque début de chapitre.

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15 mai 2007

Axiomatique de Greg Egan

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« La compréhension, affirma la conférencière, est un concept très surfait. Personne ne comprend vraiment comment un œuf fertilisé se transforme en un être humain. Quelle attitude devrions-nous adopter ? Cesser d’avoir des enfants jusqu’à ce que l’ontogenèse soit complètement décrite par une série d’équations différentielles ? »

Axiomatique est un recueil de nouvelles, d’un auteur réputé pour sa hard sf.
Mathématicien de formation, il manipule les concepts mathématiques, physiques et biologiques avec une relative facilité, au point de laisser parfois le lecteur au bord de la route…
Je n’ai pas lu de roman de lui et c’est avec un peu d’appréhension que j’ai abordé ce recueil.
La première nouvelle « L’assassin infini » est un bon exemple de ce qu’il peut faire de plus ardu, un rêveur mutant provoque l’effondrement d’univers parallèles les uns à travers des autres. Tout cela est expliqué mais le comprendre est une autre paire de manches à moins d’avoir quelques notions en physique.
Par contre dès que Greg Egan se mêle de biologie, recherche pharmaceutique, bio éthique : clonage, transfert de personnalité, modification volontaire de la personnalité par implant et eugénisme tout devient clair et son style très fluide. Les nouvelles qui en traitent sont assez nombreuses, bien menées et maîtrisées. Un vrai plaisir de frissonner devant ce futur probable.
Globalement la plume d’Egan est assez acide et cynique notamment quand il traite de la possibilité de recevoir du futur son propre journal intime ou plus simplement d’une police d’assurance garantissant une quasi résurrection en cas d’accident… pour le coût le plus réduit possible même si cela implique à la femme du patient de devoir porter le cerveau de son mari in utero pendant quelques années le temps de cloner le corps de ce dernier.

 
« J’ai bien peur que le champ d’application de cette clause ne soit beaucoup plus large. Je vous le répète, ils n’ont pas le droit de vous contraindre à faire quoi que ce soit – mais ils ne sont pas non plus obligés de payer pour une mère porteuse. Quand ils calculent quelle technique s’avère la moins onéreuse pour maintenir votre mari en vie, cette clause leur donne le droit de prendre en compte le fait que vous pourriez choisir de lui offrir ce service.
- Donc en fin de compte, ce n’est qu’une question de… comptabilité ?
- Exactement. »

Dans leur grande majorité ces nouvelles sont d’excellente qualité mais aussi relativement ancienne et certaines ne donnent pas forcément l’impression de nouveauté, plus particulièrement « Sœurs de Sang » (1991) traitant des tests pharmaceutiques. Quoi qu’il en soit ce recueil ce dévore très rapidement et avec plaisir…  

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07 mai 2007

Les Chronolithes de Robert Charles Wilson

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« L’ironie veut que j’ai détesté le monument presque avant tout le monde. Très peu de temps après, la silhouette de cette pierre fraîche et bleue allait devenir un symbole reconnu et détesté (ou, par esprit de contradiction, adoré) par la très grande majorité de la race humaine. Mais à ce moment-là, il n’y avait que moi.
J’imagine qu’on peut en tirer comme morale que l’histoire ne braque pas toujours ses projecteurs sur les gentils.
Et bien sûr, que les coïncidences n’existent pas. »

 

2021, Scott Warden et sa petite famille vivote sommairement en Thaïlande quand se produit un évènement qui va changer sa vie et celle de l’humanité : au cours d’une explosion nocturne dans la cambrousse, un étrange monolithe est apparu. Dessus une inscription commémore la victoire d’un certain Kuin en 2041 soit 20 ans plus tard.
Rapidement d’autres monuments plus sophistiqués apparaîtront à leur tour en Asie, tous à la gloire militaire de Kuin, parfois en plein milieu de villes qui s’en trouveront ravagées. Ils seront rapidement baptisés « chronolithes » par la presse.
Les pays ainsi frappés sont rapidement déstabilisés avant de sombrer totalement ou partiellement dans le chaos. Au fil des années, les monuments se multiplient de l’Asie vers le Moyen-Orient puis l’Afrique. L’économie s’effondre et la récession frappe violement les Etats-Unis conjointement à des catastrophes écologiques importantes.

