25 avril 2007
Le guet des orfèvres de Terry Pratchett

Retour dans le Disque monde avec ce quinzième tome et
seconde aventure du guet d’Ankh-Morpok. Le roman débute de manière quelque peu
confuse et hachée, tant les intrigues secondaires et les nouveaux personnages
sont nombreux.
Sam Vimaire, capitaine du guet est sur le point de se marier
et d’abandonner ses fonctions pour devenir aristocrate, les minorités ethniques
sont introduites au sein de l’effectif des forces de police avec tous les
problèmes que cela comporte (nain, troll et loup-garou), les tensions entre les
communautés trolles et naines sont à leur paroxysme, un vol non officiel a été
commis à la guilde des assassins, un tueur psychopathe arpente les toits, un
illuminé voudrait rétablir la monarchie…
Pratchett maintient le rythme et le suspens en multipliant les ellipses et l’intrigue peine à démarrer tant elle parait hachée. Impression qui finit par disparaître quand les sous intrigues se démêlent dans un final assez grandiose mêlant, suivant la recette bien rodée de l’auteur, humour, action, noirceur, émotion et quelques piques sur la thématique choisie (le racisme dans le cas présent).
« Carotte ?
- Oui, mon capitaine ?
- Tu crois que ça existe, un esprit criminel ?
On entendit presque Carotte réfléchir à la question.
- Quoi… vous voulez dire comme… monsieur Planteur
Je-m’tranche-la-gorge, mon capitaine ?
- Ce n’est pas un
criminel, lui.
- Vous avez déjà mangé un de ses pâtés, mon capitaine ?
- Enfin… oui… mais… c’est seulement un déviant
géographico-économique.
- Mon capitaine ?
- Si tu préfères, il n’est pas du même avis que tout le
monde sur la place de certaines choses. Comme l’argent. D’après lui tout
l’argent devrait se trouver dans sa poche. Non, je voulais dire… » Vimaire
ferma les yeux, évoqua de la fumée de cigare, du vin à flots et des voix
laconiques. Certains individus volaient de l’argent à leurs concitoyens. Très
bien. Ce n’était que du vol. Mais certains autres, d’un simple mot, leur
volaient leur humanité. Ca, c’était autre chose.
Le fait était… ben, qu’il n’aimait pas lui-même les nains ni les trolls. Mais il n’aimait pas vraiment grand monde. Le fait était qu’il passait ses journées en leur compagnie et qu’il pouvait se permettre de ne pas les aimer. Le fait était qu’un imbécile plein de graisse n’avait le droit, lui, de proférer des âneries pareilles.
Le personnage de Vimaire, capitaine du guet fatigué et las,
mêlant à la fois un côté réactionnaire et une tolérance pleine de bon sens et
sa bande de bras cassés créé une alchimie unique dans les romans du Disque
Monde, j’ai eu un vrai plaisir à les croiser de nouveau malgré les petits
défauts en début de roman.
Le guet des orfèvres est en deçà de « Ronde de nuit » mais reste un bon cru. Pratchett confirme dans ce roman son affection pour les personnages du guet avec en vedette dans ce tome ci : le caporal Carotte. Toutefois ce roman n’est pas le plus évident pour aborder le Disque Monde et la lecture de « Au guet ! » ou de « Mortimer » permettra de l’aborder plus agréablement tant les personnages récurrents de la série passent de manière rapide et brutale (la Mort notamment).
21 avril 2007
Aquaforte de K J Bishop

« Il n’existait aucune borne à la Contrée des Cuivres. Souvent, le voyageur en était réduit à mesurer l’avancée de son périple à l’aune des heures qui séparaient un débris, un vestige, et le suivant ; une demi-journée de marche entre un puits à sec et la gueule d’un canon qui pointait d’une pente ensablée ; deux heures pour atteindre les squelettes d’un homme et de sa mule. Cette terre perdait son combat contre le temps. Sans âge, épuisée, comme abattue, elle semait la décrépitude partout dans ses frontières. »
Raule, médecin de son état et Gwynn, mercenaire nordique
fuient à travers le désert de la Contrée des Cuivres. Révolutionnaires
reconvertis en brigands, ils n’ont rien de bon à attendre des forces
loyalistes. Ils finissent par réussir à quitter le désert et échouent dans la
cité tropicale d’Escorionte.
Les talents de Raule en tant que médecin n’étant pas reconnus,
elle se mettra au service du dispensaire d’un quartier populaire tandis que
Gwynn, dandy philosophe et assassin, prospèrera au sein de la mafia esclavagiste
locale.
Le destin de ce dernier basculera quand son chemin croisera
celui de Beth, une artiste pour le moins étrange et singulière. La réalité de
cette cité du XIXe siècle commencera à se tordre, des éléments fantastiques se
mêleront à la vie des deux amants.
Toutefois la profession de Gwynn n’est pas des plus
honorables et le rêve tournera vite au cauchemar pour finalement se dissiper de
manière étrange… Escorionte, cité vénéneuse, humide et écrasée de chaleur confère
un cadre baroque à cette histoire hors norme.
Un roman unique et difficilement classable, les péripéties qui émaillent le séjour de Gwynn et Raule sombre souvent dans le sordide tout en contenant une indéniable part onirique. Aquaforte est un roman qui ne se livre pas facilement et dont le dénouement est des plus étonnants. A réserver aux amateurs de voyages dépaysants.
10 avril 2007
Cœurs perdus en Atlantide de Stephen King

A travers cinq nouvelles, les deux premières en 1960 et 1966 prenant les deux tiers du recueil, Stephen King évoque les sixties de la nostalgie au traumatisme.
De la pré adolescence à la vieillesse, les personnages très divers se croiseront ou se perdront de vue au fil des années. En guise de fil rouge "Sa Majesté des Mouches" de William Golding et la mince pellicule qui sépare les gens civilisés des crétins barbares.
Un conte de "La Tour Sombre", les débuts du mouvement pacifiste, la déchéance des vétérans du Vietnam autant de sujet variés traités efficacement. Trois ambiances différentes pour un même roman portant sur une époque devenue mythique mais dont les protagonistes ne garderont au final que peu de choses. Magique.
Stephen King au meilleur de sa forme dans un style proche de celui de "Différentes Saisons".