Contrairement à Tyler Dupree dans « Spin », Scott Warden n’est pas introverti et les évènement sont plus sinistres même si moins terrifiant à une échelle cosmique : la menace est définitivement humaine.

Qui est Kuin ? Pourquoi clamer ses victoires par avance ?  Comment le fait il ? Des questions que l’on se posera autour de Scott même si ses propres préoccupations resteront plutôt terre à terre.

« Nous comprenons les Chronolithes de la manière dont un théologien du moyen-âge comprendrait une automobile. C’est lourd, les garnitures chauffent si on les laisse au soleil, il y a des pièces pointues et d’autres non. Certains de ces détails peuvent avoir de l’importance, la plupart n’en ont sans doute pas, mais on ne peut les éliminer sans s’appuyer sur une théorie globale. Ce qui est précisément ce dont nous manquons. »

 
Encore une fois Robert Charles Wilson mêle l’humain aux grands évènements avec bonheur, les épreuves traversées par Warden sont tout aussi intéressantes que la compréhension des raisons du phénomène.
A travers plusieurs décennies et trois cent vingt pages, l’on suivra Warden et la détérioration rapide des sociétés. Les états occidentaux succombant au militarisme et à la paranoïa, les nations en développement  s’écroulant, tandis que les partisans irrationnels de Kuin, le conquérant du futur, se multiplient un peu partout en dépit du bon sens. 

« J’ai eu l’impression d’être confronté à la folie millénariste à laquelle nous avions échappé au tournant du siècle, ces centaines de hadjis tirant profit de la carte blanche que leur procurait sur le plan moral la garantie d’une fin du monde. Que Kuin soit rédempteur ou destructeur, le lendemain comme le surlendemain lui appartenaient, voire tous les lendemains, du moins dans l’esprit des hadjis. Et du moins, en l’occurrence, ils ne seraient pas déçus : le Chronolithe arriverait comme prévu ; Kuin imprimerait sa marque sur le sol nord-américain. Un grand nombre d’entre eux laisserait probablement la vie dans le choc thermique et les secousses, mais s’ils le savaient et selon toute probabilité ils le savaient, ils ne s’en souciaient pas. C’était une loterie, après tout. Gros lots et risques de tombeau. Kuin récompenserait les croyants… du moins les croyants qui survivraient. »

Faut il étudier le phénomène pour tenter de l’interrompre ? Est-ce possible ? Cela ne revient il pas à trouver les méthodes qui le rendront possible et prendre le risque de les livrer ainsi à Kuin ? Telles sont les questions qui hanteront le récit tandis que Scott tentera de préserver les siens contre vents et marées.

Un exercice très original sur le paradoxe temporel. Un excellent roman qu'il est très difficile de refermer avant la fin.

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05 mai 2007

H.P.L. (1890 – 1991) de Roland C. Wagner

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Avec cette biographie science fictionnelle de Howard Phillips Lovecraft, Roland C. Wagner nous fait très rapidement traverser l’histoire de la SF aux Etats-Unis. Une novella assez courte, 30 pages, mais assez enlevée ou rigolote quand le Lovecraft de Wagner  s’en prend à  L. Ron Hubbard ou relate une divergence de point de vue politique avec Robert Heinlein.

Un petit texte assez amusant avec une fin très interessante sans sombrer dans les travers fantastiques de la nouvelle, beaucoup plus fade mais utilisant le même principe, H.P.L.,  de Gahan Wilson, parue dans les années 90.

 Cette novella est édité et vendu par actusf.com

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Pieds d’argile de Terry Pratchett

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« Ces noms ne me disent rien, j’en ai peur. »
Le doigt de Vimaire se crispa sur la gâchette de l’arbalète.
« Non, dit-il en respirant profondément. Sans doute. L’enquête se poursuit et on risque de trouver d’autres chefs d’accusation. Votre tentative d’empoisonnement du Patricien est pour moi une circonstance atténuante.
- Vous voulez vraiment me mettre sous le coup d’une inculpation ?
- Je préférerais vous mettre des coups tout court, dit Vimaire d’une voix forte. Mais je vais devoir me contenter d’une inculpation. »

 

Retour sur le Disque Monde à Ankh-Morpork exactement pour suivre une nouvelle enquête du guet. « Guet des Orfèvres » était quelque peu brouillon, ce dix neuvième livre des annales du Disque Monde efface les défauts de cette précédente aventure des policiers les plus déjantés mais aussi les plus attachants de la fantasy.
Vimaire revient sur le devant de la scène et les autres membres du guet se partage équitablement les seconds rôles.
De l’héraldique, une tentative d’empoisonnement du Patricien, des assassinats, des Golems au comportement étrange et un complot composent la trame de ce roman. Les thèmes abordés sont nombreux aussi bien le sexisme chez les nains, les doutes d’Angua à propos de sa double vie, l’intolérance latente et maîtrisée de Vimaire, l’aveuglement candide de Carotte…
Tout cela est passionnant et le livre se lit quasiment tout seul et sans effort ce qui n’est pas sans rappeler le cultisime et récent « Ronde de Nuit ». A bien des égards, ces deux romans se ressemblent même si le dernier conserve une légère longueur d’avance.
La recette d’un Pratchett au mieux de sa forme fonctionne donc parfaitement : de l’humour, un univers délirant, de la noirceur, une pointe d’angoisse, de l’espoir et un regard lucide sur le monde. Mission accomplie, « Pieds d’argile » est un des meilleurs moments des annales du Disque Monde et tient son rang sans problème à côté de « Ronde de Nuit », « Le Faucheur », « La Vérité » et « Les Petits Dieux ».

« Vous êtes sur pour Cerceau, monsieur ? demanda Côlon en le rattrapant.
- Eh bien, est-ce que vous lui faites confiance ?
- A Cerceau ? ‘videmment qu’non !
- Voilà. Il n’est pas fiable, donc on ne se fie pas à lui. Alors on sait à quoi s’en tenir. Mais je l’ai vu requinquer un cheval que tout le monde disait bon pour l’équarrisseur. Les vétérinaires sont obligés d’avoir des résultats, Fred. »
La stricte vérité. Quand un docteur, après force saignées et ventouses, s’aperçoit qu’un patient est mort de désespoir pur et simple, il peut déclarer « Crénom, la volonté des dieux, ça fera trente piastres s’il vous plaît. » et s’en repartir en homme libre. C’est parce que l’être humain, techniquement, ne vaut rien. En revanche, un bon cheval de course peut, lui, valoir vingt mille piastres. Le vétérinaire qui en laisse un partir trop tôt pour le grand paddock céleste risque d’entendre, s’échappant d’une ruelle sombre, une voix lui glisser quelques mots comme « Monsieur Chrysoprase est très contrarié » et connaître une fin de vie fertile en incidents.

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01 mai 2007

Le Golem de Gustav Meyrink

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Texte étrange et ardu mettant en scène un narrateur en partie amnésique sujet à des hallucinations, des actions vengeresses se mêlant avec des ripostes à ses dernières, des histoires d’amour, la noblesse de Prague à de misérables êtres, des situations digne de Kafka dans le cadre du ghetto de Prague peu de temps avant sa rénovation. L’ombre du Golem plane sur le roman qu’il soit évoqué, fantasmé ou croisé.

Les références hermétiques via la cabbale ou la mythologie égyptienne sont nombreuses et ne facilitent pas la compréhension du roman.

Un texte difficile à appréhender dont on peine à démêler les tenants et les aboutissants.

 

 


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